Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Make the Video Buzz

Encore une arnaque au buzz. Qu'il serait plus juste d'appeler une campagne de promo bien huilée. Le groupe "Make The Girl Dance" lance son premier single, "Baby Baby Baby" le 1er juin prochain. Plutôt que de s'en remettre à la SACEM ou tout autre adversaire hadopiste du "free lunch", le groupe a diffusé gratuitement sur Dailymotion et YouTube un clip de la chanson, long plan séquence de la descente de la rue Montorgueil par trois jeunes filles nues (mais néanmoins dotées de caches-sexes électroniques, sous la forme de bandeaux où s'inscrivent les paroles de la chanson). Classique et efficace. Le dernier happening du genre était celui du perchiste Romain Mesnil, à la recherche d'un sponsor (vidéo diffusée le 27 mars 2009).

Comme on peut le constater en ouvrant "Le Parisien", le groupe a pris soin de communiquer aussi en direction de la presse... non sur le lancement du single, mais sur la promesse du buzz vidéo. Contrat rempli: le quotidien peut titrer sur un nouveau "phénomène internet: Le clip qui électrise la toile". Mise en ligne mardi, la vidéo a déjà dépassé le million de clics ce matin sur Dailymotion (mais n'atteint que 14.000 vues sur YouTube). Sur la promo, rien à dire, c'est carré. Mais pour ce qui est du "phénomène internet", révisons notre Susan Boyle: rien ne vaut quelques bons prescripteurs, de préférence chez les vieux médias, qui n'aiment rien tant que d'affubler une info people/trash du label "vu sur le web". L'article est écrit d'avance - et la prophétie auto-réalisatrice assurée.

Hadopi, la loi en retard d'une crise

image Dans le clip publicitaire produit par les services de Nadine Morano, toutes les nuisances du web viennent frapper à la porte d'un pavillon cossu. Il est à craindre que ces images trahissent la perception d'une bonne partie des élites françaises: internet vient de l'extérieur. Ce corps étranger ne peut rien apporter de bon. Inconnues de la culture bourgeoise, ses références menacent la quiétude de l'univers familial.

Malgré l'existence discrète d'un secrétariat d'Etat au développement de l'économie numérique, c'est bien cette perception caricaturale qui semble guider la politique du gouvernement actuel. Depuis la détestable loi DADVSI, élaborée pour protéger l'industrie des contenus culturels contre l'invasion ennemie, les pratiques du net s'effectuent aujourd'hui sous le régime de la contrebande. Le professeur des écoles utilise bel et bien Google images pour fournir à sa classe les ressources iconographiques dont il a besoin mais, faute d'une formation adéquate, il est incapable d'apprendre à ses élèves à maîtriser les mécanismes des moteurs de recherche. L'universitaire recourt à Delicious, Flickr, Dailymotion ou Facebook pour diffuser les documents multimédia que son institution est incapable de mettre à la disposition des étudiants.

Plutôt que de se protéger des méfaits d'internet, la France a aujourd'hui désespérément besoin d'une mise à jour juridique et intellectuelle pour profiter pleinement de ses ressources. Telle n'est malheureusement pas la fonction de la loi Hadopi, préparée par Denis Olivennes alors qu'il était encore patron de la Fnac – et dont l'adoption a accumulé les retards. En attendant de «civiliser l’univers pour l’instant sauvage du Net», la riposte graduée renforce sa perception comme espace de l'infraction, de la déviance et de la turpitude. N'y a-t-il que des pirates, des trafiquants et des pédophiles sur internet, comme le criait haut et fort à l'Assemblée nationale Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP? La permanence de cet imaginaire et de son corollaire répressif enferme les pouvoirs publics dans une logique de prohibition qui est, on le sait, une course à l'échec.

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64 fois ma voix

Pas besoin d'aimer Michael Jackson pour apprécier la performance de François Macré. Rencontre de la lignée très prisée des human beatbox avec la tradition non moins vivace de l'auto-portrait multiple, la "Reprise a capella 64 pistes" de Thriller (1982) propose une remarquable et très pédagogique vidéo musicale, mise en ligne sur Youtube le 21 octobre 2008.

Peut-on prendre Carla au mot?

Peut-on continuer à être une artiste "comme si de rien n'était"? Tel est le pari affiché par Carla Bruni en titre de son dernier album. Pour en discuter, je dois d'abord avouer ma totale incompétence à en produire la critique. Cet album, non seulement ne l'ai-je pas écouté, mais il n'est nullement dans mes intentions de le faire. Mes convictions politiques étant, on le sait, à l'opposé de celles de l'actuel hôte de l'Elysée, tout jugement de ma part sur les qualités de l'oeuvre ne pourrait qu'être entaché de partialité.

Tel est précisément le point qui m'intéresse. Que ce soit sur Amazon ou sur iTunes, de nombreux internautes demandent que l'on apprécie l'album ...comme si de rien n'était. «Tout le monde donne son avis sur la femme du président et non la chanteuse», écrit nanard21, or «il faut rester neutre et ne pas penser politique pour l'écoute de ce disque.» Mais une telle distanciation est-elle possible? En partisan convaincu de l'influence du contexte, la thèse du "comme si de rien n'était", sur laquelle repose à la fois le projet de l'album et sa stratégie marketing, me paraît relever du voeu pieux.

Un mois après sa sortie, le dernier opus de Carla Bruni nous fournit au contraire une bonne occasion de tester l'influence des effets de contexte. Pour autant qu'on puisse en juger par les avis autorisés, son troisième disque est assez proche du premier. Malgré une couverture médiatique bien inférieure à celle d'aujourd'hui, le CD avait été accueilli chaleureusement par la critique et le public. Bénéficiant désormais d'une notoriété plus forte et d'un plan média particulièrement maîtrisé (Libération, Elle, Vanity Fair, Taratata, Vivement Dimanche, etc.), la chanteuse reste pourtant en-deça des objectifs initiaux de sa maison d'édition. Les chiffres ne sont plus communiqués depuis la deuxième semaine d'exploitation du disque, qui les avait vu stagner à 13.354 ventes. Tout juste sait-on que le label Naïve a revu ses prétentions à la baisse, tablant sur 400.000 exemplaires pour cette année, au lieu des 700.000 attendus. Un résultat qui fait pâle figure à côté du carton de "Quelqu'un m'a dit" (1,2 million d'exemplaires en France, 800.000 à l'étranger).

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Remixer le politique

image Un mois après l'émouvant discours "Yes We Can" prononcé par le candidat démocrate Barack Obama à Nashua, ce slogan continue à retentir sur internet. Dès le lendemain de sa victoire aux primaires de New Hampshire, le 9 janvier, ses partisans mettaient en ligne la vidéo du discours sur YouTube. Vu entretemps plus de 340.000 fois, cette séquence de 13:09 min mêle de longs extraits du discours, entrecoupé de scènes des supporteurs accourus en foule. La particularité de ce discours ne repose pas seulement sur le ton répétitif et cadencé, parfois quasi slammé, d'Obama, mais aussi sur les réponses de son public, qui scande en rythme son nom ou les slogans. La musicalité particulière de cette vidéo, qui n'est pas sans rappeler le célèbre discours de Martin Luther King, a inspiré le chanteur Will.i.am.

Comment réalise-t-on un remix d'un discours politique viral? La version "Yes We Can-Barack Obama Music Video" par Will.i.am est une compilation en noir et blanc de 4:30 min avec 17 artistes, chanteurs et acteurs. Sur un écran divisé en bandes verticales, les interventions chantées sont disposées en vis-à-vis du rappel des séquences de la vidéo initiale, reprenant ou répondant à la voix d'Obama. Les vivats de la foule, les applaudissements et la phrase répétée "Yes We Can" forment des ingrédients rythmiques du remix. Mis en ligne le 2 février sur plusieurs sites, dont YouTube, le clip a déjà été vu plusieurs millions de fois en une semaine.

Pourtant, le clip de Will.i.am n'est pas la première reprise du discours d'Obama. "Fired up, Ready to go!", une des phrases du candidat démocrate, avait également inspiré une autre adaptation musicale - également diffusée sur YouTube depuis le 27 janvier 2008. Mais ce clip ne reprend que quelques phrases isolées du discours, et n'intègre pas les éléments caractéristiques puissants issus du contexte de la vidéo originale. Avec une centaine de milliers de vues, cette version rock-choral du groupe Bergevin Brothers semble avoir rencontré moins de succès.

La comparaison des deux clips montre l'originalité de celui composé par le chanteur de Black Eyed Peas. Musicalement plus sobre, avec un simple accompagnement à la guitare sèche, il fait reposer l'essentiel de sa composition sur le remix et l'image d'Obama. Le clip se clôt sur le mot "HOPE", qui se transforme en "VOTE", avec un appel générique à la mobilisation électorale repris en commentaire.

En écho au changement réclamé par le candidat démocrate, le glissement du discours politique dans la forme du remix musical constitue une illustration de plus de la vitalité de la campagne d'Obama. Il témoigne aussi que le discours politique peut encore offrir un espace d'expérimentation et de renouvellement à l'expression militante.

Small is beautiful (3): la chanson de la télé

image Dîner en famille. Au dessert, la pub. De là où je suis, sans regarder, je reconnais une illustration musicale déjà entendue trois ou quatre fois, qui me chatouille l'oreille. Ma femme est bien plus forte que moi question variétés. — Tu connais ça ? — On dirait une version anglaise d'une chanson de France Gall, qu'elle dit, un truc genre "les filles", na na na... Là, je rigole. On ne dirait pas du tout du France Gall (j'ai tort: elle est vraiment forte).

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Merveilles de la tecktonik

Depuis la Techno Parade 2007, la tecktonik est le sujet à la mode dans les rédactions de news et de féminins branchés. Comme d'habitude, les plus de vingt-cinq ans, même à Bakchich, tordent le nez. Mais pourquoi s'en remettre à l'humeur, forcément bilieuse, des éditorialistes (qui ont tous plus de vingt-cinq ans...), alors qu'il est aujourd'hui si facile de se faire son opinion par soi-même? La meilleure source d'information sur les moeurs de la jeunesse actuelle est disponible en libre accès, proposée par nos plates-formes visuelles préférées, où il suffit de taper le mot magique dans le moteur – et en voiture, Simone!

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Des violons pour Sarkozy. Dernières notes sur les vidéos de campagne

Durant l'entre deux-tours, la charge des vidéos politiques a poursuivi sa croissance: plus de 1500 nouveaux contenus identifiés par le Vidéomètre ont été postés depuis le 22 avril. Quelques remarques sur les nouveautés de cette séquence.

Victoire de la communication 2.0. Qui a vu, commenté ou entendu parler des clips de campagne de second tour? Alors que le phénomène "vidéos de campagne" a pris de la consistance et suscité de nombreux articles dans la presse (le Vidéomètre n'est pas totalement étranger à cette attention), les clips traditionnels n'ont pas éveillé le moindre intérêt. Comme les affiches ou les tracts, cette forme de communication a pris un sérieux coup de vieux durant la campagne 2007. C'est d'autant plus frappant qu'il y a eu de véritables efforts de réactivité: les clips des deux candidats ont réussi la gageure, compte tenu des conditions de réalisation, d'intégrer certains éléments en rapport avec l'actualité du débat. Peine perdue. Mise en concurrence avec les formes brutes de l'expression politique et avec des modalités de consultation libres, cette communication trop formatée, à la diffusion obligatoire, ne fait plus recette. Pour compléter l'observation, on notera en revanche que, selon tous les responsables politiques, les meetings n'ont jamais été aussi pleins. Ce n'est donc pas l'ancienneté qui est sanctionnée, mais le type de relation au politique. Le public a plébiscité les formes favorisant la participation et l'interaction. Les campagnes de 1995 ou de 2002 avaient été confisquées par les agences de publicité. 2007 aura été la campagne de la réappropriation par les militants de la communication politique. Ce n'est pas une mauvaise nouvelle.

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Numérisation et publication en ligne de 5000 cylindres

Le département des collections spéciales de la Bibliothèque Davidson de San Barbara de l'Université de Californie (UCSB) vient de mettre en ligne 5000 cylindres enregistrés entre 1890 et 1920. Ils sont librement accessibles. Notez que vous écoutez le son original, il n'a subi aucune restauration particulière.
Adresse: http://cylinders.library.ucsb.edu.

Extraits sonores:

  • Uncle Josh in a barber shop, Cal Stewart, talking (Edison Amberol: 909), 1911.
  • Go easy Mabel, Edward Meeker, (Edison Standard Record: 10173), 1909.

Source: AFAS (Association française des détenteurs de documents sonores et audiovisuels), 21/11/2005, http://afas.imageson.org....