Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Lectures 68

Dans le sillage du colloque "Mai 68. Regards sur les sciences sociales", quelques indications de lecture pour ceux qui souhaitent prolonger les débats.

- Edgar Morin, Claude Lefort, Cornélius Castoriadis, Mai 68. La Brêche suivi de Vingt ans après, Fayard, 2008, 292 p., 17€.
Réunion des analyses à chaud de trois observateurs engagés, avec un post-scriptum de 1986-1988.

- Serge Audier, La Pensée anti-68. Essai sur les origines d'une restauration intellectuelle, La Découverte, 2008, 380 p., 21,50€. Ou comment mai 68 est devenu un point focal de la contre-offensive libérale.

- Boris Gobille, Mai 68, La Découverte, coll. Repères, 2008, 120 p., biblio, 8,50€.
Un précis bien informé par un jeune chercheur spécialiste des événements.

- Sébastien Layerle, Caméras en lutte en mai 1968, Nouveau Monde, 634 p., annexes, biblio, index, 35€.
Issu d'une thèse, le seul ouvrage consacré aux gens d'images, témoins ou acteurs des événements.

Qui a peur du gratuit?

Vif échange ces derniers jours sur la liste de discussion Revues SHS, d'habitude plus paisible, qui accueille nombre des acteurs de l'édition scientifique francophone. Suite à l'annonce des IIIe assises de la MRSH-Caen, consacrées à l’évaluation des publications en sciences humaines et sociales, Jean-Claude Guédon, de l'université de Montréal, critique vigoureusement la marginalisation des revues françaises: «La France apparaît (...) comme un pays où les revues, subventionnées au-delà de la moyenne mondiale (à documenter, bien sûr), demeurent néanmoins peu accessibles (...). Si l'on ajoute à ces handicaps le fait que la langue française rejoint de moins en moins de monde dans les universités du monde, on débouche sur une situation catastrophique, en particulier pour la diffusion de la culture et de la pensée françaises. En bref, la France dépense beaucoup d'argent en obtenant bien peu de résultats. (...) Nous sommes entrés dans une ère où il existe tellement d'information disponible et utile en accès libre que l'on peut travailler de nombreuses questions sans avoir besoin d'aller plus loin, surtout si l'on accepte de se servir de sources en anglais (mais aussi dans d'autres langues). Ceci conduit à la marginalisation inéluctable du papier rédigé exclusivement en français et barricadé derrière un abonnement.»

François Gèze, patron des éditions la Découverte, réplique en faisant la promotion du portail Cairn et des vertus de l'artisanat éditorial. Emmanuelle Picard, Philippe Minard, Jean Kempf ou Sylvain Piron se joignent à l'échange, en évoquant notamment la possibilité de «la création d'un acteur européen (...) qui sera à même de défendre la production scientifique en langues vernaculaires» (S. Piron). Au moment où un billet de Chris Anderson relance la discussion sur la gratuité, il me semble utile de verser quelques éléments supplémentaires au dossier.

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French Visual Studies, or the Authorized Scholarship

image I would like to describe briefly the very unhappy situation of the visual studies in the French legal context. This could be characterized by two major points: 1) the absence of any kind of fair use, 2) the absence of quotation right for still images. In 2005, when the journal La Revue de l'Art opened its online version, it was published without its iconography, to avoid the payment of new reproduction fees (you may notice that, in the example shown on the screen, the illustrations are engravings from the 19th century, that it to say pictures in the public domain). Without fair use or quotation right, there is in fact no public domain for still images. As a picture is an existing thing conserved by a collection, if you want to publish it, you have to ask for.

That's why we can describe the common law of visual history in France as "authorized scholarship". The best way to publish his research is in a catalog of some great exhibition by the musée d'Orsay or the musée du Louvre, which hold the copyright of the works they are showing. In all other cases, the researcher may verify that the possibility of any critical evaluation is strictly linked to the quotation right. For a reader published last year, I wanted to describe the famous case of the O. J. Simpson cover doctored by the Time in 1994. That meant that the publisher had to obtain the permission of the magazine. As we can easely understand, Time was not very happy to see this old story published again, and refused to give its copyright.

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1895 en ligne

1895, l'excellente revue de l’association française de recherche sur l’histoire du cinéma, dirigée par Laurent Véray, vient d'ouvrir sa version en ligne, hébergée par Revues.org. Seul périodique français exclusivement consacré à l’histoire du cinéma, expression privilégiée de la recherche française et étrangère, 1895 accueille des articles de fond, largement documentés, qui ont vocation à servir de référence, des contributions de jeunes auteurs aussi bien que des traductions des meilleurs spécialistes étrangers. Le site offre à lire 10 numéros en texte intégral (2000-2004) et les sommaires et résumés des 10 derniers numéros (2004-2007).

Réf.: http://1895.revues.org

Compte rendu de "Ecrits cinématographiques", de Boleslas Matuszewski

Boleslas Matuszewski, Ecrits cinématographiques, édition critique dirigée par Magdalena Mazaraki, Paris, AFRHC/La Cinémathèque française, 2006, 216 p., ill. NB, lexique, bibl., filmographie, 17 €.

Obscur opérateur photographe polonais installé à Paris, Boleslas Matuszewski est devenu, depuis la réédition anglaise de ses écrits en 1995, une pierre d'angle de la réflexion contemporaine sur l'archive visuelle. Grâce au travail de la jeune historienne Magdalena Mazaraki, "Une nouvelle source de l'histoire" et "La photographie animée" (1898) sont désormais disponibles en français, dans une remarquable édition critique, augmentée de contributions de Roland Cosandey, Luce Lebart et Béatrice de Pastre, publiée par les soins de l'association française de recherche sur l'histoire du cinéma.

Comme l'explique Magdalena Mazaraki dans son essai, la vision utopique d'une archive cinématographique universelle de Matuszewski s'appuie sur une perception encore primitive du médium qui, ignorant le montage et niant la retouche, lui attribue les vertus d'une "authenticité intrinsèque". «La toute-puissance attribuée par Matuszewski au cinématographe, écrit l'historienne, est révélatrice des espoirs que les hommes de cette fin de siècle plaçaient dans les nouveaux outils d'enregistrement de la réalité.»

Luce Lebart replace le dessein du photographe polonais dans le contexte méconnu d'une «véritable internationale documentaire» qui prend son essor en cette fin de XIXe siècle et associe photographie et cinéma dans le projet d'une archive intégrale révolutionnaire. W.-J. Harrison, Hippolyte Sebert, président de la Société française de photographie, ou Léon Vidal, fondateur en 1895 du Musée des photographies documentaires, sont quelques-uns des protagonistes de cette dynamique où dialoguent bibliothéconomie, normalisation internationale, imaginaire policier de surveillance et idéologie de l'accès au savoir pour tous. Béatrice de Pastre complète cette analyse par un examen des traces laissées par le projet d'archives de Matuszewski dans l'archéologie de la création des cinémathèques parisiennes.

Ainsi encadré par un solide appareil historique, le «texte fondateur de l'archive filmique» se donne à lire dans le déploiement à la fois naïf et retors d'un positivisme de l'image qui n'a rien perdu de son actualité. On pourra regretter que les questions ici ouvertes ne soient pas prolongées par une réflexion sur les difficultés de mise en œuvre d'un tel programme. Car un siècle plus tard, exception faite de quelques trop rares chercheurs, pas plus la photographie que le cinéma ne sont encore couramment utilisés comme des «sources de l'histoire». Tel n'était certes pas le rôle de cette excellente édition critique, dont il faut lire l'invitation à ces prolongements comme la confirmation de sa pertinence. Ajoutons enfin que le croisement des problématiques comme la réunion des auteurs fournissent une des premières illustrations marquantes du dialogue qui s'esquisse entre spécialistes du cinéma et historiens de la photographie. Ce volume indispensable témoigne de la fécondité d'une telle rencontre.

Préprint Etudes photographiques, n° 21, décembre 2007 (à paraître).

Parution de "L'Art de la photographie"

Les éditions Citadelles-Mazenod annoncent la parution de L'Art de la photographie, dirigé par André Gunthert et Michel Poivert.

Treize ans après la dernière histoire générale de la photographie publiée en France, les éditions Citadelles & Mazenod annoncent la parution d'une nouvelle somme, qui fait entrer le médium dans la célèbre collection "L’Art et les grandes civilisations". Grâce à la collaboration des meilleurs représentants de la jeune génération d'historiens de l'art et de la culture, cet ouvrage se donne pour objectif de restituer les plus récentes orientations de la recherche dans une synthèse accessible à tous, accompagnée pour la première fois d'une illustration entièrement en quadrichromie.

L'originalité de ce volume est triple. Plutôt que de prétendre à une histoire exhaustive de toutes les manifestations de la pratique photographique, il recadre la préoccupation historique autour du dialogue entretenu depuis ses origines par l'enregistrement mécanique avec les domaines de l'art et de la culture. Ce faisant, il présente la première histoire critique de la tradition photographique, dont il révèle les articulations et les contradictions. Mais sa principale caractéristique est la proposition d'un nouveau récit, construit, charpenté, lisible. Une histoire à lire, une histoire qui explique et éclaire une trame dense de près de deux siècles, d'une rare complexité : voici ce qu'offre un ensemble cohérent de textes, voués à dégager l'économie des mécanismes généraux, dont plusieurs sont décrits pour la première fois. La synthèse que nous proposons est, comme de coutume, un état provisoire d'un savoir en marche. Elle se veut conforme à la mission de l'histoire, qui est d'apporter du sens, non d'augmenter la confusion.

Images inédites ou icônes fameuses, documents étonnants ou œuvres d’art célèbres, l'ouvrage présente en dix chapitres et près de 600 illustrations un parcours à la fois savant et séduisant. Un nouveau récit des origines dévoile le rôle du monde de l'art dans la première réception du médium, mais aussi la vitalité apportée par le commerce ou l'importance du dialogue franco-américain. Plutôt qu'une histoire articulée par le tête-à-tête du photographe et sa machine, le volume souligne en permanence l'apport essentiel des institutions: sociétés, publications, expositions ou musées. Pour les amateurs victoriens comme pour les directeurs de journaux, pour les scientifiques comme pour les artistes, l'image construite s'avère un ressort majeur du dynamisme du médium, non moins puissant que sa fonction classique de traduction fidèle du visible. Parmi les apports inédits de l'ouvrage, signalons encore une nouvelle synthèse du rôle de la photographie dans les sciences, la première histoire graphique de la presse illustrée, ou une analyse contextualisée du rôle du MoMA. Au total, l'image qui se dégage est bien une image nouvelle: non plus celle d'une photographie servante des arts et des sciences, mais celle d'un médium acteur de l'art, de la culture et du savoir, opérateur de quelques-unes des évolutions décisives du monde moderne.

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Parution de "La Fabrique des images contemporaines"

couverture Les éditions du Cercle d'art annoncent la parution de:
La Fabrique des images contemporaines
Par Christian Delage, Vincent Guigueno et André Gunthert

Animés par la volonté d'offrir à un très large public des outils de jugement critique sur l'iconographie contemporaine, les auteurs de l'ouvrage nous font entrer dans la fabrique des images: celles, mythifiées, de Robert Doisneau dans sa série des "Baisers", comme celles, composées successivement par plusieurs générations de cinéastes, du débarquement en Normandie. Ils reviennent également sur le rôle décisif qu'ont joué les images dans des moments clés de l'histoire contemporaine, tel l'assassinat de Kennedy, les attentats du 11 septembre 2001 ou bien encore la fin du communisme en Roumanie. Dans ce dernier cas, est élucidée ici l'affaire dite des "faux charniers" de Timisoara qui fut considérée à tort comme un exemple-type de désinformation.

A rebours de l'opinion commune selon laquelle l'image "mentirait" davantage encore depuis l'arrivée du numérique, les auteurs montrent combien les nouveaux usages renforcent, au lieu de les affaiblir, la vigilance citoyenne et le lien organique qui unit l'image au réel. Il en va de même de l'évolution des techniques qui permettent de développer une nouvelle échelle du regard (Google Earth).

La Fabrique des images contemporaines révèle en outre comment, dans le monde entier, la mobilisation militante, politique, écologique ou syndicale met en place de véritables canaux d'information parallèle, capables de parasiter jusqu'aux plates-formes commerciales et institutionnelles de partage d'images ou de vidéos.

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Pour un droit à la critique des images

image S'il existait un compteur de l'emploi du mot "décryptage", nul doute qu'il aurait atteint en cette rentrée des sommets historiques. Directeurs de programmes, journalistes et Paul Amar ne jurent que par lui. A ce terme qui fleure bon la théorie du complot, je préfère personnellement celui, moins sexy, d'analyse. Mais au-delà du vocabulaire, la décryptolalie témoigne d'un appétit bien réel pour l'interprétation des signes du quotidien. Ce dont on ne peut que se réjouir. Il faut cependant souligner une anomalie. Alors que la loi permet, lorsqu'on étudie un texte, de mentionner le passage qui fait l'objet de l'analyse, en vertu du droit de citation, ce droit n'existe pas en matière d'images fixes. Il s'agit d'une particularité française: les Etats-Unis ou le Canada recourent au fair use, ou usage équitable, et l'Allemagne dispose d'un droit de citation en bonne et due forme protégeant l'argumentation scientifique (voir: "Le droit aux images et la publication scientifique").

En l'absence d'une telle disposition, les candidats au décryptage ne peuvent publier les images sur lesquelles ils travaillent sans l'autorisation expresse de leurs auteurs ou ayants-droits. Cette obligation peut devenir un obstacle infranchissable. Le numéro 17 d'Etudes photographiques proposait par exemple une étude de Marie Bottin consacrée à la réception française de l'oeuvre de Nan Goldin. Réalisé dans les conditions désintéressées et indépendantes de la recherche universitaire, cet article ne prend pas de gants pour décrire les paresses mythographiques d'une certaine critique et ébrèche une légende patiemment construite. Voilà qui n'était guère prudent puisque, pour illustrer cette contribution, encore fallait-il que la rédaction recueille l'accord de l'artiste. Après avoir requis de prendre connaissance du texte, ses représentants ont décidé de nous refuser cette autorisation. L'article a été publié sans aucune illustration.

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Compte rendu de "Histoire de la Cinémathèque française", de Laurent Mannoni

Laurent Mannoni, Histoire de la Cinémathèque française, Paris, Gallimard, 2006, 507 pages, ill. NB, 42 €.

L’histoire de la Cinémathèque française que nous offre Laurent Mannoni dans cet ouvrage a été longtemps attendue des cinéphiles comme des historiens. Car si les nombreuses péripéties qu’a connu ce haut lieu du cinéma mondial depuis sa création en 1936 ont fait couler beaucoup d’encre, jamais encore un tableau approfondi et véritablement historien n’en avait été dressé. Libéré de la mythologie langloisienne et des règlements de compte (qui font toutefois partie de l’histoire de la Cinémathèque et qu’il parvient à retracer avec clarté et précision), Laurent Mannoni a su s’appuyer sur des archives largement inédites et jusqu’alors très peu exploitées pour retracer l’histoire d’une institution-phare de la culture cinématographique, de ses débuts chaotiques à l’initiative de quelques cinéphiles autodidactes et passionnés, à sa récente installation rue de Bercy par le ministère de la Culture. En six chapitres chronologiques qui en retracent les développements et les déboires, il nous livre une histoire à la fois intime et contextualisée de la Cinémathèque, de ses défenseurs et de ses adversaires. Les grands moments de cette histoire, comme le sauvetage des films pendant l’occupation ou la fameuse "Affaire Langlois" en 1968, retrouvent ainsi leur sens dans une continuité, une vision globale de cette institution qui a longtemps manqué.

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Compte rendu de "L’image au service de la révolution", de Michel Poivert

Michel Poivert, L’image au service de la révolution. Photographie, surréalisme, politique, Cherbourg, Le Point du Jour, 2006, 128 p, 30 ill., 19 €.

Avec ce livre bref et dense qui rassemble cinq essais publiés au fil des douze dernières années (dont trois dans Études photographiques), auxquels s’ajoute le texte inédit d’une conférence sur "Walter Benjamin et le repère surréaliste", Michel Poivert dresse le bilan de l’un des plus importants chapitres de l’histoire de la culture visuelle moderne. Reconfigurant certains éléments centraux de son champ d’investigation, il ouvre en même temps de nouvelles perspectives à l’étude du surréalisme. Celui-ci, on le sait, n’avait pas pour seule ambition de transformer l’art: c’est la vie elle-même qu’il aspirait à bouleverser de fond en comble. Fol espoir résumé alors sous le mot de "révolution", présent ici dès le titre. Ce serait en effet ne rien comprendre aux plus marquantes des propositions surréalistes, et à leur force de déflagration supérieure, que de ne pas voir qu’elles procédèrent toujours d’un désir de nature politique autant qu’esthétique. L’auteur y insiste d’emblée dans la préface qu’il donne à son recueil, intitulée "L’au-delà de l’usage", où la photographie, par son ancrage à embranchements multiples au sein de la culture et, en un mot, parce qu’elle «n’était pas de l’art» (p. 8), apparaît comme le médium le mieux adapté à incarner cette double dimension. Déplaçant sur le terrain de l’art, à la suite de Dada, des images dont les raisons et les fins lui étaient parfaitement étrangères, les surréalistes firent de la photographie l’instrument d’une conversion du regard qui, dans toute sa portée, constitue sans doute leur legs le plus "révolutionnaire".

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Le CNL (n')abandonne (pas) les revues

En guise de voeux de bonne année, le centre national du Livre (CNL) vient de publier ses nouveaux critères d'attribution des aides aux revues. On s'attendait à une douche froide. C'est un plongeon dans des eaux glacées. Le CNL change fondamentalement les règles du jeu – a un point tel qu'on peut se demander si, après le CNRS, il n'a pas lui aussi décidé d'abandonner le secteur des revues à son triste sort.


Edit: L'appréciation ci-dessus vient d'être infirmée, grâce à André Chabin, d'Entrevues: Information prise, il s'agit - en partie - d'une fausse alerte qui résulte d'une erreur dans la mise en ligne des nouvelles dispositions d'aide. La traditionnelle aide au fonctionnement (avec des critères il est vrai plus restrictifs) est bien maintenue (même si elle a été "zappée" malencontreusement du site). L'aide au développement est donc un dispositif nouveau qui s'ajoute à la panoplie des subventions (source: liste revues_shs@cru.fr, 05/01/2007, 11h59). Réjouissons-nous avec lui de ce démenti. Le point de vue développé ci-dessous conserve sa pertinence comme critique du volet de l'aide au développement. Il porte également témoignage de la vigilance - voire de la méfiance - des éditeurs dans un contexte de perte de crédit des pouvoirs publics.


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Un chercheur et son blog (1)

image J'annonçais récemment mon intention de rédiger un compte rendu de la première année de fonctionnement d'Actualités de la recherche en histoire visuelle (ARHV). Le hasard faisant bien les choses, l'Observatoire critique se proposait au même moment de me soumettre à la question. Cet entretien, à lire dans les colonnes de notre confrère, fera donc office de bilan. Avec mes remerciements à Corinne Welger-Barboza pour son attentive patience.

  • Référence: "J’expérimente par immersion", entretien avec André Gunthert (propos recueillis par Corinne Welger-Barboza), Observatoire critique des ressources numériques en histoire de l'art et archéologie, 9/12/2006.

The Image on the Wall: Prints as Decoration in Nineteenth-Century Interiors

image In the nineteenth century, the production of prints became an industry. Manufactured and available everywhere but in the remotest parts of the world, prints constituted an affordable commodity (...). Cheap lithographs, expensive line engravings, photographs, and photomechanical impressions - there was a picture for everybody. As intense as was the conflict between printmakers and photographers in the second half of the nineteenth century within the art world, it is doubtful that the general public paid much attention to the techniques used to make reproductions. Nowadays, these images are seen either as documentation of lost paintings or vestiges of an old-fashioned art form, the reproductive print. They also appear to cultural historians as symptoms of the media explosion of the second half of the nineteenth century, which relied heavily on the advent of photography and printing processes derived from it. Rarely are they thought of in the context for which they were actually created: the decoration of interiors.

Par Pierre-Lin Renié, Nineteenth-Century Art Worldwide, vol. 5, # 2, Autumn 2006.
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Le V&A renonce aux droits de reproduction pour les publications académiques

image En réponse aux appels des historiens d'art à débloquer la question du copyright sur les oeuvres du domaine public, un mouvement semble s'amorcer parmi les grandes institutions muséales anglo-saxonnes. Après le Metropolitan Museum of Art de New York, c'est maintenant le Victoria and Albert Museum de Londres qui vient d'annoncer son intention de renoncer dès l'an prochain à la facturation de droits pour les publications à caractère académique. Selon The Art Newspaper, le V&A compte avoir une définition extensive du périmètre concerné, qui comprendrait les presses universitaires, mais aussi les manuels scolaires, certains catalogues et magazines spécialisés. Le musée estime qu'il va perdre environ la moitié des 250.000 £ que lui rapportaient chaque année la commercialisation des droits. Le journal conclut que “cette décision, en créant un précédent susceptible d'être suivi par d'autres musées britanniques, pourrait avoir des conséquences majeures sur la publication d'essais sur l'art”.

Illustration: "Textile Archive in the Victoria & Albert Museum, London - August 2006", photo, © et courtesy: Mariam Gadelrab.

Reference:

Où en est l'édition électronique française en SHS?

image A l'occasion du 16e Salon de la revue, se tenait samedi un débat intitulé: "Revues de sciences humaines au temps d'Internet: quelles promesses? Quelles menaces?" Les questions d'édition électronique ne sont pas qu'une préoccupation de technophiles aux yeux abîmés par leurs écrans gris. Mais un enjeu crucial de la vie intellectuelle et scientifique des prochaines années. La salle était pleine. Quoi d'étonnant? Le public venait chercher une information introuvable dans la grande presse, aujourd'hui bien trop préoccupée par sa survie pour consacrer l'énergie nécessaire à comprendre et à expliquer cette nouvelle tectonique des plaques. Aucun journaliste ne s'était déplacé. Ce n'est donc ni dans les colonnes du Monde ni dans celles de Libération qu'on lira la nouvelle de la liquidation par le CNRS du projet qui devait être le vaisseau amiral de l'édition électronique française en sciences humaines, le CENS (Centre d’édition numérique scientifique), abandonné avec armes et bagages après l'échec constaté de toutes les missions et entreprises qui lui avaient été attribuées il y a deux ans, soit un gaspillage d'argent public que la rumeur évaluait hier dans les allées du Salon à deux millions d'euros. Chacun des participants à la table ronde n'a eu que quelques minutes pour s'exprimer, aussi profiterai-je de ce compte rendu pour commenter ou détailler à ma façon les aspects qui me paraissent utiles. Pardon à mes collègues de débat pour mes omissions ou mes interprétations fautives, qu'ils auront tout loisir de corriger ou de contredire en commentaires.

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L'édition électronique en débat au Salon de la revue

image Le 16e Salon de la Revue (14-15 octobre 2006) organise un débat autour du thème: Revues de sciences humaines au temps d'Internet: quelles promesses? Quelles menaces?, samedi 14 octobre de 17h à 18h30, à l'Espace des Blanc-Manteaux, 48 rue Vieille-du-Temple, 75004 Paris.

Argument: Les revues de sciences humaines ont compris depuis longtemps quel profit elles pouvaient tirer d'internet, pour leur rayonnement international comme pour leur diffusion. Développant leur propre site, numérisant leur collection ancienne, rejoignant différents portails, elles n'ont pas craint la modernité. Aujourd'hui pourtant elles s'interrogent: le numérique est-il leur ultime horizon? Est-ce à terme la disparition de leur forme imprimée? N'est-ce pas la spécificité même du travail de la revue qui sera ainsi mis à mal? Quelles sont les contraintes et limites (économique, légale, organisation éditoriale) de cette "nouvelle donne" informatique? Quelles politiques de soutien et d'accompagnement sauront mettre en œuvre les institutions qui les financent?

Intervenants: Sophie Barluet (CNL), Rolande Borrelly (Economies et sociétés), Jean-Yves Boursier (Socio-Anthropologie), Marin Dacos (Revues.org), François Gèze (La Découverte), André Gunthert (Etudes photographiques), Claire Lemercier (Histoire et mesure), Philippe Minard (Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine), Marie-Madeleine Usselmann (Mappemonde). Modération: Éric Brian (Revue de synthèse).

Edit: compte rendu, voir: "Où en est l'édition électronique française en SHS", 16/10/2006.

A quoi sert le livre de Roland Recht?

image Voilà un vrai scandale éditorial - et je pèse mes mots - mais aussi une immense déception, à la mesure de la stature de Roland Recht, malheureux auteur de ce qu'il faut bien appeler un "contre livre". A l'heure où l'édition de sciences humaines est en crise, produire ce genre d'ouvrage relève de l'homicide volontaire.

Alerté par quelques listes de distribution, et le bouche à oreille j'acquiers le dit ouvrage. Premier choc : ce magnum opus que vantaient certains critiques de radio culturelle est une toute petite chose de 110 pages aérées, menées sous forme de conversation et coûte ...17 €. Certes l'histoire de la philosophie peut se retrouver bouleversée par 4 pages bien senties. Mais l'histoire? Et à l'époque du fast-lire et du zapping, la réponse (capitale) à une aussi belle question ne peut passer par une simple plaquette.

La taille d'abord. Size matters, désolé. On ne peut lever des ambiguïtés, convaincre de la spécificité, voire de l'existence, d'une discipline par quelques remarques, déclarations et aphorismes. Je ne suis pas sûr de partager les positions de Roland Recht sur la définition de l'histoire de l'art (65), mais je le suis en tout point lorsqu'il déclare qu'elle prospère dans le monde anglophone et germanique (mais que dire du monde latin?) alors qu'elle se trouve en France reléguée dans les limites de l'université. Ses explications ne me convainquent pas pourtant, mais surtout en raison de leur caractère peu développé et superficiel alors qu'une étude large et approfondie s'imposait. Car il y a d'autres disciplines où le schéma est identique, la littérature comparée par exemple. Ce n'est donc peut-être pas que la démarche française serait plus pratique (ou anti-théorique) que l'allemande ou l'américaine, on pourrait même assez facilement affirmer le contraire. Il faudrait en revanche peut-être regarder du côté de la structure même de l'historiographie française (et ses rapports très distants avec l'idéalisme hégélien à l'opposé de la tradition historiographique anglophone, surtout américaine, et allemande), ainsi que vers la formation des cadres depuis l'époque napoléonienne. Je dois reconnaître que Recht en parle un tout petit peu, mais comme à la marge, alors que ce fait est central, non pas simplement pour comprendre l'histoire de l'art française (sinistrée aujourd'hui il faut bien le dire) mais pour expliquer l'état catastrophique de l'université française toute entière alors que l'Allemagne, le Royaume uni, et les Etats-Unis, malgré des difficultés, prospèrent dans ces domaines. En effet, le partage de la formation entre les "grands corps" de l'Etat (ou assimilés) par des écoles, et les professions "libérales" par l'université a permis certes le développement post-colbertiste du pays, mais lui ferme les portes du XXIe siècle. Or, l'analyse que fait Recht du creuset - de la discipline (p. 47), indispensable à la compréhension de ce phénomène qui a plombé l'histoire de l'art en plombant l'université, reste chétive. Pour le dire vite, aux Etats-Unis tous les historiens, quels que soient leurs missions ou emplois futurs, sont formés à l'université. Et cela change tout!

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Parution de "L'image au service de la révolution", de Michel Poivert

Les éditions du Point du Jour annoncent la parution de L'image au service de la révolution. Photographie, surréalisme, politique, par Michel Poivert.
Loin d'un surréalisme onirique, ce recueil de textes montre le rôle de la photographie dans les stratégies du mouvement emmené par André Breton. La puissance du document assure, dans les années 1920-1930, le passage d'une culture artistique à une culture politique. Pour parvenir à cette conversion, la photographie donne une vision concrète des concepts surréalistes en prenant pour modèle les révolutions scientifiques. L’image mentale devient, grâce à Dali, Brassaï ou encore Man Ray, une force objective susceptible d’engager l’avant-garde dans la grande histoire.

Format: 156 x 220 cm, 128 p, 30 ill., ISBN: 2-912132-49-5, 19 €.