Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Danah Boyd perdue pour l'université

Actuellement doctorante à Berkeley, Danah Boyd annonce sur son blog qu'elle rejoindra dès janvier prochain le centre de recherches Microsoft Research de Boston. On se réjouit pour l'une des plus brillantes chercheuses dans le domaine des web sciences que Tim Berners-Lee appelle de ses voeux (à lire notamment en français: "Pourquoi les jeunes adorent MySpace?", Médiamorphoses, n° 21, septembre 2007). Et on se désole pour l'institution de ne pas avoir été capable de retenir un cerveau de ce calibre. Un signe parmi d'autres que l'innovation est de moins en moins compatible avec un système d'abord préoccupé par sa propre reproduction.

Comment obtenir une bonne lettre de recommandation

image La rédaction de lettres de recommandation constitue une part non négligeable de l'activité d'un professeur. Du point de vue des étudiants, ce travail est souvent perçu comme un pur exercice formel, où il suffit d'aligner quelques phrases creuses et autant de formules toutes faites. Seul compte à leurs yeux le prestige de la signature. Mettons de côté les demandes de consultation d'un fonds, les appuis pour la participation à un colloque et autres attestations qui relèvent en effet de la routine. Mais pour les enjeux plus importants, comme les demandes de bourse, les soutiens à une allocation ou un concours, une telle vision est une grossière erreur. Pour ces ressources chichement octroyées, les recommandations sont au contraire examinées à la loupe, et mobilisent tous les moyens de la science de l'énonciation académique.

Quoique ne faisant pas l'objet d'un enseignement officiel, cette discipline est l'une des plus précieuses de l'univers savant. Burinée par l'habitude des jurys et des rapports, elle s'acquiert en observant la pratique des aînés et les résultats obtenus. Seuls ceux qui ont accédé à l'envers du décor mesurent la redoutable subtilité de ses effets, la puissance d'un mot, la perversité d'une formule. Maîtriser cette rhétorique est une condition indispensable à la participation à la vie universitaire.

Ecrire une bonne lettre de recommandation est aussi difficile qu'écrire un bon article. Il y faut non seulement une analyse des attentes de l'institution, une remise en perspective des travaux du candidat, mais une solide capacité de synthèse et des arguments convaincants. Tout cela ne s'invente pas entre la poire et le fromage. Le meilleur fondement d'un tel exercice est la bonne connaissance du dossier de l'intéressé. Plus sa fréquentation aura été longue et assidue, moins on dira de banalités, mieux on défendra les particularités d'un profil. On peut parfaitement écrire un courrier de soutien aux apparences flatteuses pour quelqu'un dont on ne connaît que superficiellement les qualités – mais un tel appui ne fera pas illusion, manquera de la touche de proximité nécessaire et aura rarement l'effet escompté. Compte tenu des capacités de décodage des initiés, il ne sert à rien d'aller frapper à la porte d'un professeur prestigieux pour quémander une signature. Au contraire, la meilleure lettre de recommandation est le résultat d'un commerce soigneusement cultivé, dans la durée, entre l'étudiant et son directeur. S'entretenir régulièrement avec lui de ses progrès, de ses questions ou de ses doutes n'est donc pas seulement une manière polie de faire participer l'ancêtre à sa recherche – c'est aussi une façon de l'aider à s'en construire une représentation efficace, et donc de préparer sa valorisation future.

Villa à saisir

Vie culturelle. Mort de rire! Après la campagne contre le parachutage du conseiller en disgrâce Georges-Marc Benamou à la villa Médicis, les aficionados de l'institution doivent se demander si la bronca était une bonne idée. «Il ne faut jamais désespérer tout à fait des princes qui nous gouvernent», s'exclamait avec conviction Pierre Assouline. En effet. C'est finalement l'animateur Frédéric Mitterrand, soporifique pipolisateur du cinéma à la télé ("Etoiles et Toiles", 1981-1986), qui s'y colle. Tu croyais quoi, qu'on allait y mettre Alain Schnapp? Eh non, ça se passe comme ça, la vie culturelle sous Sarkozy! Alors, un bon conseil: une prochaine fois, mieux vaut éviter toute polémique, on risque de se retrouver avec Frédéric Taddei, Michel Denisot, ou pourquoi pas Marc-Olivier Fogiel. Mais non, pas Pascal Sevran... (Cela dit, avec sa nécro d'enfer d'écrivain culturel qui tue de sa race, on se dit qu'à un mois près, on a peut-être échappé au pire.)

Un aperçu de l'ambiance à la Villa dans les semaines à venir:

Requiem pour Elkabbach

Georges Marchais a finalement gagné. On apprend aujourd'hui que Jean-Pierre Elkabbach sera remplacé dès la semaine prochaine à la tête d'Europe 1 par Alexandre Bompard, patron des sports du groupe Canal+ et ancien collaborateur de François Fillon (ce qui ne devrait pas modifier beaucoup la ligne politique de la station). Un départ sans gloire, après l'annonce prématurée de la mort de l'ami des mémés. Parmi les innombrables agressions que l'intervieweur réservait avec constance aux syndicalistes, aux représentants des partis de gauche et autres fonctionnaires, je retiendrai celle adressée un matin à un chercheur du CNRS. Il s'agissait de confronter le scientifique avec le comble de l'ignominie libérale: le bénéfice d'un «poste à vie». Cher Jean-Pierre, toi que j'ai toujours entendu causer dans le poste depuis ma tendre enfance, toi qui l'a conservé jusqu'au bel âge de 70 ans, n'as-tu pas été heureux de pouvoir faire ton métier, celui que tu aimes et que tu as choisi, jusqu'au bout – et même au-delà? Alors tu comprendras qu'un chercheur reprenne en guise de salut ce voeu historique: tais-toi, Elkabbach!

(Un voeu qui n'est pas près de se réaliser, car dans le privé, les postes à vie s'étendent largement au-delà des limites usuelles: le journaliste le plus décrédibilisé du PAF devrait conserver son interview politique du matin sur Europe 1. En bonne logique manageriale, la tête de turc de la blogosphère devrait également se voir confier la direction de Lagardère News, structure vouée à mettre en valeur les contenus numériques du groupe. Cherchez l'erreur.)

Giovanni Careri élu directeur d'études à l'EHESS

image Giovanni Careri, directeur du Centre d’histoire et théorie des arts (CEHTA), a été élu le 30 juin 2007 aux fonctions de directeur d'études de l'EHESS. Nos plus vives félicitations à l'heureux impétrant!

Né en 1958 à Rome, Giovanni Careri consacre en 1989 son doctorat d'histoire de l'art au Bernin, sous la direction de Louis Marin. Il est élu maître de conférences à l'EHESS en 1997 et prend la succession de Daniel Arasse à la direction du CEHTA en 2001. Il est également professeur à l’école des Beaux Arts de Lyon. Ses recherches portent sur l’histoire et l’anthropologie de l’affectivité, les affects et les représentations dans l’Europe moderne.

Principales publications:
- Envols d’amour. Le Bernin montage des arts et dévotion baroque, Usher, Paris, 1990; traduction italienne, Voli d’Amore. Architettura, pittura e scultura nel bel composto di Bernini, Laterza, Roma, Bari, 1991; traduction anglaise par Linda Lappin, Bernini, Flights of Love, the Art of Devotion, The University of Chicago Press, 1995.
- Baroques, Citadelles & Mazenod, Paris 2002; Princeton University Press, 2003; Le Lettere, Florence 2003.
- Gestes d’amour et de guerre. L'image-affect. Poésie, peinture, théâtre et danse dans l’Europe du Tasse, Paris, éd. de l’EHESS, 2005.

Paul-Louis Roubert élu maître de conférences à Paris 8

image Paul-Louis Roubert, docteur en histoire de l'art, chercheur associé au Lhivic, a été classé premier au terme du concours pour le poste de maître de conférences en théorie de la photographie ouvert à l'université Paris 8. Il rejoindra dès la rentrée le fameux département photo, une des pépinières de l'histoire de la photographie, qui a jadis accueilli Clément Chéroux, Vincent Lavoie, Thierry Gervais et où j'ai moi-même enseigné de nombreuses années. Toutes nos félicitations à l'heureux impétrant!

Né en 1967, Paul-Louis Roubert a consacré en 2004 son doctorat à L'Introduction du modèle photographique dans la critique d'art en France, sous la direction d'Eric Darragon. Il en a tiré son premier ouvrage, publié en 2006: L'Image sans qualités. Il est étroitement associé à la Société française de photographie, où il a assuré les fonctions de rédacteur en chef du Bulletin de 1999 à 2004 et d'intendant depuis 2001. Il est également membre fondateur du comité de rédaction de la revue Etudes photographiques depuis 1996. Il conservera le pilotage du projet de base de données intégré des collections de l'association, réalisé en collaboration avec la fondation Hartung-Bergman. Il a enseigné l'histoire de la photographie à Paris 8, Paris 1 et à l'EHESS. Il a été en 2006 le premier lauréat de la bourse de recherche Roederer. Chercheur invité à la Bibliothèque nationale de France, il y prépare actuellement une exposition en collaboration avec Sylvie Aubenas sur le thème des "Nouveaux Primitifs".

Principales publications:

  • L'Image sans qualités. Les beaux-arts et la critique à l'épreuve de la photographie, 1839-1859, Paris, Monum, 2006.
  • "Le daguerréotype en procès", Le Daguerréotype français. Un objet photographique (cat. exp.), Paris, Musée d’Orsay/RMN, 2003, p. 119-131.
  • "1859. Exposer la photographie", Études photographiques, n° 8, novembre 2000, p. 4-21.

Comment obtenir un poste au CNRS

Actualités de la science. La course aux postes est dure pour les jeunes chercheurs français. Chaque année, 10.000 docteurs soutiennent leur thèse, mais moins de 3.000 d'entre eux intègreront l'enseignement supérieur et la recherche. Voici une information qui ne manquera pas de les intéresser. Une nouvelle filière vient d'être créée au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), réservée aux titulaires de l'agrégation. La procédure pour obtenir le poste consiste à publier dans le Figaro, célèbre publication savante, un article consacré à un sujet brûlant qui excite les passions. Sur le plan du cadre de recherche, il est conseillé de recourir aux thématiques porteuses dégagées par les principaux instituts de référence (AFP, TF1): racisme, sexe, criminalité, choc des civilisations, terrorisme, islamisme, communisme, etc. On sera attentif aux interactions de ces diverses topiques: leur panachage est recommandé. Sur le plan méthodologique, il est suggéré de recourir à des jugements à l'emporte-pièce ainsi qu'à des antithèses sommaires, dont le caractère expéditif permettra d'économiser toute forme de preuve et de couper court à toute procédure de vérification.

Exemple: Aucune des fautes de l'Eglise ne plonge ses racines dans l'Évangile. Jésus est non-violent. Le retour à Jésus est un recours contre les excès de l'institution ecclésiale. Le recours à Mahomet, au contraire, renforce la haine et la violence. Jésus est un maître d'amour, Mahomet un maître de haine. La lapidation de Satan, chaque année à La Mecque, n'est pas qu'un phénomène superstitieux. Elle ne met pas seulement en scène une foule hystérisée flirtant avec la barbarie. Sa portée est anthropologique. Voilà en effet un rite, auquel chaque musulman est invité à se soumettre, inscrivant la violence comme un devoir sacré au coeur du croyant.

Faire parvenir les dossiers à la direction du CNRS par l'intermédiaire des services du GIGN.

Clément Chéroux, nouveau conservateur du Centre Pompidou

image A compter du 1er janvier 2007, Clément Chéroux occupera le poste de conservateur pour la photographie au Centre Pompidou (MNAM-CCI). Il y remplace Quentin Bajac, qui prendra lui-même la succession d'Alain Sayag à la direction du département. Ancien élève de l'école nationale de la photographie d'Arles, Clément Chéroux s'est orienté vers la recherche historique, d'abord à Paris 8, où il consacre son DEA à la photographie scientifique de la fin du XIXe siècle, puis à l'université de Paris 1, où il soutient en 2004 sa thèse de doctorat d'histoire de l'art, sous la direction de Philippe Dagen, intitulée: Une généalogie des formes récréatives en photographie, 1890-1940. Il sera visiting research fellow à l’université de Princeton puis pensionnaire à l’Académie de France à Rome.

A ce parcours universitaire, Clément Chéroux adjoint une activité nourrie d'organisation d'expositions, parmi lesquelles il faut retenir: "Mémoire des camps. Photographies des camps de concentration et d'extermination nazis, 1933-1999" à l'Hôtel de Sully en 2001 (avec Pierre Bonhomme) et "'Le Troisième œil. La photographie et l’occulte" (avec Andreas Fischer), présentée à la Maison européenne de la photographie en 2004 puis au Metropolitan Museum of Art en 2005. Associé à l'aventure de la Société française de photographie, il devient secrétaire de rédaction de la revue Etudes photographiques en 1997, puis rédacteur en chef adjoint depuis 2000. Avec Michel Poivert, il édite entre 2001 et 2004 une collection de monographies de photographes contemporains. Membre fondateur du Lhivic à l'EHESS, il a enseigné l'histoire de la photographie à l’université de Paris 1, Paris 8 et à l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles, avant d'être élu en 2006 maître-assistant à l'université de Lausanne (pôle histoire des représentations).

Clément Chéroux explore la photographie d'un regard aigu et singulier. Dans Fautographie. Petite histoire de l'erreur photographique (2003), il estimait que c'est dans ses ombres: ses ratés, ses accidents et ses lapsus que la photographie se livre le plus et s'analyse le mieux. Dans son compte rendu de cet ouvrage, Sylvie Aubenas soulignait que ceux qui craignent de voir l'histoire de la photographie peu à peu absorbée par l'histoire de l'art jusqu'à perdre de vue la nature singulière de son objet, ont ici de quoi se rassurer. Nos plus vives félicitations à l'impétrant!

Principaux ouvrages:

  • Le Troisième œil. La photographie et l’occulte (dir.), Paris, Gallimard, 2004 (édition américaine).
  • Fautographie. Petite histoire de l’erreur photographique, Crisnée, Yellow Now, 2003.
  • Mémoire des camps. Photographies des camps de concentration et d’extermination nazis, 1933-1999 (dir.), Paris, Marval, 2001 (édition italienne et espagnole).

Bibliographie: http://www.lhivic.org/....

Illustration: Fautographie de Clément Chéroux par André Gunthert, université de Princeton, 6 octobre 2005, licence CC.

Recrutements au Lhivic

Caroline Moine et Clément Chéroux, chercheurs associés au Lhivic, ont été recrutés respectivement aux postes de maître de conférences en histoire des relations culturelles internationales à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et maître assistant en histoire de l'art à l'université de Lausanne (sous réserve de confirmation administrative). Nos félicitations aux deux impétrants!

Lire la suite...

Michel Poivert élu professeur à Paris 1

image Michel Poivert, maître de conférences en histoire de l'art, membre du Lhivic, a été classé premier au terme du concours pour le poste de professeur en histoire de l'art contemporain/histoire de la photographie ouvert à l'université de Paris 1. Il s'agit du premier poste de professeur des universités attribué en France à un historien d'art dans la spécialité photographique. Toutes nos félicitations à l'heureux impétrant!

Né en 1965, Michel Poivert consacre en 1992 son doctorat d'histoire de l'art à la photographie pictorialiste, sous la direction de José Vovelle. Il participe au même moment au sauvetage de la Société française de photographie, menacée de dépôt de bilan, dont il prend la présidence en 1995. Il dirigera en 2004 l'exposition "L'Utopie photographique" à la Maison européenne de la photographie, qui témoigne brillamment de la vigueur retrouvée de l'association, à l'occasion de son cent-cinquantième anniversaire. Membre fondateur de la rédaction d'Etudes photographiques, il a également assuré avec Clément Chéroux la direction de la collection d'ouvrages de photographie contemporaine éditée par 779. Outre ses travaux d'enseignant, de chercheur et d'éditeur, il déploie une activité nourrie de commissariat dans le domaine de la photographie contemporaine et s'inscrit rapidement comme l'un des principaux promoteurs de la jeune génération française. Il est depuis cette année associé à la biennale "Septembre de la photographie" de Lyon et prépare pour 2007 une exposition au Jeu de Paume consacrée au thème de l'événement. Il met la dernière main à son prochain ouvrage, à paraître à la rentrée: L'Image au service de la révolution. Photographie, surréalisme, politique aux éditions du Point du Jour.

Principales publications:

  • La photographie contemporaine, Paris, Flammarion, 2002.
  • L’Utopie photographique, regard sur la collection de la Société française de photographie (direction éditoriale), Paris, Le Point du Jour éditeur, 2004.
  • Bibliographie complète.

Publication des postes d'enseignants-chercheurs 2006

Les arrêtés de publication des postes offerts au recrutement des enseignants-chercheurs sont parus au Journal officiel daté du 8 mars 2006. Ont été reportés ci-dessous ceux relevant des spécialités comprises dans les enseignements du Lhivic (histoire de l'art, esthétique, cinéma, photographie, audiovisuel, image numérique).

Le concours de cette année est caractérisé par une forte composante de recrutements en études cinématographiques (18e section), notamment à Lyon 2 et Rennes 2. On notera également la présence marquée de la Sorbonne (Paris 1, Paris 4), qui publie deux postes de professeur en histoire de la photographie, ce qui est sans précédent. A noter encore les directions indiquées par l'émergence des arts électroniques, des nouvelles technologies (Amiens, 18e section) ou de l'audiovisuel numérique (Paris 1, 71e section), ainsi que le premier poste d'histoire de l'art estampillé "XXIe siècle" (Paris 10, 22e section).

Lire la suite...

Election de Jean-Paul Colleyn aux fonctions de directeur d'études

image Jean-Paul Colleyn, anthropologue et réalisateur de films documentaires, membre du Lhivic, a été élu le 25 juin 2005 aux fonctions de directeur d'études de l'EHESS (chaire d'anthropologie visuelle).