Novövision est un de mes blogs préférés. Les billets du maître des lieux, Narvic, font le plus souvent preuve de profondeur, de subtilité et de pondération et témoignent d'une connaissance approfondie des mécanismes du web. Ses aperçus d'insider des milieux du journalisme fournissent une vision précieuse sur l'évolution contemporaine de cette profession. De plus, il me cite à tour de bras, ce qui me le rend extrêmement sympathique. — Et là, mes lecteurs les plus assidus attendent le "mais" qui va nécessairement suivre cette brassée de fleurs des champs. Effectivement, je dois dire mon désaccord avec son dernier billet, "Le Web 2.0: une bulle qui se dégonfle lentement". Faute de temps, je ne répondrai pas in extenso au constat global de «l'effondrement» qu'il propose (mais je compte sur mes commentateurs pour me seconder) et me bornerai à répliquer au premier volet du papier, consacré à la promesse soi-disant trahie de l'User generated content.

Qu'est-ce que l'UGC? Disons pour simplifier (mais à vrai dire, à peine) que cette expression désigne les photos et les vidéos que vous et moi envoyons sur Flickr ou sur Youtube. Premier problème: dénommer ces contributions "User generated content" est déjà une façon d'orienter le débat. De la même façon que Bourdieu, dans Un art moyen (Minuit, 1965), lorsqu'il qualifie de «photographie amateur» les productions privées, les installe dans un réseau signifiant qui les dévalorise par avance (le photographe amateur est le contraire du professionnel, celui qui ne sait pas utiliser correctement le matériel, etc.), rentrer dans la logique d'une définition des contenus partagés qui les met en balance avec la production professionnelle donne la réponse à la question avant même de l'avoir posée.

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