Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

CFP "Cinéma & audiovisuel se réfléchissent"

image Appel à communication, 6e Congrès de l’AFECCAV, université Paul Valéry-Montpellier 3, 23-25 septembre 2010: Cinéma & audiovisuel se réfléchissent. Réflexivité, migrations, intermédialité

L’audiovisuel est un vaste territoire dont le cinéma et la télévision forment les composantes essentielles. Aujourd’hui les frontières de ce territoire sont elles-mêmes déplacées ou brouillées par des migrations de toutes sortes qui affectent aussi bien la nature des images et des sons que la forme et le sens des récits et des discours. L’étude des migrations d’histoires, de formes, de supports, d’écrans, etc. est devenue un des points d’ancrage de la recherche et de l’enseignement du cinéma et de l’audiovisuel.

Les axes de réflexion suivants pourront être abordés :

  • Comment les films et/ou les programmes parlent-ils d’eux-mêmes (auto-référence, citation, recyclage, mise en abîme, etc.)? Et avec quels effets?
  • Comment les œuvres audiovisuelles qui prennent des films ou le cinéma pour objet donnent-elles à penser le cinéma et la télévision? Comment et pourquoi deviennent-elles des références du goût cinématographique et télévisuel? Dans quelle mesure sont-elles des repères possibles d’une histoire du cinéma ou de la télévision?
  • Comment des films et/ou des programmes puisent-ils leurs formes, leurs styles, leurs thèmes, leurs techniques dans les autres arts et medias? Comment ces images issues du cinéma, de la télévision, migrent-elles de leurs lieux initiaux (l’écran de cinéma, le téléviseur) vers d’autres supports, d’autres lieux, de plus en plus diversifiés? Comment ces migrations affectent-elles le sens des œuvres, des programmes et leur réception?

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Colloque "Exposition et médias (photographie, cinéma, télévision)"

image Troisième colloque du Centre des Sciences historiques de la culture / Projet de recherche FNS "L’exposition moderne de la photographie (1920-1970)", 29-30 octobre 2009, université de Lausanne, entrée libre.

Au fil des XIXe et XXe siècles, deux grands canaux de mise à disposition visuelle des objets du monde se développent simultanément: l’exposition et les médias, avec l’essor successif de la photographie, du cinéma et de la télévision. Alors qu’on aurait pu imaginer que ces médias, par l’infinie disponibilité des images qu’ils offrent, rendent rapidement obsolète l’exposition, ils n’ont cessé de la croiser et de l’enrichir. Le colloque se propose d’examiner les questions multiples posées par cette médiatisation des médias que constitue l’exposition, et les tensions qu’a pu engendrer leur rencontre – entre objets reproductibles et événement singulier, entre présentations artistiques et démonstrations commerciales ou techniques, entre accrochage des images et exhibition des machines et des marchandises, entre image et espace. Après trois demi-journées consacrées chacune à l’un de ces médias, qui réuniront des spécialistes issus aussi bien de l’université que des musées, une table ronde portera sur une institution qui cristallise nombre de ces questions: le musée de photographie, partagé entre exhibition de l’objet d’art, de la technique et de l’histoire culturelle, avec la participation de responsables d’institutions régionales, nationales et internationales.

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En mettre plein les yeux et rendre "Apocalypse" irregardable

La série télévisée Apocalypse nous rend «visibles» un certain nombre de documents relatifs à la Seconde Guerre mondiale. Nous les rend-elle regardables, ­«lisibles», pensables, compréhensibles pour autant? Quelle est donc sa position ? Les réalisateurs, les producteurs et les directeurs de programme se sont ­contentés d’adopter une posture typique du monde commercial, l’autocélébration : projet «pharaonique», émission «miracle», «révélation» de l’histoire… On a remonté des archives visuelles en leur restituant, dit-on, «une qualité d’image tout simplement époustouflante ! De quoi convaincre tout le monde !» (dixit Daniel Costelle, l’auteur du commentaire). La chaîne de ­télévision, de son côté, a réussi la prouesse de transformer une «commémoration» – le soixante-dixième anniversaire du déclenchement de la guerre  – en cet «événement» nommé prime time.

Par Georges Didi-Huberman, Ecrans, 22/09/2009.
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Les vidéos de l'INA deviennent citables

Pendant que l'Assemblée nationale se prépare à confirmer la loi Hadopi, fermement soutenue par le ministre de la culture Frédéric Mitterrand, le site de vidéos de l'INA intègre enfin le système de lecture exportable popularisé par YouTube, qui permet de citer les contenus sur un blog en recopiant un code html.

L'annonce officielle précise que «L'Institut National de l'Audiovisuel donne dorénavant la possibilité à toute personne, bloggeurs ou sites web d'utiliser librement les vidéos présentes sur son site», ce qui exclut toute limitation de rediffusion au nom du copyright. Conforme à l'usage en ligne (mais non aux dispositions légales), le recours à la lecture exportable que propose l'INA correspond bien à une extension du droit de citation, qui constitue formellement une entorse aux us de la propriété intellectuelle. Cette innovation témoigne d'une adaptation bienvenue aux nouvelles pratiques du web, et confirme que la véritable valeur d’une image est désormais d’être partageable.

Toutefois, cette application reste "à la française": plutôt que de fournir librement le code, comme sur YouTube, son obtention est subordonnée à un enregistrement en bonne et due forme – avec déclaration des centres d'intérêt et inscription optionnelle à la newsletter de l'institut. La taille de la fenêtre, quant à elle, n'est pas modifiable directement, mais seulement par l'intermédiaire d'un bouton à deux positions (320x240 ou 512x384 px). Encore un petit effort, et l'on pourra enfin citer les précieuses ressources de l'INA comme toutes les vidéos disponibles en ligne.

Extrait: "A quoi rêve von Braun", Cinq colonnes à la une, 03/08/1959 (10:00).

La mouche

Après la rédaction d'un mot d'excuse en plein meeting, l'épisode de la mouche promet de rester comme un des signes par excellence du professionnalisme médiatique obamien. Un naturel sublime dans l'accomplissement de tâches improbables, sans pour autant perdre le fil de l'exercice, avec la dextérité d'un pilote se roulant une cigarette en plein looping. Faire preuve d'une telle maîtrise témoigne d'un stade d'intégration supérieur des contraintes médiatiques – et d'une familiarité de longue date avec le David Letterman Show. Tandis que d'autres s'évertuent à reproduire le style Kennedy, Obama lui fait franchir une nouvelle étape. Kennedy avait choisi la scène de l'intimité familiale comme théâtre de ses qualités morales. Obama innove en maintenant soigneusement le spectacle du naturel sur le terrain professionnel. Un choix habile, qui promeut une figure qu'on pourrait appeler de la compétence desinhibée. C'est sans aucun hasard que ces séquences anecdotiques sont reprises par les médias du monde entier (et bien sûr déjà remixées en ligne). Plutôt qu'un long discours, ces brèves démonstrations pratiques sont autant de preuves par l'exemple d'un renouvellement du style politique.

Les sorciers de l'info

image Narvic a fermé son blog quelques jours trop tôt. Avec le vol AF 447, on voit très bien que l'idée du lien entre journalisme et information est une croyance étrange. L'information pertinente, dans le cas de la disparition de l'Airbus, tenait hier en peu de mots. Beaucoup moins que les tombereaux d'avis, enquêtes, flashes et interviews de toutes sortes qui ont envahi les JT, dont l'Ashram de Swâmi Petaramesh propose un relevé sans complaisance.

C'est dans un commentaire de ce blog qu'apparaît l'explication de cette avalanche de balivernes. «On n'a rien à montrer: pas d'épave, de corps, rien de rien. C'est ce vide qui est insupportable et que l'on cherche à combler, pas seulement parce qu'il faut "vendre du papier" mais aussi que la perte de sens pour une tragédie est foncièrement intolérable», explique Enikao pour justifier l'hystérie. Ce qui ne contredit en rien le billet de Swâmi. Non, il n'y avait aucune information utile dans cette boulimie d'air en conserve. Et pourtant, l'exercice a bien une utilité sociale tout à fait cruciale. Consacrer 30 minutes à brasser du vide est inexplicable si l'on juge uniquement du point de vue de l'info. Mais devient parfaitement compréhensible au regard du rituel qu'est devenu le spectacle de l'information. A quoi bon étendre à l'infini une information si ténue qu'elle tient en quelques phrases? Nous l'avons vécu en direct le 11 septembre. A ce moment, la télévision sert à rassembler le groupe. Elle devient une grande église, un lieu du partage de la souffrance, où l'on ressasse le traumatisme, en psalmodiant des prières. Qui croit encore que ce rituel a quelque chose à voir avec l'info? Il est le geste par lequel la nation s'incline. Sa durée n'a rien à voir avec la quantité d'informations que les journalistes ont à délivrer, mais est rigoureusement proportionnelle à l'ampleur symbolique de l'événement.

Ce journalisme du deuil dit l'essentiel de ce que sont devenus les médias. Quelque chose qui a peu à voir avec la gestion rationnelle d'une information objective. Plutôt une instance de production de rituels collectifs. Répondre à la peur du vide a du sens. Un sens que connaissent bien les spécialistes des sociétés primitives. Il s'agit d'une conjuration magique, d'une danse autour du totem. Le jour où les journalistes prendront conscience de ce rôle-là, ils auront enfin compris à quoi ils servent.

Colloque: "Télévision, le moment expérimental. De l’invention à l’institution (1935-1955)"

image Le colloque international "Télévision: le moment expérimental", co-organisé par le Cemti (Université Paris 8) et l’INA, aura lieu du mercredi 27 au vendredi 29 mai à Paris, à l'Institut National de l’Audiovisuel (INA), Centre Pierre-Sabbagh, 83-85, rue de Patay, 75013 Paris.

Par "moment expérimental" de la télévision, on entend la période qui va de la conception et de la diffusion de programmes proprement expérimentaux jusqu’à la reconnaissance d’une légitimité institutionnelle se traduisant par une première stabilisation de l’offre de programmes, du mode de programmation, du public, de la fonction critique.

L’objectif du colloque est d’éclairer les logiques qui ont présidé à l’émergence du média et à la mise au point des premiers programmes — avec pour conséquence l’échec ou la marginalisation, parfois provisoires, de stratégies alternatives de développement.

Il s’agit donc de croiser les approches (historique, économique, esthétique, culturelle, juridique…) pour étudier, dans différents contextes nationaux, d’une part, la période de gestation et d’émergence du média (années 1930 et 1940), d’autre part, sa première phase d’essor (fin des années 1940 et première moitié des années 1950).

Télécharger le programme (pdf).

L’accès au colloque est libre dans la limite des places disponiibles et la réservation n’est pas nécessaire. Les interventions se feront en français et en anglais. Une traduction simultanée sera assurée.

"Susan Boyle", ce n'est que de la télé

image Avant de se demander de quoi "Susan Boyle" est le nom (j'ai failli choisir ce titre, mais j'ai reculé devant la perspective d'une attaque en piqué de trolls badiouphiles et/ou badiouphobes), il convient d'établir s'il s'agit ou non d'un symptôme. Il y a plusieurs méthodes pour vérifier ce point. L'une est de balancer un billet sans attendre, en comptant sur les commentaires pour construire un état des lieux. Une autre est au contraire de laisser refroidir, pour voir si ça remue encore quelques jours plus tard. Bien des tentations n'ont pas survécu à ce traitement sans pitié. "Susan Boyle" (pour être clair: j'appelle "Susan Boyle" non la dame écossaise âgée de 47 ans, douée d'un physique ingrat mais d'un beau brin de voix, remarquée le 11 avril dernier lors de son passage à l'émission "Britain's got talent", mais la séquence issue de cette prestation, disponible notamment sur Youtube, qui a enregistré une fréquentation sans précédent), elle, résiste et gratte, bien après la date de péremption. Assez pour aller y regarder de plus près.

"Susan Boyle" est la première vidéo virale que je ne suis pas allé voir sur internet (jusqu'à aujourd'hui, du moins: c'est l'écriture de ce billet qui a suscité ma première consultation). Pourquoi faire, puisque j'en avais vu l'essentiel, réduit à quelques extraits, à la télévision? Soit un cheminement inverse de celui habituellement dessiné à partir du signalement d'un média en ligne, un réseau social ou un e-mail. Ce qui changeait d'emblée le rapport à l'objet. Au lieu d'une énigme qui sollicite notre participation, comme le rébus d'une chasse au trésor, ce cadeau déjà déballé décourageait plutôt la curiosité.

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Vieux, décrépis, grippe-sous, les médias français ne méritent pas l’internet

L’omerta est la règle suivie par tous les médias français d’avant la révolution du réseau, avec toujours comme ultime justification la survie des formats anciens, seuls capables d’être réellement rémunérateurs, au détriment de tout ce qui a fait que l’internet est une respiration, mieux un nouvel ordre. Aujourd’hui, la situation est incroyablement dangereuse sur la toile française. La survie est devenue la règle pour les médias "Pure Players" francophones. Quelques exemples: Deezer, Dailymotion sont étranglés par les revendications des ayants droit, d’un côté, et un sous financement de l’autre. Leur existence même est engagée. Sur le front de l’information, Bakchich, Rue89, etc., voient leurs revenus publicitaires largement menacés par les effets de la crise. Sans parler des radios en ligne, qui lèvent des fonds dans une unique perspective: décrocher une hypothétique licence de radio numérique terrestre.

Par Emmanuel Torregano, Electron libre, 24/04/2009 (via Jean-Baptiste Soufron/FB).
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Le filtrage d'internet, ou comment rejouer le fiasco des DRM

image Après la Chine ou l’Arabie Saoudite, l'Australie et l'Allemagne s'apprêtent à filtrer l'accès du public à internet dans le but d’éviter l'exposition à des contenus illégaux, notamment pédo-pornographiques. Le site Homo numericus fait le compte des pays touchés par cette vague, qui pourrait bien s'étendre prochainement à la France.

Avec les propos de Frédéric Lefebvre à l'Assemblée nationale, divers indices suggèrent qu'une tendance proche du pouvoir pousse vers un «contrôle» du web. Après la diabolisation de Facebook, la télévision publique poursuit de son côté la dramatisation du débat avec un reportage du magazine Complément d'enquête ("Ces ados qui nous échappent", France 2, 19/01/2009), très alarmant sur le «tsunami pornographique» qui attend les jeunes sur la toile.

Les intentions qui président à ces projets de censure paraissent des plus louables. Comment refuser de protéger nos enfants contre la vision de spectacles choquants ou les agressions de pervers sexuels? Notons toutefois que cet argument est à ranger dans la catégorie de ceux qui, avec la menace terroriste, ont servi dans la période récente aux Etats démocratiques à s'exonérer des principes qui les fondent pour imposer aux populations des dispositions d'exception et étendre systématiquement leur contrôle. Le risque existe qu'un gouvernement allergique aux contre-pouvoirs se serve de ce prétexte pour museler un média rebelle.

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Pourquoi la télé diabolise Facebook

«Ne pas s'inscrire sur ces sites de réseaux sociaux.» Tel était le conseil conclusif après le reportage diffusé par France 2, le 4 décembre 2008, dans l'émission Envoyé spécial ("Planète Facebook", 32", par Jérémie Drieu et Matthieu Birden). Quelques mois après l'achèvement de la campagne victorieuse de Barack Obama, qui avait su trouver dans la convivialité de Facebook le moyen de favoriser une relation plus souple et plus moderne à la mobilisation politique, la France de la loi Hadopi, parfaitement servie par la télévision publique, marquait encore une fois sa différence.

Aux Etats-Unis, où la série télévisée "Les Simpsons" peut parodier "Everyday", la vidéo culte de Noah Kalina, les pratiques numériques sont pleinement intégrées à la culture commune. Mais au pays de Nadine Morano, foin de digital literacy, on en est encore à la "fracture numérique". Autrement dit à l'ignorance et au rejet, qui continuent de structurer le rapport de l'intelligenstia ou des grands médias à la société de l'information.

Quel intellectuel français a pris des positions marquantes en faveur du web 2.0? Quel journal national a porté un regard éclairé sur les réseaux sociaux? Quel ouvrage nous a expliqué la nouvelle économie que nous préparent les grands moteurs de recherche? Je compte sur mes lecteurs pour combler mes lacunes, mais il faut bien admettre qu'à toutes ces questions, la réponse ne jaillit pas spontanément. Ce qui n'empêche nullement les pratiques numériques de prospérer. Les Français ont reconnu sans l'aide d'aucun plan gouvernemental tout l'intérêt de ces nouveaux outils, et sont désormais plus de 5 millions à utiliser Facebook. Le problème de la patrie d'Asterix n'est pas situé du côté des usages. Il est tout entier dans le déficit explicatif et le refus par les élites d'accorder une dimension culturelle aux TIC.

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Oui, la télévision publique est digne de notre soutien

image Une révolution. Alors que le JT de France 2 traite habituellement les conflits sociaux avec dédain, de manière expéditive, l'édition d'hier soir a témoigné d'un étonnant retournement.

Au lieu de donner la parole aux «victimes», «prises en otage» par les grévistes, la caméra nous montrait de longues séquences d'un cortège joyeux et bigarré, s'attardant sur les visages souriants de manifestants pour une fois sympathiques. Plusieurs représentants de la CGT étaient interviewés respectueusement.

Plus surprenant: le téléspectateur découvrait, médusé, qu'un mouvement social pouvait être autre chose qu'une grogne instinctive, que celui-ci pouvait être motivé par de véritables problèmes, reposant sur une analyse des conditions économiques dont la rédaction nous restituait scrupuleusement le détail. Mieux encore: le représentant du gouvernement, invité sur le plateau pour s'expliquer, se faisait ni plus ni moins couper la parole par Pujadas, qui osait lui opposer de vrais arguments. Et si l'on n'échappait pas, in fine, au rituel micro-trottoir, celui-ci présentait des opinions contrastées, dont plusieurs visiblement en faveur de la protestation.

J'ignore ce qui explique cette soudaine considération pour les grévistes, mais choisir de consacrer pas moins de vingt minutes d'antenne à une manifestation qui n'a rassemblé qu'environ 3000 participants est incontestablement le signe d'une nouvelle attention à l'égard des mouvements sociaux et le témoignage d'une impartialité qui fait plaisir à voir.

MàJ, 10h50. Un commentateur me fait remarquer à juste titre que mon analyse est malheureusement faussée. Cette couverture si extensive, ce journalisme si attentif n'étaient motivés que par le corporatisme et la défense d'intérêts particuliers, puisque cette mobilisation était dédiée à la défense de la télévision de service public. Malgré ma déception, cette découverte confirme la justesse du traitement habituel des mouvements sociaux sur France 2, qui ne sont finalement que l'expression archaïque d'égoïsmes catégoriels.

Pour Obama, la classe moyenne a le visage de la famille

Brûlant de ses derniers feux, la campagne de Barack Obama nous a livré hier un objet devenu rare: un vrai film de propagande à l'ancienne, sous la forme étonnante d'un publi-reportage de 27 minutes diffusé simultanément sur sept chaînes nationales.

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Small is beautiful (8): j'ai vu mourir le monde ancien

image Je suis injuste avec la télé. Entre les gouttes, parfois, il y a aussi des moments forts, des rencontres d'exception, émouvantes de vérité. Comme cet entretien des deux monstres sacrés de la librairie francophone, réunis ce soir au 20 h de France 2 à l'occasion de la parution de la première tentative de blockeditobuster hexagonal (Ennemis publics, Flammarion/Grasset). La belle complicité de ces jumeaux de la notoriété faisait plaisir à voir. Sans écouter les paroles de la chanson, ce qu'on entendait était une petite musique douce et tranquille. Si douce et si tranquille qu'elle en devenait étrange, dans ce cadre habituellement peuplé de désastres et de martyres. Cette odeur d'étable ou de chaumine, de feuilles mortes et de pommes de terre cuites sous la cendre n'émanait pas du parka très bobo-chic de l'auteur de La Possibilité d'une île. Elle naissait de la bienveillance réciproque qui ruisselait sur les barbes, à peine troublée par le ronronnement du journaliste. Qu'il semblaient loin, d'un coup, Kaboul, Wall Street et les agitations de la planète. Et comme tout était paisible, ici, au coin du feu.

D'où provenait cette impression de paix candide? Il n'était pas difficile de le deviner: dans l'enceinte du studio, sous la protection de la télévision publique, ces deux-là étaient chez eux, à l'abri des vents mauvais et de la méchanceté du monde. Aucun risque que quiconque vienne ici émettre une fausse note, déranger leurs plans, bousculer leur commerce. En bruit de fond planaient les échos des voix de Bernard Pivot et de Jacques Chancel qui, comme l'âne et le boeuf, venaient réchauffer de leur haleine le livre nouveau-né. Et nous, de l'autre côté de l'écran, gagnés par l'allégresse de ces gazouillis, on reprenait en choeur le chant où jouent hautbois et résonnent musettes – non sans écraser une larme devant un si touchant spectacle. Plus tard, on pourra dire: j'y étais; j'ai vu mourir en direct la culture du vieux monde. C'était Michel Houellebecq et Bernard-Henri Levy sur France 2, comme dans une soucoupe volante fendant l'espace, à cent mille lieues de nous.

Séminaires du Lhivic, 2008-2009

image Peuples exposés (politique de l’imagination, suite)

  • Georges Didi-Huberman, INHA, auditorium, 1er et 3e lundis du mois, 18h-20h, 1e séance le 10/11/08 puis du 01/12/08 au 18/05/09.

Il s’agira cette année d’interroger la représentation des peuples. Walter Benjamin évoquait le rôle de l’historien comme étant de rendre la parole aux sans-noms (nous pourrions, aujourd’hui, ajouter: aux sans-logis, aux sans-papiers, etc). La question posée revient donc à savoir quel est le statut des “figurants” dans la représentation moderne, en particulier dans le cinéma. À partir d’une enquête de longue durée sur le portrait de groupe et la figuration des peuples — depuis Jacques Callot jusqu’à Francisco Goya, mais aussi depuis l’éthique humaniste jusqu’aux poèmes de Baudelaire —, nous étudierons plus précisément cette figuration des peuples dans le cinéma, à partir d’exemples précis dont les plus importants seront puisés dans l’oeuvre d’Eisenstein, de Rossellini et, surtout, de Pier Paolo Pasolini (séminaire ouvert aux auditeurs libres).

Histoire des images numériques

  • André Gunthert, INHA, salle Walter Benjamin, 2e et 4e jeudis du mois, 17h-19h30, du 13/11/08 au 1825/06/09.

Le paysage des pratiques de l’image s’est considérablement modifié dans la période récente. De l’ordinateur au téléphone portable en passant par les blogs ou les plates-formes visuelles sur internet, de nouveaux outils de production, de stockage et de transmission des images, appuyés sur le développement des technologies numériques, ont connu une diffusion rapide. Le séminaire proposera une première approche de l’histoire de ces évolutions, de leurs répercussions culturelles et sociales, ainsi qu’une réflexion historiographique sur les conditions nécessaires à la construction du récit historique (séminaire ouvert aux auditeurs libres).

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