Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Le mensonge d'un artisan, la réalité d'un artiste

image On a les controverses qu'on peut. Pendant qu'une exposition du musée de l'Elysée (Lausanne) propose de réfléchir sur les photos qui font débat, à Paris, c'est l'accrochage "Les Parisiens sous l'Occupation" qui subit depuis plusieurs semaines les feux de la polémique. L'exposition de la BHVP exploite le fonds couleur du photographe André Zucca (1897-1973) en omettant de préciser qu'il s'agissait d'un collaborateur notoire et de nuancer l'image idyllique qu'il donne du Paris de 1942.

Le site "Arrêt sur images" a suivi de près l'affaire. Dans son édition du 18 avril dernier, Daniel Schneidermann a convié la spécialiste Françoise Denoyelle et le chroniqueur Alain Korkos pour faire le point. Tout en jugeant l'exposition intéressante, l'historienne déplore à son tour l'absence de tout appareil critique, qui nuit à la compréhension des photographies. L'animateur essaie de trouver des circonstances atténuantes en relevant le caractère "informatif" des images. Qui se résume pour lui à la découverte des joies de la baignade sur les quais – opportunément rapprochées de "Paris-plage" – ou des courses à Longchamp.

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L'expérience interdite, thèse express sur Facebook

Intéressant hoax que "L'expérience interdite", groupe créé par une soi-disant Hélène Fontainenaud sur Facebook: «Je suis étudiante en psychologie et je suis en train d'écrire une thèse sur la formation des sectes et leur propagation. Un journaliste du Monde a écrit un article où il expliquait comment aujourd'hui, n'importe quelle personne pouvait créer un groupe sur Facebook et toucher 100.000 personnes en quelques semaines. Il demandait donc à Facebook de surveiller de plus près le contenu des groupes et les messages véhiculés. Facebook a préféré fermer les yeux, prétextant que le volume d'information rendait tout contrôle impossible. Alors voilà, le but de ma thèse est de montrer qu'il est en effet possible de créer un groupe et d'y faire adhérer plus de 100.000 personnes en un mois.»

Quoique je ne sois pas grand clerc en psychologie, je serais assez surpris de voir un directeur inscrire un telle thèse. C'est bien dommage, car le sujet de la charmante demoiselle aura été bouclé en quatre jours. Créé le 21 mars 2008 à minuit, son groupe atteignait les 100.000 membres dès le 25 mars (jour 1: 462 membres, jour 2: 6 000 membres, jour 3: 52.600 membres, jour 4: 100.000 membres; d'après DigitalBSE). Devant un succès aussi rapide, le projet est révisé pour atteindre 250.000 membres, toujours en un mois (ce nombre est aujourd'hui de 247.207). Si c'était moi, je dirais qu'il s'agit d'une deuxième thèse, pourquoi pas en théorie des ensembles.

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La Lhivicsphère s'agrandit (suite)

image Comme promis, après le démarrage le mois dernier de l'atelier "Etudes visuelles: Problèmes et méthodes", piloté par Gaby David et Audrey Leblanc, le blog L'Atelier du Lhivic essuie les plâtres, permettant aux étudiants du labo de prolonger leurs travaux par un espace d'échanges publics. Merci à Rémy Besson pour ses heures de sommeil en moins, et à vos coms pour encourager les premiers posteurs! Les participants à l'atelier, qui disposent également d'un groupe sur Facebook et d'un autre sur Flickr, n'auront en tous cas plus d'excuse pour manquer une séance: la date de la prochaine réunion est annoncée sur le blog.

Face au développement bienvenu de ces nouvelles ressources, j'ai également concrétisé ma promesse de la création d'un agrégateur des blogs visuels, sous la forme d'un "planet" Histoire visuelle, sous Wordpress (beta version). Cet outil, qui affiche les derniers billets publiés sur les blogs Amateur d'art, ARHV, Arts des nouveaux médias, iPhotocom, L'Atelier du Lhivic, Le Flipbook, Mots d'images, Souris de compactus et ViteVu, peut être consulté comme un site, mais est surtout destiné à fournir un nouveau fil d'abonnement rss, qui permettra de suivre en temps réel les publications de ces organes (tant que j'y étais, j'ai également créé, pour les aficionados, un autre agrégateur regroupant mes billets sur ARHV et le Flipbook – on n'a plus que l'embarras du choix). Au-delà de l'aspect technique, ce nouvel outil témoigne aussi à sa manière des liens qui se tissent au sein de la blogosphère et des échanges bien réels que cet espace favorise.

Nota bene aux autres auteurs de ma blogroll, notamment Afrique in Visu, Christian Delage, Diplomatie Ouest-indienne, Iconique.net: mon agrégateur a pour l'instant des problèmes pour reconnaître correctement vos flux. Il va falloir regarder sous le capot pour réparer ça.

Joffrin à Libé, Olivennes à l'Obs: vive les blogs!

L'arrivée de Denis Olivennes à la tête de l'Obs va, selon lui, contribuer à “civiliser l’univers pour l’instant sauvage du Net”. Un début prometteur, avec une formule qui en rappelle une autre – et se transforme illico en pub pour les blogs!

Internet et l'imputation

Quel est le rapport entre l'image victorieuse d'Alain Bernard après son 100 mètres, la nomination de Nicolas Princen au pôle internet de l'Elysée et le SMS soi-disant envoyé à Cécilia? Merci de déposer les copies sur mon bureau, vous avez deux heures.

Trouvé? La bonne réponse est: l'imputation. Voilà trois événements pour lesquels nombreux sont ceux qui ont sauté des prémices à la conclusion, sans preuves suffisantes, par la grâce de ce merveilleux dispositif à économiser la pensée.

En voyant l'impressionnante carrure du nageur, il est à peu près impossible de ne pas se demander si celle-ci peut être le produit de la nature seule. Dans le contexte des nombreuses affaires de dopage qui ont entaché le sport de haut niveau ces dernières années, il est tout aussi difficile de résister à l'idée selon laquelle l'hypertrophie musculaire d'Alain Bernard est un signe apparent de cette dérive. Cela en l'absence de tout autre élément d'information (il est utile de préciser ici qu'en ce qui me concerne, je me garderai bien de conclure dans un sens ou dans l'autre).

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Les six principales broutilles à mon sujet

image Ca devait arriver. Taggé par Emmanuel Raveline, me voici attrapé à mon tour par la chaîne des six choses insignifiantes que mes lecteurs ne savent pas de moi (et aimeraient probablement continuer à ignorer), ou "Quirky Meme" (ou "6 Most Non-Important Things About Me"), attesté dans sa version française depuis le 2 février 2008.

D'après la généalogie dressée par Tom Roud, mon rattachement à l'arbre s'effectue au niveau de Gizmo, via Allegro Vivace, Optimum et éconoclaste. On peut également suivre une ligne plus directe, en tenant compte du fait qu'Emmanuel a également été taggé sous son identité de Ceteris Paribus, toujours par Gizmo.

1. J'ai été un fan absolu de la comtesse de Ségur, née Rostopchine, dont j'ai dû lire l'oeuvre cinq ou six fois aux alentours de dix ans, dans l'édition à la reliure bleue du Cercle du bibliophile, qui reprenait les illustrations de l'édition Hachette. Ce fut mon premier contact avec l'illustration classique, qui a nourri ma conviction d'une image prédite par le texte.

2. J'ai vu de mes yeux Georges Pompidou (de loin, en 1972), Coluche (en 1988 à la Bastille), Emmanuelle Béart (en 1989 à Nice), Jack Lang (je ne sais plus quand, au ministère), Jacques Derrida (en 1992, à l'EHESS) et Benoît Thieulin (en 2007, au siège du PS). Mais je n'ai jamais rencontré Mitterrand, ni Jane Birkin, ni Versac.

3. Au moment de passer la frontière pour entrer en Allemagne de l'Est, du temps du rideau de fer, le douanier a trouvé que je ne ressemblais pas à mon portrait. Il faut dire que je m'étais teint les cheveux en blond canari. Ca a été la dernière fois.

4. Par l'effet d'une légère dyslexie, il m'arrive encore de confondre ma droite et ma gauche. En voiture, lorsqu'il me faut indiquer une direction, j'évite les erreurs en désignant le véhicule à suivre. A mon grand étonnement, cette confusion a connu une aggravation sensible depuis le 6 mai 2007.

5. En voyant Clara Dupont-Monod l'autre jour à "Un café, l'addition", la nouvelle émission de Pascale Clarck, je me suis persuadé, quelques heures durant, d'avoir eu une liaison avec elle dans ma prime jeunesse. La vérification chronologique a dissipé cette illusion. C'est peu dire que je le regrette.

6. Lors d'une conférence récente, ayant oublié de préparer la petite-blague-rituelle-qui-détend-l'atmosphère, j'ai indiqué que je n'avais pas préparé de petite blague rituelle qui détend l'atmosphère. Ca a marché aussi.

Comme le veut la coutume, je renvoie la balle à François Bon, Béat Brüsch, Virginie Clayssen, Olivier Ertzscheid, Narvic et Nicolas Voisin.

Les étonnants chiffres de Flickr

image Une équipe française a réalisé durant l’été 2006 une étude statistique sur les usagers et les usages de Flickr. Ils ont récolté et épluché TOUTES les données publiques sur les 4.8 millions d’inscrits au site de partage de photos (groupes, commentaires, favoris, contacts et bien sûr photos). (...) En réalité, aucun usage de Flickr n’est majoritaire. 62% des gens n’ont aucune photo, 65% n’ont aucun contact, 87% n’ont jamais posté de commentaire, 84% n’en ont jamais reçu, 93% n’ont choisi aucun « favori ». 92% ne participent à aucun groupe. Au final, seuls 3% des utilisateurs utilisent TOUTES les fonctionnalités de Flickr.

Par Laurent Suply, 29/02/2008, Suivez le Geek (via Hubert Guillaud).
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Le Flipbook, pour feuilleter les images

image "La rumeur et les images". C'était une note jetée l'autre jour sur un post-it (entre "la conventionnalité circonstancielle" et "le spectacle de soi"). Et je ne sais plus du tout ce que je voulais dire par là. Avec un intitulé pareil, inutile de dire que c'est dommage. Voilà exactement pourquoi j'ai accepté la création du Flipbook.

Rappel pour les étourdis: suite à la publication d'un classement des blogs scientifiques par Wikio au début du mois, mes camarades de 20 Minutes.fr (avec qui nous avons travaillé l'an dernier pour le Vidéomètre) m'invitent à ouvrir un second blog sur leur plate-forme. Un second blog? Pourquoi faire? Il s'avère que je viens de consacrer un billet à l'affaire Simone de Beauvoir. Et que j'ai constaté que, pour comprendre la réception de la couverture de l'Obs, il fallait intégrer au schéma la réaction à la diffusion des photos deshabillées de Laure Manaudou et de Valérie Bègue. Mais voilà, pour ces deux cas, j'ai omis de procéder au relevé que j'effectue d'habitude sous la forme d'un billet, et qui me permet de garder la mémoire d'une date, des sources et des rebonds d'un buzz. Plus d'un mois après, retrouver ces traces dans le fouillis du réseau me fait perdre un temps précieux. Or, je sais très bien pourquoi je n'ai pas mentionné ces deux cas. Parce que je vois d'ici la réaction de certains de mes lecteurs, qui froncent déjà le sourcil quand j'évoque Cécilia ou Carla. Et que je n'ai pas envie de passer pour un gros beauf qui collectionne les photos pour camionneurs (ou aviateurs: le point est controversé de savoir laquelle des deux professions a donné son essor à la vogue des pin-up).

Mais il n'y a pas que ma pudibonderie. J'ai créé ARHV comme un blog scientifique. Ce qui, pour certains, est déjà une contradiction dans les termes. Pas besoin d'insister sur mon domaine de recherche, les images, que nombre de mes collègues jugent pas vraiment sérieux. Le travail de négociation sur ce qui peut participer de l'aire légitime du blog est un réglage de chaque jour, qui s'effectue au jugé, sans carte ni boussole. Avec parfois des dérapages ou des erreurs. Mais aussi beaucoup de matière inutilisée, par manque de temps – ce que je me pardonne – ou par manque de courage – ce qui me turlupine.

Voilà pourquoi un second blog me paraît une bonne idée. Comme en atteste son premier billet, consacré comme de juste aux avanies de la nouvelle miss France, celui-ci pourra accueillir des sujets plus légers, des signalements plus rapides et de façon générale tous les objets qui me titillent sans que je sache encore s'ils en valent la peine. Un purgatoire, un sas de décompression. Note toujours, on verra plus tard – telle pourrait être sa devise. Compte tenu de l'environnement 20 Minutes, je crains un peu la teneur des commentaires, mais on verra bien (précision: je ne suis pas responsable des pubs, et bien sûr ce n'est pas payé).

L'intéressant, c'est qu'il suffit de créer l'outil pour constater que ça fonctionne. La théorie de cet essai de pragmatique de la publication est la poursuite du principe même du blog: descendre d'un degré, ou desserrer d'un cran. Tout ce que j'ai observé depuis trois ans me convainc que c'est aujourd'hui la chose la plus utile sinon la plus nécessaire dans le domaine savant.

La Tontine de Cédric

image Le blog de Cédric Kalonji n’est plus a présenter. On a pu suivre ses chroniques relatant la vie des kinois depuis septembre 2005, toujours pointues, virulentes, mordantes. Ces dernières semaines, Cédric à l’aide de son nouvel appareil photo offert par un contributeur anonyme le jour de Noël, a continué à nous faire découvrir sa ville et les mœurs de son pays.

Les pratiques des "roulages" à Kinshasa, c'est-à-dire les policiers de la circulation, ont été largement mis en avant entre descriptif et altercation vivifiante… Mais ce qui a surtout attiré mon attention, c’est la rubrique "Quoi de neuf?" avec son post du 14 février intitulé: "Appel à contribution achat matériel".

Cédric revisite la "Tontine" africaine en direct sur son blog. Souhaitant se lancer dans le son et la vidéo pour diffuser des documentaires ou interviews filmés sur son blog, il souhaite disposer d'«une bonne camera, d’un bon ordinateur, de préférence un Mac et il faudra aussi que j’apprenne à filmer et surtout à traiter les vidéos.»

Pour ce faire, Cédric utilise son blog pour demander à la communauté de contribuer financièrement. Il propose une tontine virtuelle où nous, lecteurs, pouvons suivre via les commentaires l’évolution des contributions – «un système de contribution transparent».

La suite sur: www.congoblog.net...

Lire aussi sur ce blog:

Le nouveau drapeau du Kosovo: premières diffusions sur Internet

En déclarant l'indépendance ce dimanche 17 février 2008, le gouvernement kosovar a également présenté le nouveau drapeau du Kosovo. Jusque là, la population albanophone du Kosovo se rassemblait derrière le drapeau rouge à aigle bicéphale noir de l'Albanie. Tant que le Kosovo n'était pas indépendant, la chose allait de soi, le drapeau albanais prenant une signification plus ethnique que nationale. Cependant, il était hors de question pour la communauté internationale d'accepter un même drapeau pour deux Etats tant le risque de confusion était grand mais également la crainte de la fondation d'une grande Albanie.

Par Mickaël Wilmart, Paris-Tirana, 20/02/2008.
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Pourquoi Carla buzze

image Exceptionnelle fréquentation du billet "Pourquoi Carla pèse?", consulté plus de 28.000 fois par son permalink en l'espace d'une semaine, soit environ 20.000 lecteurs uniques, avec 51 commentaires validés (plus une dizaine de commentaires supprimés), battant ainsi tous les records d'audience sur ce blog (le précédent billet le plus consulté était "La valise rouge, ou le hors champ", du 02/11/2007, qui totalise 16.450 lectures).

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Les écrivains sont vos libraires

image On s’est tellement entendu dire, toute cette année, qu’à se mêler de parler des livres on interfère avec le jardin réservé des libraires, que depuis quelque temps je ne parle même plus ici des livres que je reçois ou lis, et c’est sans doute un virage global: côté Internet, on aurait préféré évidemment d’autres modes d’association ou d’invention, mais, après tout, Internet trouve d’abord sa pertinence à ce qui se crée, s’expérimente et se diffuse par Internet même. Il n’a pas vocation de «media», mais est vecteur autonome, qui superpose ses pratiques à celles existantes.

La littérature qui peu à peu y trouve place, ou la critique qui peu à peu s’y établit, est littérature ou critique à part entière, nous pouvons donc très bien nous occuper seulement de ce qui se passe (se publie) en ligne. C’est bien plus dramatique pour les instances critiques traditionnelles, qui s’érodent si vite, ou courent après nos blogs, et encore plus dramatique, je n’arrête pas d’y insister, pour l’université globalement absente du Net, alors que c’est le principal lieu ou lien de travail des étudiants eux-mêmes, y compris dans le rapport avec leurs enseignants.

Par François Bon, Le Tiers Livre, 15/02/2008
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Mystery Girl in Harajuku

Valentine's day. Et une question: les réseaux sociaux, ces miroirs aux alouettes pour narcisses crédules, sont-ils capables de passer la barrière du vrai réel avec ses auréoles sous les bras? La réponse en images sur Flickr, où l'on découvre toute l'histoire dans les commentaires de la photo de Matt – et le résumé sur Wired (merci à Rémi pour son à-propos).

Remixer le politique

image Un mois après l'émouvant discours "Yes We Can" prononcé par le candidat démocrate Barack Obama à Nashua, ce slogan continue à retentir sur internet. Dès le lendemain de sa victoire aux primaires de New Hampshire, le 9 janvier, ses partisans mettaient en ligne la vidéo du discours sur YouTube. Vu entretemps plus de 340.000 fois, cette séquence de 13:09 min mêle de longs extraits du discours, entrecoupé de scènes des supporteurs accourus en foule. La particularité de ce discours ne repose pas seulement sur le ton répétitif et cadencé, parfois quasi slammé, d'Obama, mais aussi sur les réponses de son public, qui scande en rythme son nom ou les slogans. La musicalité particulière de cette vidéo, qui n'est pas sans rappeler le célèbre discours de Martin Luther King, a inspiré le chanteur Will.i.am.

Comment réalise-t-on un remix d'un discours politique viral? La version "Yes We Can-Barack Obama Music Video" par Will.i.am est une compilation en noir et blanc de 4:30 min avec 17 artistes, chanteurs et acteurs. Sur un écran divisé en bandes verticales, les interventions chantées sont disposées en vis-à-vis du rappel des séquences de la vidéo initiale, reprenant ou répondant à la voix d'Obama. Les vivats de la foule, les applaudissements et la phrase répétée "Yes We Can" forment des ingrédients rythmiques du remix. Mis en ligne le 2 février sur plusieurs sites, dont YouTube, le clip a déjà été vu plusieurs millions de fois en une semaine.

Pourtant, le clip de Will.i.am n'est pas la première reprise du discours d'Obama. "Fired up, Ready to go!", une des phrases du candidat démocrate, avait également inspiré une autre adaptation musicale - également diffusée sur YouTube depuis le 27 janvier 2008. Mais ce clip ne reprend que quelques phrases isolées du discours, et n'intègre pas les éléments caractéristiques puissants issus du contexte de la vidéo originale. Avec une centaine de milliers de vues, cette version rock-choral du groupe Bergevin Brothers semble avoir rencontré moins de succès.

La comparaison des deux clips montre l'originalité de celui composé par le chanteur de Black Eyed Peas. Musicalement plus sobre, avec un simple accompagnement à la guitare sèche, il fait reposer l'essentiel de sa composition sur le remix et l'image d'Obama. Le clip se clôt sur le mot "HOPE", qui se transforme en "VOTE", avec un appel générique à la mobilisation électorale repris en commentaire.

En écho au changement réclamé par le candidat démocrate, le glissement du discours politique dans la forme du remix musical constitue une illustration de plus de la vitalité de la campagne d'Obama. Il témoigne aussi que le discours politique peut encore offrir un espace d'expérimentation et de renouvellement à l'expression militante.

La Lhivicsphère s'agrandit

image Après Afrique in Visu, premier blog inspiré par les nouvelles méthodes du Lhivic, créé en octobre 2006 par Jeanne Mercier et Baptiste de Ville d’Avray, deux nouveaux blogs visuels ont récemment fait leur apparition.

Paroles d'images est un outil collectif ambitieux, piloté par Rémy Besson, consacré à la thématique de l'éducation à l'image, sous Wordpress (avec des extensions sur Flickr, Dailymotion et Del.icio.us). Inauguré en partenariat avec le festival Cinéduc (Maison des enseignants de Grenoble), il se donne pour mission de rendre compte des débats et de les compléter par plusieurs interviews-vidéo (Georges Gay, Pierre Mathios, Jean-Marie Génard, Philippe Meirieu, Perrine Boutin, Batlomiej Woznica, etc.). A suivre pendant toute la durée de la manifestation (4-17 février).

iPhotocom est le carnet de recherche de Fatima Maria Aziz, étudiante en master (et commentatrice prolifique sur ARHV...) qui étudie les usages culturels de YouTube. Rédigé en anglais ou en français, selon l'humeur du moment, le site est développé sous Blogger. Fatima vient d'acquérir son premier reflex numérique: cette digital-photo native, habituée à l'écran de son téléphone portable, découvre avec surprise les rudiments de la pratique photographique, et tient note au jour le jour de ses progrès.

D'autres projets en cours de réalisation viendront bientôt se joindre à cette petite avant-garde, comme le blog de l'atelier "Etudes visuelles: Problèmes et méthodes", sous l'impulsion de Gaby David et Audrey Leblanc. De quoi imaginer la création prochaine d'un agrégateur qui permettra de suivre en temps réel le développement de la Lhivicsphère.

Le Lhivic crée son groupe sur Facebook

Note chronologique. le Lhivic vient de créer son groupe sur Facebook. Il y a aujourd'hui 10 étudiants inscrits par ailleurs membres de FB – cet état de fait permet de mettre à profit dès maintenant la plate-forme, sans attendre la mise en place de l'ENT (Environnement de travail numérique) de l'EHESS (prévu pour la rentrée 2008). Le groupe devrait pouvoir servir d'outil de signalement rapide pour tout contenu en ligne, particulièrement les vidéos ou les contenus illustrés, pour lesquels l'interface de FB est bien plus conviviale que celle de Del.icio.us. Les outils de discussion pourront également être mis à profit.

(Dans le même temps, je me rends compte du côté paradoxal du processus pour l'installation de l'ENT à l'Ecole. Mis à part les listes de diffusion, nous ne nous servons pas encore, ou à peine, d'outils informatiques collectifs dans le cadre académique. Pour mettre en place l'ENT, il faut élaborer un cahier des charges pour définir les fonctionnalités et leur interaction. Mais il est très difficile d'imaginer a priori le cadre des besoins, ce qui va vraiment être utile, ou ce qui va vraiment être utilisé. Ma pratique des outils du web 2.0 a toujours été celle de l'essai prospectif: on ouvre un compte et on regarde comment on va pouvoir s'en servir. C'est à partir de ces expériences qu'on peut se rendre compte des usages effectifs – qui dépendent souvent de détails minimes dans la présentation d'une interface. Evidemment, mes expérimentations sur Flickr, Del.icio.us ou Facebook sont regardées d'un oeil soupçonneux par l'administration, qui préfère la voie du bon vieux centralisme démocratique. Rendez-vous dans quelques années pour vérifier quelle méthode aura été la plus efficace...)

Wikio classe les blogs savants

image Créé par Pierre Chappaz en juin 2006, le moteur de recherche francophone Wikio poursuit l'amélioration de son interface, en créant ce mois-ci plusieurs nouvelles catégories de classement des blogs (divers, littérature, musique, science...). Dans la catégorie "sciences", Actualités de la recherche en histoire visuelle, 116e au classement général, remonte à la deuxième place, derrière Affordance.info, d'Olivier Ertzscheid – à qui j'ai essayé sans succès de ravir la tête du classement en rédigeant un billet qui associait Carla Bruni, Laure Manaudou et Simone de Beauvoir. Peine perdue! Olivier suit son sillon grâce à Wikipédia, ce qui lui vaut une interview dans Libération, Ecrans et Politis. J'espère bien que cette mise en valeur du contenu d'ARHV me permettra moi aussi de côtoyer bientôt le monde doré de la grande presse, voire d'accéder à Elkabbach ou Morandini.

La suite du classement distingue Bibliobsession 2.0, Langue sauce piquante, Urfirstinfo, Tour de toile du BBF, Bruit et chuchotements, Figoblog ou Baptiste Coulmont. Soit une prédominance marquée des sciences de l'information et des bibliothèques dans le haut du palmarès.

Lire également chez Ouinon.

Le retour du Vidéomètre

image Pour la dernière ligne droite des municipales, le Vidéomètre et sa vidéocarte sont de retour. Rémi Douine a affiné ses équations, qui permettent désormais une comparaison globale des audiences corrigées des vidéos par rapport au nombre d'habitants. A la différence du vidéomètre des présidentielles, caractérisé par une production très différenciée, l'outil capte en premier lieu la propagande pure et dure. Ce qui n'est pas forcément sans intérêt. Le côté brut de décoffrage, qui nous est habituellement épargné par le filtre des grands médias, dévoile de façon parfois cruelle des vrais bouts de réel. Malgré tous ses efforts, on se rend bien compte que David Martinon (non non), porte-parole de l'Elysée et promis à la mairie de Neuilly, aura du mal à s'imposer (302 vues sur Dailymotion aujourd'hui à 9h45). Il est si mignon, si gentil, si propre sur lui, si mélancolique qu'on se demande bien ce qu'il est venu faire dans cette galère (et accessoirement pourquoi Sarkozy a jeté son dévolu sur un successeur aussi inodore, à l'opposé du style Aldo Maccione qui a fait son succès).

Mais le vidéomètre ne se borne pas à la propagande officielle et a déjà pris dans ses filets quelques exemples de nouvelles formes d'expression politique. En haut du classement, on trouve ainsi la vidéo "Intoxaeschlimann", où Julien Richard, membre de la liste d'opposition socialiste à Asnières, nous convie à un décryptage des clips de campagne du maire sortant, Manuel Aeschlimann. La forme est rudimentaire, ça manque un peu de rythme, mais on comprend bien que l'ambiance locale est à la castagne! Monnaie courante dans les campagnes présidentielles américaines, le principe du contre-débat public fait ses premières armes au sein des municipales françaises. Grâce au vidéomètre, on pourra vérifier ses progrès pendant la campagne.

Réf.: www.videometre.org