Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Parution "Télévision et histoire, la confusion des genres", par Isabelle Veyrat-Masson

Les éditions de Boeck annoncent la parution de Télévision et histoire, la confusion des genres. Docudramas, docufictions et fictions du réel, par Isabelle Veyrat-Masson (CNRS).

Après un très net déclin à la fin des années 1990, l'histoire est revenue au premier plan grâce à des genres qui mélangent les formes de la fiction et des éléments documentaires affirmés. Des docufictions comme L'Odyssée de l'espèce (45 millions de téléspectateurs dans le monde) mais aussi des docudramas de facture classique sur des faits divers relativement récents comme L'Affaire Dominici ou des fictions du réel tel L'Affaire Villemin ou L'embrasement sur les émeutes de novembre 2005, ont profondément modifié ce qu'était traditionnellement l'histoire télévisée.

Ces émissions ne cessent d'affirmer leur caractère documentaire mais en réalité elles ne sont que des "propositions" très subjectives, des genres hybrides qui mélangent le vrai et l'inventé. La méfiance à l'égard de l'image et la crise de l'histoire ne sont-elles pas conjuguées pour installer le scepticisme dans lequel se sont glissé ces "faux en histoire"?

Le mensonge d'un artisan, la réalité d'un artiste

image On a les controverses qu'on peut. Pendant qu'une exposition du musée de l'Elysée (Lausanne) propose de réfléchir sur les photos qui font débat, à Paris, c'est l'accrochage "Les Parisiens sous l'Occupation" qui subit depuis plusieurs semaines les feux de la polémique. L'exposition de la BHVP exploite le fonds couleur du photographe André Zucca (1897-1973) en omettant de préciser qu'il s'agissait d'un collaborateur notoire et de nuancer l'image idyllique qu'il donne du Paris de 1942.

Le site "Arrêt sur images" a suivi de près l'affaire. Dans son édition du 18 avril dernier, Daniel Schneidermann a convié la spécialiste Françoise Denoyelle et le chroniqueur Alain Korkos pour faire le point. Tout en jugeant l'exposition intéressante, l'historienne déplore à son tour l'absence de tout appareil critique, qui nuit à la compréhension des photographies. L'animateur essaie de trouver des circonstances atténuantes en relevant le caractère "informatif" des images. Qui se résume pour lui à la découverte des joies de la baignade sur les quais – opportunément rapprochées de "Paris-plage" – ou des courses à Longchamp.

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Projection du film "Considérant que..."

La MJC Monplaisir et LaPRA présentent, dans le cadre de Vues sur Opinions: Considérant que..., documentaire de Dominique Roberjot et Christine Della-Maggiora (82', 2005-2007, Latitude 21 Productions)
Le jeudi 13 décembre 2007 à 20 h, en présence de Christine Dalla-Maggiora, rencontre-débat avec le public.

Tarif participatif: 5 €, MJC Monplaisir, 25 avenue des frères Lumière, 69008 Lyon.
Métro: ligne D (Sans Souci), Bus: 9 (Saint-Gervais), 23 (Lycée Colbert), 36 (Manufacture des tabacs ou Lycée Colbert).

“Ce film documentaire est le fruit d’une rencontre et d’un cri d’alarme qui nous ont profondément touchées. Il y a deux ans, nous sommes parties au Chili pour effectuer le repérage d’un documentaire sur le peuple Mapuche. Nous avons rencontré la Lonko (chef de communauté) Juana Paillalef et sa famille. Nous avons passé avec eux 10 jours au sud de la rivière Bio Bio pour préparer un scénario sur le thème de la criminalisation de la lutte Mapuche pour la récupération de leurs terres ancestrales.

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Projection sur la période khmer rouge au Angkor Photography Festival

image La plupart des jeunes cambodgiens n’ont jamais vu de photos ou de documentaires sur la période khmer rouge.
Lors du calage du video-projecteur l’après-midi en projetant le documentaire de Rithy Pan S21 (sur les tortures et les exécutions de masse dans la prison de Tuol sleng à Phnom Penh), le personnel cambodgien du restaurant Carnet d’Asie a observé avec fascination cette part de leur histoire qui leur est pratiquement inconnue.

Reportages par Roland Neveu, Benoit Gysembergh, Romain Clergeat, John Vink, Stuart Isett, Christine Bouteiller, Florence Brochoire, Justin Mott. Documentaire par Rithy Pan. Le 21 novembre à Carnets d’Asie (Angkor Photography Festival).

Compte rendu de "Ecrits cinématographiques", de Boleslas Matuszewski

Boleslas Matuszewski, Ecrits cinématographiques, édition critique dirigée par Magdalena Mazaraki, Paris, AFRHC/La Cinémathèque française, 2006, 216 p., ill. NB, lexique, bibl., filmographie, 17 €.

Obscur opérateur photographe polonais installé à Paris, Boleslas Matuszewski est devenu, depuis la réédition anglaise de ses écrits en 1995, une pierre d'angle de la réflexion contemporaine sur l'archive visuelle. Grâce au travail de la jeune historienne Magdalena Mazaraki, "Une nouvelle source de l'histoire" et "La photographie animée" (1898) sont désormais disponibles en français, dans une remarquable édition critique, augmentée de contributions de Roland Cosandey, Luce Lebart et Béatrice de Pastre, publiée par les soins de l'association française de recherche sur l'histoire du cinéma.

Comme l'explique Magdalena Mazaraki dans son essai, la vision utopique d'une archive cinématographique universelle de Matuszewski s'appuie sur une perception encore primitive du médium qui, ignorant le montage et niant la retouche, lui attribue les vertus d'une "authenticité intrinsèque". «La toute-puissance attribuée par Matuszewski au cinématographe, écrit l'historienne, est révélatrice des espoirs que les hommes de cette fin de siècle plaçaient dans les nouveaux outils d'enregistrement de la réalité.»

Luce Lebart replace le dessein du photographe polonais dans le contexte méconnu d'une «véritable internationale documentaire» qui prend son essor en cette fin de XIXe siècle et associe photographie et cinéma dans le projet d'une archive intégrale révolutionnaire. W.-J. Harrison, Hippolyte Sebert, président de la Société française de photographie, ou Léon Vidal, fondateur en 1895 du Musée des photographies documentaires, sont quelques-uns des protagonistes de cette dynamique où dialoguent bibliothéconomie, normalisation internationale, imaginaire policier de surveillance et idéologie de l'accès au savoir pour tous. Béatrice de Pastre complète cette analyse par un examen des traces laissées par le projet d'archives de Matuszewski dans l'archéologie de la création des cinémathèques parisiennes.

Ainsi encadré par un solide appareil historique, le «texte fondateur de l'archive filmique» se donne à lire dans le déploiement à la fois naïf et retors d'un positivisme de l'image qui n'a rien perdu de son actualité. On pourra regretter que les questions ici ouvertes ne soient pas prolongées par une réflexion sur les difficultés de mise en œuvre d'un tel programme. Car un siècle plus tard, exception faite de quelques trop rares chercheurs, pas plus la photographie que le cinéma ne sont encore couramment utilisés comme des «sources de l'histoire». Tel n'était certes pas le rôle de cette excellente édition critique, dont il faut lire l'invitation à ces prolongements comme la confirmation de sa pertinence. Ajoutons enfin que le croisement des problématiques comme la réunion des auteurs fournissent une des premières illustrations marquantes du dialogue qui s'esquisse entre spécialistes du cinéma et historiens de la photographie. Ce volume indispensable témoigne de la fécondité d'une telle rencontre.

Préprint Etudes photographiques, n° 21, décembre 2007 (à paraître).

Pour une histoire de l’audiovisuel éducatif (1950-2007)

Journée d’étude à la Bibliothèque nationale de France, mercredi 14 novembre 2007, site François Mitterrand, Petit auditorium.

La Bibliothèque nationale de France et le Centre national de documentation pédagogique organisent une journée d’étude pour explorer l’histoire et les archives de l’audiovisuel éducatif au cours du dernier demi-siècle.
De l’héritage du cinéma éducateur à la création de La Cinquième, du studio transformé en salle de classe à la mise en ligne d’outils pour le cours, l’histoire de la télévision scolaire fait ressortir une formidable capacité d’invention de dispositifs et d’innovations pédagogiques, appuyée sur des expérimentations pionnières.
Partie intégrante de l’histoire du cinéma et des médias de l’après-guerre, l’audiovisuel éducatif a fait appel à nombre de jeunes talents, tant devant l’objectif que derrière la caméra.
Au cours de la journée alterneront projections d’archives, témoignages d’acteurs engagés et analyses de spécialistes.

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Parution de "La Fabrique des images contemporaines"

couverture Les éditions du Cercle d'art annoncent la parution de:
La Fabrique des images contemporaines
Par Christian Delage, Vincent Guigueno et André Gunthert

Animés par la volonté d'offrir à un très large public des outils de jugement critique sur l'iconographie contemporaine, les auteurs de l'ouvrage nous font entrer dans la fabrique des images: celles, mythifiées, de Robert Doisneau dans sa série des "Baisers", comme celles, composées successivement par plusieurs générations de cinéastes, du débarquement en Normandie. Ils reviennent également sur le rôle décisif qu'ont joué les images dans des moments clés de l'histoire contemporaine, tel l'assassinat de Kennedy, les attentats du 11 septembre 2001 ou bien encore la fin du communisme en Roumanie. Dans ce dernier cas, est élucidée ici l'affaire dite des "faux charniers" de Timisoara qui fut considérée à tort comme un exemple-type de désinformation.

A rebours de l'opinion commune selon laquelle l'image "mentirait" davantage encore depuis l'arrivée du numérique, les auteurs montrent combien les nouveaux usages renforcent, au lieu de les affaiblir, la vigilance citoyenne et le lien organique qui unit l'image au réel. Il en va de même de l'évolution des techniques qui permettent de développer une nouvelle échelle du regard (Google Earth).

La Fabrique des images contemporaines révèle en outre comment, dans le monde entier, la mobilisation militante, politique, écologique ou syndicale met en place de véritables canaux d'information parallèle, capables de parasiter jusqu'aux plates-formes commerciales et institutionnelles de partage d'images ou de vidéos.

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Ceci n'est pas Auschwitz

image Le Mémorial de l'Holocauste à Washington a rendu public le 20 septembre dernier un album de 116 photographies de 1944 ayant appartenu à un adjudant du camp d'Auschwitz, Karl-Friedrich Höcker.

Il existe peu d'images privées réalisées par les gardiens des camps de concentration allemands. L'exposition "Mémoire des camps" dirigée par Clément Chéroux en 2001 avait présenté plusieurs groupes de photographies amateur, issues de Treblinka ou de Buchenwald. A chaque fois, le contraste est choquant entre ce qu'on sait de ces univers de torture et de mort et la vision d'une vie ordinaire étalée avec insouciance. Les titres des journaux ont cultivé ce paradoxe: "Fröhliche Stunden neben der Gaskammer" (Heures joyeuses près des chambres à gaz, Der Spiegel); "Les photos de la vie heureuse des tortionnaires d’Auschwitz" (Le Monde). La consultation des photographies, disponibles en ligne, confirme le caractère peu informatif d'un corpus qui pourrait être issu d'une garnison quelconque.

Mais à vrai dire, comment aurait-il pu en être autrement? S'attendait-on à la consignation des souffrances des prisonniers ou des remords de l'adjudant? Outre l'interdit strict qui pesait sur la mise en image des conditions de l'extermination, la forme même du recueil privé incitait à l'évacuation de tout détail fâcheux. Sont-ils plus fidèles, nos propres albums, qui sélectionnent eux aussi les sourires, les vacances et les anniversaires, et omettent soigneusement les accidents, les conflits ou les enterrements? Récit de vie esthétisé, soumis à de puissants codes formels et sociaux, bien décrits par Bourdieu, l'album est le support rituel d'un petit théâtre du bonheur plutôt que le reflet de la réalité. L'album Höcker montre comment la photographie, malgré son caractère d'empreinte, peut manquer le réel. Sans retouche, ni trucage. Simplement, en regardant à côté.

Références

Symposium "Les photographies de l'exploration américaine (1860-1880) et leurs usages"

Symposium international. Samedi 29 septembre 2007.

Ce symposium, organisé par François Brunet et l'université Paris Diderot – Paris 7 (Laboratoire de recherches sur les cultures anglophones, LARCA) avec le généreux soutien de la Fondation Terra, se tient au même moment que l'exposition "Visions de l'Ouest: photographies de l'exploration américaine, 1860-1880", présentée au Musée d’Art Américain Giverny du 10 juillet au 31 octobre 2007.

Il rassemblera certains des plus grands spécialistes américains du sujet ainsi que des chercheurs et conservateurs européens étudiant le corpus de l'exploration américaine des années 1860-1880. Cette journée permettra de faire le point sur plusieurs décennies de recherches sur la photographie des missions d'exploration des années 1860-1880, aujourd'hui reconnue comme clé dans l’histoire de la photographie américaine. La question des usages des images, c'est-à-dire des logiques (scientifiques, mais aussi politiques, institutionnelles, commerciales, culturelles, artistiques) qui les gouvernent, sera au centre des discussions. Celle du rôle de l'individu photographe au milieu de ce dispositif complexe ne sera pas en reste. La relation plus ou moins étroite qui unit photographie du paysage et photographie ethnographique, souvent négligée, sera aussi étudiée, notamment du point de vue de la réception des images. Cette question de la réception sera pour la première fois étendue au contexte européen, afin de proposer des interprétations de l’importante distribution de ces images en France et des réactions qu'elles suscitèrent à l'époque.

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Call for papers: colloque "Henri Cartier-Bresson et l'Histoire"

image L’année 2008, centenaire de la naissance d’Henri Cartier-Bresson, sera l’occasion de porter un regard neuf sur son oeuvre et de s’interroger sur sa place dans les divers courants esthétiques du XXe siècle. C’est dans cet esprit qu’un colloque sera organisé dont la première partie aura lieu au Centre international de Cerisy-la-Salle, la seconde se déroulant au musée du Petit Palais, dans la foulée de Paris Photo et lors du Mois de la Photo.

En 1947, à l’occasion de l’exposition supposée posthume qu’avait organisée le MoMA, paraissait dans un journal de New York cette appréciation: «Such photographers as Cartier-Bresson are true historians because they are true artists. He is more complete than a journalist, deeper than a doctrinaire.» Depuis cette date capitale dans la vie d’Henri Cartier-Bresson (c’est l’année de la fondation de l’agence Magnum), son oeuvre s’est évidemment considérablement enrichie et modifiée, mais ces quelques lignes publiées dans Tomorrow conservent leur pertinence soixante ans plus tard. La double postulation qui structure toute la production artistique d’Henri Cartier-Bresson y est formulée en toute clarté. Cartier-Bresson aurait été plus complet qu’un journaliste, plus profond qu’un «doctrinaire». Le rapport à l’histoire devient ainsi le vecteur permanent de l’accomplissement artistique, tandis que l’oeuvre de son côté évolue, en dialogue avec l’histoire même de la photographie qu’elle marque profondément, en conversation aussi avec d’autres formes d’expression, le cinéma, le dessin, la peinture… Comment cette oeuvre s’est-elle constituée, et par-delà la reconnaissance dont elle bénéficie, que réserve-t-elle pour les générations futures ?

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Le dino, le dragon, la poule et l'oeuf

Soit un documentaire (1) qui veut à toute force nous démontrer que les représentations figurées de dragons, de la vie des saints aux temples aztèques, s'inspirent des fossiles de dinosaures. La question est-elle correctement posée? Mettons de côté les confusions bénignes, comme celle du classement zoologique, qui force l'hydre, la manticore ou le griffon à s'assembler en une seule et même espèce, nonobstant leurs différences d'origines et d'attributs. Une erreur plus intéressante montre l'absence de réflexion en termes d'histoire visuelle. Il s'agit de l'effet de décontextualisation qui isole la figure du dragon parmi le riche bestiaire des monstres des civilisations antiques – minotaure, sphinx, licorne, gorgone et autres divinités à forme animalière. Cette décontextualisation permet: 1) de ne pas se poser la question de savoir si nous disposons d'une archive fossile pour chacun de ces êtres fantastiques; 2) de voir dans toutes les représentations de dragons une image objective, une sorte de photographie qui nous indiquerait à coup sûr les caractéristiques de la chose reproduite.

Pourtant, il existe bien une proximité formelle entre dragons et dinos. Mais celle-ci ne suit pas la généalogie proposée par le documentaire. Depuis Jurassik Park (1993), une foultitude d'animations en 3D toutes plus réalistes les unes que les autres ont fait des dinos des créatures plus familières que les vaches ou les cochons. Et nous ont fait oublier que personne n'a vu de ses yeux un dinosaure vivant. Comme en témoigne l'invention du terme "dinosaure" (terrible reptile) par Richard Owen en 1842, ce sont en réalité les représentations de dragons qui ont fourni le principal repère visuel permettant de s'imaginer et plus tard de reconstituer ces animaux. Ce ne sont pas les images de dragons qui descendent des dinos, mais bien les images de dinos qui procèdent des dragons imaginaires. Une filiation logique pour l'histoire visuelle – encore faudrait-il songer à y recourir.

1. "A la recherche du dragon", réal. Carl Hall, production France 5/Parthenon Entertainment Ltd., 2004, diffusé le 15/07/2007 sur France 5.

Illustration: Griffon, enluminure flamande (v. 1350) du Der Naturen Bloeme, histoire naturelle en vers néerlandais écrite vers 1266 par Jacob van Maerlant, La Haye, Koninklijke Bibliotheek.

Michael Moore à Wolf Blitzer (CNN): pourquoi ne dites-vous pas la vérité aux Américains?

image Michael Moore répondant à Wolf Blitzer (CNN, "The Situation Room", 09/07/2007): “Mais pourquoi ne dites-vous pas la vérité aux Américains? Je veux dire, je souhaite que CNN et les autres médias, juste une fois, disent la vérité à propos de ce qui se passe dans ce pays, que ce soit avec la couverture santé - ou n'importe quel sujet. Je veux dire, vous autres, vous avez un tel passif…”

“Et pour moi, de venir ici et d’avoir à écouter toutes ces conneries… Je veux dire, sérieusement, je n’ai pas été dans votre émission depuis trois ans. La dernière fois où j’étais là, vous avez montré un reportage similaire au sujet de "Fahrenheit 9/11" disant ce ne peut pas être vrai ce qu’il dit au sujet de la guerre, comment ça va être un bourbier, les armes de destruction massive.”

“Vous savez et… pourquoi ne commencez pas vraiment avec ma première apparition dans votre émission en trois ans et peut-être par me présenter des excuses pour avoir dit ça, il y a trois ans, parce qu’il s’est avéré que tout ce que j’ai dit dans "Fahrenheit" était vrai.”

Reproduit sur YouTube.
Via Inside the USA, 10/07/2007 (traduction partielle).

Encuentros Del Otro Cine, 6e édition

En mai dernier, à Quito, Guayaquil et Manta (Equateur) ont eu lieu pour la sixième fois les Encuentros Del Otro Cine (EDOC), Rencontres d’un Autre Cinéma, Festival international de cinéma documentaire. Ce festival est né de la volonté d’un groupe d’artistes, photographes et réalisateurs de mettre en valeur et faire connaître les productions les plus importantes du cinéma documentaire d’auteur, depuis ses débuts et jusqu’aux productions les plus contemporaines dans ce domaine. Parmi les réalisateurs dont les films ont été présentés aux EDOC se trouvent Raymond Depardon, Nicolas Philibert, Chris Marker, Albert Maysles, Patricio Guzman, Fernando Solanas, Joaquim Jorda, Rithy Pahn, Michael Moore, et beaucoup de jeunes réalisateurs latino-américains.

L’organisation à l'origine de cette initiative est Cinememoria, une association crée en 2001 et dont le but est la sauvegarde de la mémoire audiovisuelle de l’Equateur et la mise en valeur du cinéma documentaire. Les EDOC sont, dans ce contexte, un moyen pour Cinememoria de diffuser des regards "autres" sur les questions politiques, économiques, et sociales du monde et de mettre en question la manière dont les informations et la communication circulent en Equateur et dans les pays sous-développés. Il s’agit aussi de montrer comment les productions documentaires posent la question du rôle des images dans la mémoire individuelle et collective d’un peuple.

C’est dans ce contexte que Cinememoria a proposé au public equatorien une sélection de films d’un peu partout dans le monde depuis 2002. Chaque année, les EDOC mettent en avant un thème ou un axe précis et proposent une sélection des productions récentes et de films sur l’Equateur ou réalisés par des jeunes réalisateurs équatoriens. Pour cette dernière édition, les axes autour desquels s’est orientée la programmation étaient la question de la télévision publique de qualité avec l’exemple de DocTV du Brésil, le regard sur les productions de l’Amérique Latine, l’utopie (politique, sociale) comme thème, et la production documentaire récente de l’Equateur.

Ont assisté à cette sixième édition des EDOC le Directeur du Programme DocTV (Brésil), et les réalisateurs Mariana Arruti (Argentine), Diego Garcia Moreno (Colombie), Philip Gröning (Allemagne), Camila Guzman (Chile), Evaldo Mocarzel (Brésil), Marcus Vetter (Allemagne). D’après Manolo Sarmiento, directeur de Cinememoria, le festival a réussi a promouvoir la croissance d’un public fidèle chaque année. Cette année, un quart des 11.768 spectateurs assistaient au festival pour la première fois.

Site web: www.cinememoria.org

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Les mercredis du film ethnographique au musée de l'Homme

Projections-Débats: "L'Autre et le sacré" (7e partie)

Filmer la transe, c'est aborder le domaine singulier des dieux irascibles et généreux, prévenait Jean Rouch, pionnier de l'anthropologie visuelle. Le dialogue avec les dieux étant l'essence même des rituels de possession. Entrer dans un film, disait-il en tournant Tourou et Bitti, «c'est plonger dans la réalité, y être à la fois présent et invisible»... La caméra devient alors un objet du rituel et le cinéaste-ethnographe, un acteur participant à la cérémonie. Fort de cet enseignement, ce programme d'œuvres documentaires nous ouvre de nouveau les pistes du sacré, où fourmillent toutes sortes de divinités et d'esprits malins. Partout où ils sont invoqués, les djinn peuvent être tenus pour responsables de maladies ou de troubles qu'ils provoquent en prenant possession des corps, signale Gilbert Rouget, l'auteur de La Musique et la Transe chez Gallimard. Ainsi, Kusum, une jeune possédée du film de Jouko Aaltonen, entame-t-elle un parcours de guérison à New Delhi, cité des djinn. Au fil des séances, les images rassemblées dans ce cycle 2007 offrent la possibilité d'observer la relation à l'invisible. La transe – écho fertile des sociétés en ébullition mythologique – nous donne à voir la diversité du phénomène religieux. Projections-débats en présence des auteurs des films présentés.

Musée de l'Homme, Palais de Chaillot, place du Trocadéro, 75116 Paris.
Salle de cinéma Jean Rouch, 1er étage, entrée libre.

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L'envers du décor. Promenade en RER D

image Non, ce ne sont pas des images de la Roumanie sous Ceausescu. Cela fait bien longtemps, depuis que j'habite en banlieue sud, que j'ai envie de faire un sort à la litanie des non-lieux qui s'étire entre Corbeil et Paris, sur la ligne du RER D. Friches industrielles, usines abandonnées, barres en stock, terrains si vagues, arrières-cours improbables, zones en décomposition: ce décor qui n'a jamais été construit, et qu'on aperçoit pourtant, ces anti-paysages que personne ne veut voir, mais qu'on n'a pas songé à cacher, cette agression sauvage, à laquelle on est quotidiennement exposé. On pourrait en faire un exercice d'art, tant se manifestent ici par leur absence les règles paysagères des environnements urbains. Pour ma part, malgré toute ma culture pop, je ne peux pas me défaire d'un sentiment d'accablement devant cette négation du visuel, cet oubli de l'humain, cet insondable mépris. Loin des zones piétonnes, toujours plus coquettes, loin des autoroutes, toujours plus glamour. Et pour ceux qui empruntent ce trajet, comme tant d'autres en France, deux fois par jour, ce spectacle misérable, ce rappel permanent de ce que la société leur réserve. L'envers du décor. Ouvert tous les jours, 5 € le trajet simple, n'oubliez pas le guide.

"La campagne du net" diffusé sur Arte

image La campagne du net, documentaire de Frédéric Biamonti et Alexandre Hallier, (France, 2007, 52mn), coproduction ARTE France/La Générale de production.
Diffusion: le mardi 8 Mai à 20h40 sur Arte (rediffusion en streaming du 9 au 16 mai sur Arte.tv).

Une chronique de la présidentielle sur le web. Les candidats se sont tous mis à Internet, avec plus ou moins de bonheur. Mais ils sont peu nombreux à avoir entendu cet appel au renouvellement du débat que lancent les internautes. Sur la Toile, les réactions se déchaînent. Sont-elles représentatives de l’ensemble des électeurs français? Y a-t-il des "e-favoris" parmi les candidats? S’efforçant de répondre à ces interrogations, le film part à la découverte des différents acteurs de la présidentielle sur le Net: équipes Web des candidats, "e-militants", blogueurs influents… Il suit la chronologie de cette campagne numérique, des premières escarmouches d’automne (la vidéo montrant Ségolène Royal parlant des professeurs, à Angers) jusqu’aux grandes batailles du printemps. Il tente également de cerner le rôle d’Internet en tant qu’outil politique et démocratique, pointant au passage la difficulté avec laquelle les médias traditionnels prennent la mesure de ce phénomène et de ses règles du jeu.

Avec la participation de: Marc Abélès (EHESS), Guy Birenbaum, François de la Brosse (UMP), Etienne Chouard, Quitterie Delmas (UDF), André Gunthert (EHESS), Bruno Patino (LeMonde.fr), Stéphane Paoli, Benoît Thieulin (PS), Thierry Vedel (Sciences Po), Versac, Nicolas Voisin, etc.

Ce que nous disent les affiches

image A l'ère des moyens de communication électroniques, les affiches électorales de la campagne présidentielle n'ont suscité qu'un intérêt médiocre. Pourtant, malgré les blogs, forums et autres listes de diffusion, ces images à l'usage fugitif restent le support d'une expression politique aussi fruste qu'efficace, qui mérite qu'on lui prête attention. A titre de divertissement, le Lhivic organise une petite étude collective de cette forme de réception. Ceux qui le souhaitent peuvent m'envoyer la photographie des panneaux électoraux de leur quartier, de préférence au format original, en précisant leur nom, le lieu, la date et l'appareil utilisé (affichesdecampagne@ehess.org). Les envois seront mis en ligne sur Flickr (les titulaires d'un compte peuvent également participer par l'intermédiaire du groupe: Affiches de campagne) et commentés ici-même.

Illustration: affiches électorales, Saint-Fargeau (Seine-et-Marne), le 12 avril 2007.

Le feuilleton Camille

image Attention OVNI. Le 29 mars dernier, parmi les diverses productions à caractère politique indexées par le Vidéomètre, je découvre en première place une vidéo inconnue, sous le titre énigmatique d'"Episode 09". Quelle mention, quel forum, quel buzz lui a fait atteindre ce jour-là le score inhabituel de 9.404 vues? Est-ce la sélection sur la page streaming de Neuf Télécom? Toujours est-il que les autres épisodes de la série restent situés à un étiage beaucoup plus bas, de quelques centaines de vues seulement. C'est regrettable, car il s'agit probablement du projet documentaire le plus original et le plus réussi de la campagne présidentielle.

Réalisateur et scénariste pour le cinéma et la télévision, Samuel Tasinaje met en ligne chaque jour depuis le 5 mars dernier, sous le titre "Camille dans l'isoloir", une nouvelle interview de sa voisine, mamie presque centenaire à la langue bien pendue, qu'il interroge sur ses opinions politiques et ses impressions de campagne. Servi par un montage ultra-cut, plan serré, encadrement façon poste de télé des années 1950, chaque épisode propose deux à trois minutes d'une mitraille de commentaires, à l'énonciation souvent hilarante, sur fond de tic-tac. Alternant les jugements à l'emporte-pièce, les réflexions de bon sens ou l'observation de son entourage, la tonique Camille a un avis sur tout, et il est loin d'être bête. A ce jour, 22 épisodes ont été mis en ligne. Dès le premier, on comprend que Camille préfère de beaucoup Sarkozy, voire Le Pen, à Ségolène (“Elle fait paysanne; elle est commune, quoi…”). Bayrou la laisse sceptique. Mais voilà, le projet de Tasinaje ne s'arrête pas à l'observation d'un drôle de spécimen humain. L'outil vidéo devient un exercice actif – c'est là que le feuilleton prend tout son sens. Comme il l'explique sur son blog:

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