Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

70 % d'augmentation des contenus générés par les utilisateurs en 2007

Selon une étude de Research and Markets, le nombre de contenus générés par l'utilisateur (UGC) en 2007 se seraient élevés à 22,4 milliards de contenus, en augmentation de 70 % par rapport aux 13,2 milliards en 2006. (...) Le rapport précise que 831.147 vidéos ont été ajoutées à YouTube en 2007, pour un total de 1.176.23 vidéos envoyées aux principaux sites de partage de vidéos en ligne. (...) Chacun de ces 22,4 milliards de contenus sont protégés par le droit d'auteur au même titre que les contenus (beaucoup, beaucoup moins nombreux) créés par les professionnels. Dès lors, qui le droit d'auteur doit-il protéger en priorité, et sous quelles conditions? Ne faut-il pas autoriser par défaut la copie des oeuvres à titre non commercial, et ne l'interdire que si les créateurs le souhaitent et payent pour ce droit une redevance annuelle à l'image de ce qui est pratiqué sur les brevets?

Ratiatum, 18/01/2008.
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French Visual Studies, or the Authorized Scholarship

image I would like to describe briefly the very unhappy situation of the visual studies in the French legal context. This could be characterized by two major points: 1) the absence of any kind of fair use, 2) the absence of quotation right for still images. In 2005, when the journal La Revue de l'Art opened its online version, it was published without its iconography, to avoid the payment of new reproduction fees (you may notice that, in the example shown on the screen, the illustrations are engravings from the 19th century, that it to say pictures in the public domain). Without fair use or quotation right, there is in fact no public domain for still images. As a picture is an existing thing conserved by a collection, if you want to publish it, you have to ask for.

That's why we can describe the common law of visual history in France as "authorized scholarship". The best way to publish his research is in a catalog of some great exhibition by the musée d'Orsay or the musée du Louvre, which hold the copyright of the works they are showing. In all other cases, the researcher may verify that the possibility of any critical evaluation is strictly linked to the quotation right. For a reader published last year, I wanted to describe the famous case of the O. J. Simpson cover doctored by the Time in 1994. That meant that the publisher had to obtain the permission of the magazine. As we can easely understand, Time was not very happy to see this old story published again, and refused to give its copyright.

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Tristesse du readymade

Les pratiques de citation et de détournement de Richard Prince ont suscité de nombreux débats depuis 1977. Intitulé "If the copy is an artwork, then what's the original?" (si la copie est une oeuvre d'art, alors qu'est l'original?), un article récent publié par le Herald Tribune a relancé la discussion. De la pire manière. “Que pensent les auteurs des images originales des photographies de leurs photographies, magnifiées en oeuvres d'art, mais sans que leur nom apparaisse nulle part?”, s'interroge le quotidien, en suivant les pas de Jim Krantz visitant la rétrospective actuellement proposée par le Guggenheim de New York. Photographe ayant produit des publicités pour Marlboro, Krantz est l'un de ceux dont les images ont été reprises par Prince. Les prix récemment atteints par les oeuvres du plasticien ("Untitled (Cowboy)" avait été la première photographie a dépasser le million de dollars en vente aux enchères en 2005) ont jeté de l'huile sur le feu – mais pas autant que la crise de l'édition musicale face au téléchargement, qui encourage une vision restrictive et policière de la création artistique.

L'article du Herald Tribune met en scène avec talent la souffrance d'un auteur spolié, qui réclame “reconnaissance et compréhension”. Comment ne pas s'émouvoir au récit de la tristesse du modeste artisan, qui se clot sur ces mots: “Ce n'est pas courant de voir un artiste qui n'est pas le créateur de sa propre oeuvre, et je ne comprends pas la frénésie tout autour. (...) Si je recopiais Moby Dick, est-ce que ça deviendrait mon oeuvre? Je ne sais pas. Mais je ne le pense pas.”

Pourtant, qu'aurait-on dit d'un article relatant la souffrance de Louis Duval, obscur concepteur chez Jacob Delafon d'un modèle d'urinoir, injustement dépossédé par Duchamp de son droit à la propriété intellectuelle et à la reconnaissance devant l'histoire? Quelle différence, à dire vrai, entre cet objet industriel devenu le paradigme de l'art du XXe siècle et une commande publicitaire dûment rémunérée, transformée par Prince en oeuvre?

Dans un débat rapidement devenu nauséabond, il faut saluer le courage d'un Thomas Hawk, photographe qui ose prendre la défense du plasticien sur son blog: “Je pense vraiment que le monde est meilleur avec Richard Prince et son merveilleux travail plutôt que si nous en étions privés.” Et Hawk d'inviter quiconque à faire usage de ses photographies dans un cadre créatif: “Si quelqu'un veut utiliser mes photos comme une partie de son propre processus créatif, qu'il le fasse.” Un point de vue libertaire et généreux devenu rare en matière artistique.

Une nouvelle taxe sur l'audiovisuel en ligne ?

Un amendement au projet de loi de finances rectificative a été voté à l'assemblée nationale. Il prévoit, sans qu'aucune concertation n'ait eu lieu, une nouvelle taxe, sur les recettes publicitaires de "tout site internet" qui diffuse des créations cinématographiques ou audiovisuelles: Art. 302 bis KF. – I. – 1. Il est institué une taxe assise sur le montant hors taxe sur la valeur ajoutée des sommes versées par les annonceurs et les parrains, pour la diffusion de leurs messages publicitaires et de parrainage, aux redevables mentionnés au 2 ou aux régisseurs de messages publicitaires et de parrainage. Ces sommes font l’objet d’un abattement forfaitaire de 4 %.

Par Versac, 12/12/2007.
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Pour un droit à la critique des images

image S'il existait un compteur de l'emploi du mot "décryptage", nul doute qu'il aurait atteint en cette rentrée des sommets historiques. Directeurs de programmes, journalistes et Paul Amar ne jurent que par lui. A ce terme qui fleure bon la théorie du complot, je préfère personnellement celui, moins sexy, d'analyse. Mais au-delà du vocabulaire, la décryptolalie témoigne d'un appétit bien réel pour l'interprétation des signes du quotidien. Ce dont on ne peut que se réjouir. Il faut cependant souligner une anomalie. Alors que la loi permet, lorsqu'on étudie un texte, de mentionner le passage qui fait l'objet de l'analyse, en vertu du droit de citation, ce droit n'existe pas en matière d'images fixes. Il s'agit d'une particularité française: les Etats-Unis ou le Canada recourent au fair use, ou usage équitable, et l'Allemagne dispose d'un droit de citation en bonne et due forme protégeant l'argumentation scientifique (voir: "Le droit aux images et la publication scientifique").

En l'absence d'une telle disposition, les candidats au décryptage ne peuvent publier les images sur lesquelles ils travaillent sans l'autorisation expresse de leurs auteurs ou ayants-droits. Cette obligation peut devenir un obstacle infranchissable. Le numéro 17 d'Etudes photographiques proposait par exemple une étude de Marie Bottin consacrée à la réception française de l'oeuvre de Nan Goldin. Réalisé dans les conditions désintéressées et indépendantes de la recherche universitaire, cet article ne prend pas de gants pour décrire les paresses mythographiques d'une certaine critique et ébrèche une légende patiemment construite. Voilà qui n'était guère prudent puisque, pour illustrer cette contribution, encore fallait-il que la rédaction recueille l'accord de l'artiste. Après avoir requis de prendre connaissance du texte, ses représentants ont décidé de nous refuser cette autorisation. L'article a été publié sans aucune illustration.

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Est-il légal de faire danser son bébé sur YouTube?

Il n'y a pas à dire, heureusement que le droit d'auteur existe pour empêcher ces choses là. Une jeune femme du nom de Stephanie Lenz avait osé l'impensable, en filmant son petit garçon en train de danser pendant 29 secondes sur le tube de Prince "Let's Go Crazy". Pire, elle avait posté la vidéo sur YouTube pour montrer les exploits du bambin à ses amis et sa famille. Infamie ! Elle n'avait pas payé les droits d'auteur ! Rapidement, la police privée est intervenue pour mettre un terme à la débauche. Les avocats de la filiale d'édition d'Universal Music Group ont contacté YouTube pour exiger illico presto la suppression de la vidéo familiale. YouTube, bien sûr, s'est immédiatement exécuté, constatant de ses propres yeux à quel point il devait être préjudiciable pour Prince et Universal Music Group de voir ainsi accessibles à tous 29 secondes d'un danseur sans licence.

Par Ratiatum, 27/07/2007.
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Lartigue explore l'espace-temps

image Dans la série "Que font les blogs pendant l'été?", saluons le choix de Mots d'images de revisiter quelques grands classiques de la photographie. Après la jeune Afghane par Steve McCurry, après "Migrant Mother" par Dorothea Lange, Béat Brüsch commente "Grand Prix" par Jacques Henri Lartigue (en s'appuyant notamment sur l'analyse détaillée proposée en 2000 par Clément Chéroux dans le catalogue Photographies/Histoires parallèles du musée Nicéphore-Niépce).

Que voit-on sur cette image? Un ensemble de déformations étranges, qui semblent défier la logique et la perception: les corps ou les objets immobiles situés sur le bord de la route sont affectés d'une déformation oblique qui semble les faire pencher vers la gauche de façon tout à fait invraisemblable, tandis que les roues du véhicule ont troqué leur forme circulaire pour un ovale qui s'oriente vers la droite de l'image.

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Le droit aux images et la publication scientifique

image L'INHA proposait jeudi 7 juin une réunion-débat intitulée "Le droit aux images et la publication scientifique", associant historiens d'art français et étrangers. Première rencontre publique consacrée à cette question préoccupante, elle a permis de faire le point sur ce qui apparaît désormais comme une exception française.

Adoptée le 30 juin 2006, la loi DAVDSI (Droit d’auteur et droits voisins dans la société de l’Information), focalisée sur le téléchargement des fichiers audio et vidéo, a eu pour effet de restreindre, de contingenter ou de pénaliser les usages des images. A l'opposé de la recommandation de la directive européenne, la loi DAVDSI a refermé en France la porte d'une exception pédagogique inspirée du fair use américain, autrement dit une exemption du droit d'auteur pour les usages d'enseignement et de recherche.

Quelles sont les conséquences de ces textes pour l'histoire de l'art et les études visuelles? Dans les domaines de la recherche ou de l'enseignement, des accords sectoriels signés par le ministère de l'Education nationale avec les sociétés d'ayants droit reproduisent les dispositions des usages marchands: le nombre des reproductions ou leur archivage informatique est contingenté et susceptible de faire l'objet de contrôles par les sociétés privées.

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Réunion "Le droit aux images et la publication scientifique" à l'INHA

Réunion-débat, le jeudi 7 juin, 10h-12h30.
INHA, Auditorium, 2 rue Vivienne, 75002, Paris.

Avec la participation de Hilary Ballon (Columbia University, New York); Christine von Oertzen (Max Planck Institut, Berlin); Michel Guerrin (Le Monde, Paris); Barthélémy Jobert (Université de Paris IV-Sorbonne); Vincent Varet (HMV avocats, Paris); Mariët Westermann (Institute of fine Arts, New York); Kelley Wilder (Max Planck Institut, Berlin).
Modérateurs: André Gunthert (Etudes Photographiques) et Olivier Bonfait (Perspective, INHA).

La loi française sur les Droits d’Auteur et Droits Voisins dans la Société de l’Information (DADVSI) a interprété dans un sens restrictif la directive européenne, le débat s’étant focalisé sur le téléchargement de fichiers audio et vidéo. Elle a ainsi limité l’accès aux reproductions d’œuvres d’art du domaine public et aux images, que ce soit dans le cadre de l’enseignement ou d’une publication scientifique, alors qu’au même moment, différents grands musées des pays anglo-saxons « ouvrent » leurs fonds et que l’Allemagne continue de proposer un accès plus large aux images.
Cette réunion, permettant la rencontre de spécialistes de ce sujet à différents points de vue, voudrait être une occasion d’information, de mise au point et de discussion, en donnant aussi la parole aux personnes présentes dans la salle afin d’enrichir les débats.

Réunion-débat organisée par les revues de l’INHA: Etudes Photographiques, Histoire de l’art, Perspective, La Revue de l’art.

Dans 46 ans, les images d'Hergé

image Pourquoi la photo d'un Rubik's cube pour célébrer le centenaire d'Hergé? Pour être juste, ce n'est pas un vrai Rubik's cube, mais une imitation, d'assez mauvaise qualité. Inventé en 1974 par Ernő Rubik, professeur d'architecture, ce jeu est protégé en 1975 par un brevet hongrois. J'ai découvert le Rubik's cube à l'adolescence, c'était un objet fascinant. Aujourd'hui, Ernő Rubik est bien vivant. Son cube a 33 ans. N'importe qui a le droit de réutiliser ce dispositif et le cas échéant de le mettre en vente. L'invention du professeur appartient à tout le monde.

Les albums de Hergé ont bercé mon enfance. Certains de ses dessins sont enfoncés si profondément dans mon cerveau qu'ils n'en disparaîtront jamais. Et pourtant, ces images, même pour célebrer leur créateur, je n'ai pas le droit de vous les montrer. Hergé est mort à Bruxelles en 1983. Cela fait 24 ans qu'il ne peut plus profiter des revenus de son oeuvre, aujourd'hui propriété de la société privée Moulinsart. D'après les dispositions du droit d'auteur, il faudra attendre encore 46 ans pour que ses images reviennent au patrimoine public. J'espère être encore parmi nous ce jour-là.

Is it Graffiti, or is it Art, or is it Both?

The BBC news is reporting that an iconic and very famous mural by artist Banksy has been painted over in London. The image, pictured above, was a classic of modern and pop culture and featured John Travolta and Samuel L. Jackson clutching bananas instead of guns in a classic Pulp Fiction pose. According to the BBC, London transport workers painted over the mural because they said that the "graffiti" created an "atmosphere of social decay." Which brings up a point of contention. Was Banksy's mural art, or was it graffiti? And how do you define art and the work that graffiti artists create? Typically most graffiti artists are creating their work on property that they don't own. Many consider it vandalism.

Thomas Hawk's Digital Connection, 20/04/2007.
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Droits des images: la National Gallery se joint au mouvement

image Pour compléter le billet précédent, on notera avec intérêt que la National Gallery of Art (Washington) compte rejoindre dès cette année le mouvement engagé par le MET et le V&A, visant à exonérer les chercheurs et les enseignants des droits de reproduction des images. Si le musée hésite encore sur les modalités pratiques, il envisagerait, d'après Elizabeth Cropper, de faire porter cette mesure sur l'ensemble de ses collections. Le ralliement de la principale institution nationale américaine va peser lourd dans la balance et donne des assurances solides sur l'irréversibilité du mouvement pour les musées de l'aire anglophone. Comment vont se positionner les institutions françaises par rapport à cette nouvelle donne? Les responsables concernés ont gardé jusqu'à présent un silence prudent sur la question. Il y a fort à parier qu'ils ne pourront plus maintenir très longtemps cette réserve.

Metropolitan Museum and ARTstor Announce Pioneering Initiative to Provide Digital Images to Scholars at No Charge

image Press release, The Metropolitan Museum of Art, Communications Department.

In a new initiative designed to assist scholars with teaching, study, and the publication of academic works, The Metropolitan Museum of Art will distribute, free of charge, high-resolution digital images from an expanding array of works in its renowned collection for use in academic publications. This new service, which is effective immediately, is available through ARTstor, a non-profit organization that makes art images available for educational use.

"The Metropolitan Museum of Art has long sought to address the significant challenges that scholars confront in seeking to secure and license images of objects from the Museum's collections," stated Metropolitan Museum Director Philippe de Montebello in making the announcement. "We hope, through this collaboration, to play a pioneering role in addressing one of the profound challenges facing scholars in art history, and scholarly publishing, today."

ARTstor's Executive Director, James Shulman, added: "By taking such a bold step in supporting publications based on art-historical research, the Metropolitan is providing enormous leadership to the entire sector. Scholars - in higher education and in museums - have been struggling with the question of how digitization might help to enable, rather than hinder, scholarly communications. For all involved, it is obvious that, when faced with an important directional challenge, the Metropolitan is providing decisive leadership."

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Droits de reproduction des oeuvres (suite)

"Reproduction Charges: Metropolitan to scrap fees for scholars" (The Art Newspaper, January 2007).
New York: The Met (…) will drop charges this spring for the reproduction of selected images in scholarly publications with small print runs (possibly less than 2,000 copies). Commercial publications will continue to charge as usual.
Two thousand pictures will be available from www.art.stor.org, an image service launched by the Mellon Foundation.
A spokeswoman from the Met (…) said: “We hope to expand the number of images but to begin, we are offering images already digitized for our website which have been selected by our curators.”

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Le droit aux images (suite)

image Dix jours après sa parution, la tribune "Le droit aux images à l'ère de la publication électronique" a été reprise ou citée sur une centaine de sites, agrégateurs, forums et listes (voir ci-dessous). Cet article présente le premier diagnostic français de la situation de l'édition électronique illustrée et plus largement de l'utilisation du patrimoine iconographique sur internet, dans l'état actuel des textes et des usages. Rédigé par des spécialistes en histoire de l'art et en droit des images, il concerne potentiellement tous les responsables de sites web. Il appelle à revoir un dispositif législatif manifestement inadapté. Il fournit aux éditeurs une arme puissante: le rappel du caractère libre de droits des reproductions des images du domaine public, garanti par le code de la propriété intellectuelle. Ce texte a vocation à ouvrir le débat. Il est donc placé sous licence Creative Commons n° 2 (paternité, pas de modification) et librement copiable, par extraits ou en totalité. Merci d'en relayer ou d'en discuter les observations.

En résumé, nous encourageons les webmestres et blogueurs: 1) à respecter les droits des auteurs et ayants-droits en matière d'oeuvres protégées (pendant une durée de 70 ans après la mort de l'auteur); 2) à utiliser librement les reproductions des oeuvres en deux dimensions du domaine public. Ce n'est pas cet usage qui est hors-la-loi, mais bien celui des institutions qui associent un copyright (sous la forme de restrictions d'utilisation) à la mise en circulation des reproductions. La règle est simple: personne ne peut prétendre à l'exercice d'un droit en matière de domaine public – c'est une contradiction dans les termes.

Nul n'est censé ignorer la loi. Pourtant, cette information, bien connue des responsables des collections patrimoniales, est aujourd'hui soigneusement dissimulée. A l'exception de l'aveu du chef de l'agence photographique de la Réunion des musées nationaux (RMN), qui a admis sur France Culture que les 365.000 images disponibles sur le site de l'agence sont librement copiables pour les usages non commerciaux en ligne.

Reproduire les images non protégées n'est pas un acte répréhensible. Au contraire, participer à leur propagation, c'est donner corps au domaine public, c'est faire évoluer les sensibilités et les habitudes. Pour y contribuer, cet usage ne doit pas être sauvage. Il importe à l'inverse, après avoir procédé aux vérifications nécessaires, d'en assurer la légitimité par un légendage qui fournisse toutes les indications utiles. Nous suggérons d'ajouter aux précisions habituelles la mention: "statut: domaine public" (voir exemple ci-dessous).

Illustration: Gabriel Loppé (1825-1913), Loïe Fuller cachée derrière un arbre, photographie, v. 1905, Paris, musée d'Orsay (reproduction RMN, statut: domaine public).

Principaux sites ayant relayé le texte: 36 Projets, A Brest, AdmiNet-Le blog, Affordance.info, Archi-Art.net, Archivalia, Arts et culture pour tous, Betapolitique, Blog des rédacteurs de Politis, BlogObs.com, Boîte noire, Cmicblog, Créatif, Culture libre, EDSH, Embruns, Figoblog, Fouinayage, I-cone.net, Le JDL, La Feuille, Laurent Guerby, Observatoire critique, Open Access News, Regarder les images, Reseau Erasme.org, Rezo.net, Transactiv.exe, La Tribune de l'Art, Vecam, Wikio.fr, Zewol.net.

Le droit aux images à l'ère de la publication électronique

image En février 2005, le portail Persée, spécialisé dans l'édition numérique rétrospective, ouvrait ses colonnes au public [1]. Parmi les collections disponibles en libre accès figurait une cinquantaine de numéros de la Revue de l'art (1988-1999). Un sort particulier avait été réservé à la plus prestigieuse publication française du domaine. Au lieu de l'abondante illustration accompagnant les numéros papier, les pages en ligne arboraient de vastes espaces blancs, des légendes renvoyant à des cadres vides. Aurait-on admis de voir une revue de littérature dépouillée de ses citations, une revue de mathématiques caviardée de ses équations? Nul ne s'interroge alors sur le symptôme inquiétant que représente une revue d'histoire de l'art débarrassée de l'objet même de ses travaux: son iconographie.

Devant le durcissement du dispositif légal concernant la publication sur internet, la rédaction de la revue Etudes photographiques prenait en juin 2006 la décision de renoncer à son édition en ligne[2]. Créée en 1996, la seule revue francophone consacrée à la recherche en matière de photographie avait ouvert dès 1997 un site permettant d'accéder gratuitement à une sélection d'articles, avant de rejoindre en 2002 le portail d'édition électronique Revues.org. Ce nouvel avertissement est l'indication d'une évolution préoccupante. Alors que l'entreprise de numérisation généralisée des textes du domaine public se poursuit à bride abattue sur tous les continents, alors que le libre accès à des centaines de milliers d'ouvrages sur internet fait désormais toucher du doigt le vieux rêve de la bibliothèque universelle, la situation des images semble aujourd'hui dans l'impasse. Qu'il soit pictural, photographique ou cinématographique, le patrimoine visuel fait partie des trésors les mieux gardés du monde contemporain. Réduit par les usages à l'état de marchandise, quand bien même il devrait dépendre du domaine public, il est aujourd'hui exclu des voies où se construit le bien commun de l'humanité. Quelles sont les raisons de cette situation paradoxale?

Selon un article du Chronicle of Higher Education, «si les publications scientifiques comportaient une liste des espèces menacées d'extinction, les essais en histoire de l'art devraient figurer au premier rang[3]». La première explication de ce pronostic alarmiste, du côté de l'édition classique, tient à la merchandisation croissante du domaine des images, à la hausse ininterrompue des droits de reproduction depuis quinze ans, mais aussi au renforcement du contrôle et à la multiplication des procès. Aujourd'hui, aux États-unis, où les auteurs payent de leur poche l'iconographie de leurs livres, il n'est pas rare de voir un spécialiste de la Renaissance débourser 10 000 ou 15 000 dollars pour assurer l'illustration d'un ouvrage dont l'éditeur ne vendra que 500 exemplaires. Comme l'explique l'éditeur Susan Bielstein, des presses de l'université de Chicago: «Entre la diminution des ventes et l'augmentation du coût des droits de reproduction, ce segment de l'édition est désormais si sévèrement compromis que la monographie d'art est sérieusement en danger et pourrait très bien dépasser le vairon argenté dans sa course à l'extinction[4]».

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Rapport britannique sur la propriété intellectuelle: une réforme nécessaire

C’est le 6 décembre qu’a été rendu public le rapport Gowers sur la propriété intellectuelle, rédigé à la demande de l’échiquier britannique. Il s’intéresse à l’état de la législation sur la propriété intellectuelle à l’ère du numérique. Il traite à la fois des questions de droit pénal, de concurrence et de la défense des libertés individuelles. (...) Contrairement au texte français, le rapport Gowers rappelle que la propriété intellectuelle est d’abord une balance. Que ce n’est pas un dogme, mais un mécanisme juridique chargé de créer un rapport équitable entre les intérêts des créateurs et ceux du public.

Par Jean-Baptiste Soufron, Betapolitique, 9/12/2006.
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Le V&A renonce aux droits de reproduction pour les publications académiques

image En réponse aux appels des historiens d'art à débloquer la question du copyright sur les oeuvres du domaine public, un mouvement semble s'amorcer parmi les grandes institutions muséales anglo-saxonnes. Après le Metropolitan Museum of Art de New York, c'est maintenant le Victoria and Albert Museum de Londres qui vient d'annoncer son intention de renoncer dès l'an prochain à la facturation de droits pour les publications à caractère académique. Selon The Art Newspaper, le V&A compte avoir une définition extensive du périmètre concerné, qui comprendrait les presses universitaires, mais aussi les manuels scolaires, certains catalogues et magazines spécialisés. Le musée estime qu'il va perdre environ la moitié des 250.000 £ que lui rapportaient chaque année la commercialisation des droits. Le journal conclut que “cette décision, en créant un précédent susceptible d'être suivi par d'autres musées britanniques, pourrait avoir des conséquences majeures sur la publication d'essais sur l'art”.

Illustration: "Textile Archive in the Victoria & Albert Museum, London - August 2006", photo, © et courtesy: Mariam Gadelrab.

Reference: