Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Bourdieu et la retouche

image Regardons-nous les images? Ou ne sont-elles qu'un écran sur lequel nous projetons ce que nous attendons de voir? Soit un livre majeur sur la photographie, Un art moyen, publié en 1965 aux éditions de Minuit et constamment réédité depuis, synthèse d'une magistrale enquête menée par Pierre Bourdieu sur les usages sociaux du médium. Ce volume comprend deux cahiers iconographiques de 4 pages chacun, insérés entre les pages 112-113 et 208-209. En commentant récemment ce travail avec des étudiants, je m'aperçois qu'ils ne repèrent pas du tout une caractéristique pourtant évidente pour un oeil exercé: la plupart des photographies d'amateur ont été lourdement retouchées.

L'iconographie d'Un Art moyen a été très mal réalisée (voir reproduction sur Flickr). En lisant le texte, qui comporte nombre d'appels de figure sans illustrations correspondantes, on devine que la documentation préparée par Bourdieu était bien plus large et soigneusement préparée. A l'arrivée, seule une page sur les 8 comprend de brèves légendes. Les renvois dans le texte étant fautifs et le choix retenu visiblement incomplet, il est très difficile de retrouver les passages correspondants aux illustrations. Faute d'une articulation précise entre les articles et les images, les cahiers iconographiques deviennent une sorte d'élément décoratif, à l'utilisation aléatoire. C'est probablement pour cette raison qu'ils n'ont jamais fait l'objet d'un examen soutenu.

Il y a deux groupes distincts d'illustrations: un premier sous-ensemble de 6 photographies d'amateur (dont la table des illustrations, en fin de volume, nous indique qu'il s'agit de «la collection de photographies de J... B...», analysées par Bourdieu), puis un autre de 8 photographies d'auteur. Dans le premier groupe, presque toutes les images ont été reprises ou redessinées sur positif à l'encre et à la gouache, de façon relativement grossière (photographies n° 2, 3, 4, 5, 6). Comme il est peu probable que cette retouche (typique de l'illustration de presse, malgré une qualité de réalisation sommaire) soit due à l'auteur des images, il faut plus vraisemblablement l'attribuer à l'éditeur ou au photograveur.

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Adieu, Monde cruel

image Ce que deux mois et demi de mobilisation universitaire n'ont pas réussi à produire, la circulation d'une "Charte de bonne conduite" contre le journal Le Monde l'a obtenu: attirer à nouveau l'attention des médias sur le mouvement des enseignants-chercheurs. Après son démarrage, début février, la curiosité des rédactions était vite retombée. Les affaires universitaires, c'est bien connu, ennuient les lecteurs. Au coeur des revendications, l'obscurité des discussions autour d'un projet de décret sur le statut des profs était décourageante. Faute de comprendre les tenants et les aboutissants du débat, les journalistes disposaient d'une échelle indicative: la comparaison avec les manifestations contre le CPE. Mesurée avec ce thermomètre, la mobilisation sans précédent des enseignants-chercheurs (et beaucoup moins des étudiants, qui représentaient en 2006 le gros des troupes) risquait fort de paraître diminuée. Ajoutons à ces caractères une longévité inhabituelle, et l'on admettra que toutes les conditions étaient réunies pour que l'image du mouvement s'amenuise sur les écrans radars de l'actualité.

L'appel au boycott du journal Le Monde n'est pas pour autant un simple prurit de militants déçus de ne pas figurer à la une. Participer à une mobilisation aussi ample que celle du mouvement universitaire, c'est se retrouver au coeur d'un flot d'informations. Occupé matin et soir à réunir, interpréter et rediffuser les diverses données qui en forment la trame, chaque acteur devient un spécialiste de l'événement. Cette situation particulière modifie la relation traditionnelle aux médias. Au lieu d'être considéré comme la source de l'information, un organe de presse est lu comme un relais dont on peut précisément mesurer les manques, les raccourcis ou les parti-pris.

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Tourner avec la Ronde des obstinés

Je participerai demain soir à la Ronde infinie des obstinés, qui tourne depuis 14 jours sans interruption sur le parvis de l'Hôtel de Ville, en signe de protestation contre les réformes de l'enseignement supérieur. Rendez-vous à tous ceux qui souhaitent discuter recherche, politique et histoire visuelle (20h-24h, album).

Réf. http://rondeinfinie.canalblog.com

Lettre aux membres du comité de visite de l'AERES

image A Mesdames et Messieurs les évaluateurs de l’AERES, membres du comité en charge de l’évaluation de l’EHESS

Mesdames, Messieurs, chers Collègues,

Une visite d’évaluation de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales est prévue les 27-30 avril 2009. Nous souhaitons vous faire savoir par cette lettre que nous ne considérons pas cette procédure comme légitime, que nous ne croyons pas en son utilité, et que nous pensons que les règles explicites ou implicites de sa réalisation entrent en contradiction avec l’éthique scientifique qui préside à nos travaux. La spécificité de notre Ecole ne peut en outre qu’être dissoute par des critères standardisés qui privilégient en réalité les démarches les plus conformistes.

Beaucoup d’entre nous ont déjà assisté, dans leurs centres, à des visites de comités d’experts de l’AERES. Dans la très grande majorité des cas, l’impression dominante a été celle d’une grande pauvreté des échanges intellectuels. À leur place a été développé un discours platement managérial, informé et structuré par une grille pré-établie supposée s’adapter à toutes les situations, toutes les institutions et toutes les recherches.

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Qu'est-ce qui buzze chez les enseignants-chercheurs?

image Dix jours après sa mise en ligne, l'intérêt suscité par la vidéo "Du processus de Bologne à la L.R.U, une catastrophe annoncée" ne se dément pas. Avec plus de 12.000 vues, elle talonne le clip "Nanterre en tables", lui aussi mis en ligne le 26 mars, en tête des vidéos issues du mouvement des enseignants-chercheurs avec 14.000 vues. Apparemment modestes, si on les compare aux audiences des hits de Youtube ou Dailymotion, ces scores sont à rapporter à la pratique encore embryonnaire des outils du web 2.0 par la communauté universitaire française. Si l'on considère qu'il s'applique, non à un clip musical de quelques minutes, mais à une très sérieuse conférence de plus d'une heure, ce chiffre est tout à fait remarquable.

Filmée le 23 mars, la passionnante communication de Geneviève Azam à l'université de Toulouse-Le Mirail pose de la façon la plus claire l'antagonisme entre la rationalité néolibérale et l'héritage émancipateur issu des Lumières. Cet antagonisme est bien la clé pour comprendre la vigueur et la durée du mouvement universitaire, fondé, non sur une grogne passagère ou sur de simples revendications corporatistes, mais sur une perception rationnelle des limites de l'application du dogme du marché aux domaines du service public, de l'éducation ou de la recherche. Ce sont les échecs du modèle concurrentiel, mais aussi la fuite en avant forcenée de ses partisans, incapables de produire une analyse ou une critique de ses dysfonctionnements, qui permettent de décrire cette position comme une croyance ou, comme l'explique Geneviève Azam, «un nouvel obscurantisme».

L'économiste dévoile l'ampleur du projet mis en place avec les processus de Bologne et de Lisbonne, qui font de l'éducation un «investissement stratégique». Théorisée par un puissant lobby patronal dès 1991, la "formation tout au long de la vie", préconisée par de nombreux partis politiques, n'a rien d'un programme philanthropique, mais est au contraire définie comme le socle d'une nouvelle industrie, conditionnée par la libéralisation des services que promeut l'Union européenne.

Sarkozy, ou la malédiction du Tourist Guy

image Ce n'est plus un président de la République, c'est Polichinelle. Je l'avais dit dès novembre (au moment où le JDD saluait encore "le maître de monde"), l'arrivée d'Obama ôte à peu près tout espace à Nicolas Sarkozy sur la scène internationale. Ce qui le met évidemment dans tous ses états. Avant-hier, le voilà obligé de menacer de claquer la porte du G20 pour qu'on s'aperçoive de sa présence. Aujourd'hui, à Strasbourg, il faisait pitié à force de vouloir être sur la photo – rappelant la blague du type à côté du pape. Plus difficile à dire qu'à faire. Même les journalistes ne marchent plus dans la combine. Et à côté d'Obama, peine perdue, ses sourires sont autant de grimaces.

Notre président fait tout à l'envers. Comme une lavandière, il croit que ce qui compte, c'est d'être à la une. Mais pour un personnage politique, figurer en couverture résulte de l'action qu'on mène ou de l'image dont on dispose. Quand plus personne ne vous fait crédit, apparaître sur la photo suscite plutôt la gêne ou le sarcasme. Désormais, le destin médiatique de Nicolas Sarkozy sera celui du Tourist Guy. Comme ce faux touriste associé à l'image du 11 septembre, un personnage dont l'image est plaquée sur l'événement, en dépit de toute incidence réelle sur son déroulement.

La loi Hadopi votée à la sauvette par 16 députés

On peine à en croire la démocratie dans laquelle on prétend vivre et écrire. Après 41 heures et 40 minutes d'une discussion passionnée sur le texte, il ne restait qu'une poignée de courageux députés autour de 22H45 jeudi soir lorsque l'Assemblée Nationale a décidé, sur instruction du secrétaire d'Etat Roger Karoutchi, de passer immédiatement au vote de la loi Création et Internet, qui n'était pas attendu avant la semaine prochaine. Un fait exceptionnel, qui permet de masquer le nombre important de députés UMP qui se seraient abstenus si le vote s'était fait, comme le veut la tradition, après les questions au gouvernment mardi soir. Ainsi l'a voulu Nicolas Sarkozy.

Par Numerama, 03/04/2009.
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Danièle Hervieu-Léger démissionne du comité de la recherche et de l'innovation

image Nommée en octobre 2008 présidente du "Comité de pilotage pour une stratégie nationale de la recherche et de l'innovation", Danièle Hervieu-Léger avait dû subir en direct la désastreuse intervention de Nicolas Sarkozy du 22 janvier. Celle qui était alors présidente de l'EHESS avait qualifié ce discours de «brutal et chargé de mépris». Pourtant, malgré l'interrogation de nombreux collègues, elle avait choisi de ne pas quitter le comité de pilotage, ne souhaitant pas mettre Valérie Pécresse en difficulté.

Avec la fin de son mandat à la direction de l'Ecole et l'élection de son successeur, François Weil, le 7 mars dernier, Danièle Hervieu-Léger a retrouvé sa liberté de chercheuse. Prenant acte de l'échec de la mission du comité, dont les travaux sont interrompus, elle a présenté sa démission de ses fonctions à la tête de cette instance. Un geste qui met fin à la fiction d'une définition d'une "stratégie nationale de la recherche et de l'innovation" par un gouvernement visiblement incapable d'en apprécier les enjeux.

Le long terme, le court terme et la bonne foi…

Réponse à mes contradicteurs sur la question du protectionnisme.

Comme il fallait s’y attendre, la crise a – enfin – permis au débat sur le protectionnisme de s’ouvrir. Ayant défendu, avec d’autres comme J-L Gréau, E. Todd et H. El-Karoui, la thèse du protectionnisme, mais l’ayant fait aussi au titre d’universitaire, il est logique que mes positions suscitent la critique.

Un véritable débat devrait avoir pour but de définir soigneusement les arguments utilisés par les uns et les autres pour en tester la pertinence et dégager, progressivement, ce qui peut être retenu de ce qui doit être abandonné. Mais, un véritable débat doit éviter la caricature et l’usage d’arguments de mauvaise foi. Dans le cas du protectionnisme, ce n’est – hélas – pas toujours le cas car ce thème semble toucher à des domaines qui ressortent de l’émotif, voire de l’inconscient.

Ces critiques se concentrent sur mon article récent dans Le Monde Diplomatique. En réalité ce texte vient à la suite de publications nombreuses sur ce sujet, dont la première fut l’ouvrage La Fin de l’Eurolibéralisme (2006). Si l’on veut critiquer de manière sérieuse et honnête mes positions, le matériau ne manque pas. Il devrait permettre à mes lecteurs critiques de se faire une opinion assez juste de ce que j’ai dit, et n’ai pas dit, sur la question du protectionnisme. Force cependant m’est de constater qu’ils ont eu, hélas, la mémoire courte et la lecture sélective.

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Parution de "Traditions et temporalités des images"

Les éditions de l'EHESS annoncent la parution de Traditions et temporalités des images, sous la direction de Giovanni Careri, François Lissarrague, Jean-Claude Schmitt et Carlo Severi, 265 p., 120 ill. coul., 45 €.

Derrière les traces du temps qu’elles reflètent, que nous racontent les images? L’enjeu est-il notre propre mémoire? Avec pour point de départ ces questions, historiens, anthropologues et historiens de l’art analysent plus de vingt-cinq siècles de productions artistiques d’Europe, d’Afrique, d’Asie et d’Amérique. La multiplicité des temps n’a d’égale que la faculté infinie de chaque image de les mettre en consonance. Les images sont le reflet de leur époque, de la vie de leur créateur; elles témoignent de traditions techniques, iconiques, mettent en scène des civilisations lointaines, évoquent passé, présent, futur. Si l’axe historique est privilégié, des rapprochements moins convenus sont faits entre chaque séquence de ce collectif: le temps de la production des images, l’image comme trace mémorielle, la mise en scène de la complexité des temps, la fin des temps comme horizon de la figuration (eschatologie, utopie), le métissage culturel et des conceptions du temps, les reformulations techniques et idéologiques de l’image contemporaine. L’approche, riche et variée, fait (re)découvrir des chefs-d’œuvre de l’art aussi bien que des joyaux méconnus. Les cent vingt planches en couleurs magnifient ces analyses originales.

Avec les contributions de: Georges Didi-Huberman, François Lissarrague, Dominique Donadieu-Rigaut, Eric Michaud, Carlo Severi, Alessandra Russo, Karim Ressouni-Demigneux, Claude Frontisi, André Gunthert, Jérôme Baschet, Giovanni Careri, Jean-Claude Schmitt, Tania Kambourova, Victor I. Stoïchita.

Photographie et temporalité. Histoire culturelle du temps de pose

image Un bourgeois immobilisé sur un boulevard, le temps du cirage de ses bottes: on a longtemps considéré ce personnage comme la première figure humaine enregistrée par la photographie[1] (voir ci-contre). Si d’autres documents ont depuis modifié cette interprétation[2], l’essai de Daguerre n’en a pas pour autant perdu sa valeur de symbole: seul au sein d’une foule dont la plaque n’a pas gardé trace, l’inconnu du boulevard du Temple incarne les limites des premiers procédés photographiques, impuissants à fixer un mouvement quelconque – autrement dit, incapables de produire une image fidèle d’un monde en action[3].

Parmi les nombreuses difficultés que soulevait la mise au point de la photographie, le paramètre de la durée d’enregistrement occupe une place de premier plan. Avant même de s’assurer de la possibilité matérielle de l’inscription d’une empreinte due à la lumière dans la chambre noire, plusieurs expérimentateurs avaient abandonné leurs travaux, faute de constater une altération du support dans un délai raisonnable[4]. Principal obstacle à l’invention même de la photographie, le temps de pose demeure pendant de longues années au centre des préoccupations des pionniers. Pour une raison simple: dans un monde soumis à l’écoulement du temps, la vitesse de prise de vue apparaît comme un critère essentiel du réalisme de la représentation. Bien avant l’enregistrement de l’animation urbaine, d’un mouvement rapide ou simplement d’un visage, le problème commence avec les sujets les plus simples et les moins animés. Nécessitant plus d’une douzaine d’heures pour impressionner une plaque d’étain, l’héliographie de Niépce est impuissante à reproduire l’aspect d’un bâtiment en éclairage naturel[5]. La première remarque de Daguerre, lorsqu’il aperçoit une épreuve à la chambre exécutée par le chercheur bourguignon, est pour critiquer l’absence d’ombres portées, effacées par l’inscription continue de la lumière solaire au cours de l’enregistrement[6].

Dans les arts graphiques, la figuration de l’état du sujet n’avait aucun lien avec le laps de temps nécessaire au travail de la mimésis. "Le peintre n’a qu’un instant[7]", déclarait certes Le Brun, mais cet instant était l’instant de l’image, fruit d’une reconstruction intellectuelle et de la virtuosité de l’artiste, en tout état de cause indépendant des conditions de l’exécution de l’œuvre : que la pose du modèle ait duré plusieurs heures ou plusieurs jours n’empêchait pas de le représenter dans le cadre d’une action brève. La photographie impose de coordonner ces deux temporalités jusqu’alors distinctes: celle de la réalisation technique de l’enregistrement et celle du sujet à reproduire. Pour la première fois, le temps du figuré devient nécessairement le temps de l’image. Pour la première fois, la vitesse devient un opérateur de vérité.

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La crise ne me fait pas rire

Ces derniers temps, j'ai été sollicité par divers journalistes pour "réagir" sur «l'humour face à la crise sur internet» (Le Figaro Magazine, RFI) ou encore «le divertissement en temps de crise» (TF1, Europe 1). Pour ce dernier thème, on peut retracer précisément son origine: il s'agit d'une interview d'Emmanuel Ethis par Lena Lutaud dans Le Figaro du 2 mars ("Le cinéma dopé par la crise"). Christian Delage ne me parle plus depuis que j'ai tenté de lui refiler le bébé.

Sur un sujet qui n'en est pas un (vous connaissez beaucoup de gens que la crise fait se gondoler?), le recours à l'universitaire est un réflexe qui trahit la besace vide. Mais la répétition de cette question indique aussi que, dans certaines rédactions, il existe une pression pour dessiner des moustaches sur le visage d'une actualité désespérément grisâtre. Il me paraît donc pratique d'envisager ici une réponse groupée: non, la crise ne me fait pas rire, et j'ai beau chercher sur internet, j'ai du mal à trouver le clip qui buzze d'enfer et fait se taper sur les cuisses à propos de la montée du chômage, de l'angoisse et de la pauvreté.

Pour un journaliste de passage, il me semble que le vrai sujet serait plutôt: quels sont les organes où l'on pense que la crise, mieux vaut en rire? Qu'est-ce qui suggère que cette réaction caractérise une certaine sensibilité politique? S'agit-t-il d'une indication venue d'en haut, ou bien les professionnels ont-ils d'eux-mêmes le réflexe de recourir aux chatouilles? Quelles conclusions peut-on en tirer sur l'état réel du journalisme? D'accord, c'est un peu moins rigolo, mais je suis certain que, même à Slate.fr, un angle pareil, c'est le buzz assuré.

Le scénario est-allemand

image Face à un mouvement social d'une ampleur inédite depuis 1968, le gouvernement a montré hier l'étendue de son désarroi. Foin de manipulations médiatiques, de réponses dilatoires, de stratégies de contournement. Sarkozy en Belgique, Pécresse aux abonnés absents, restait Fillon pour assurer le service minimum, façon Madame la marquise. En d'autres termes, nos édiles n'ont plus de solution politique – et à peine un réflexe politicien. En l'absence de porte de sortie, rester droit dans ses bottes face à la gauche, aux fonctionnaires et aux intellos offre au moins l'assurance de conserver les voix des bataillons poujado-réac, coeur de cible de l'électorat UMP.

Comment réagir devant l'aveu de cette impuissance? Il peut être utile de rappeler le processus qui a mis fin, sans la moindre violence, à la dictature est-allemande. En 1989, le retrait d'Afghanistan de l'URSS, puis l'évolution politique de la Hongrie et de la Pologne produisent un changement de contexte géopolitique. En septembre commencent les "manifestations du lundi": chaque semaine, dans toutes les grandes villes de RDA, les rassemblements populaires enflent inexorablement. En quelques mois, sous le regard des observateurs incrédules, le mur puis le pouvoir tombent comme un fruit blet.

Vingt ans après, la crise financière produit un autre changement de contexte idéologique, tout aussi brutal. Les fondements de la rationalité politique, modèle OCDE, se dispersent comme sable sous les pieds des dirigeants. Les manifestations grossissent, les slogans s'amplifient, la mobilisation se renforce. Le scénario qui attend un pouvoir autiste est déjà écrit. Nul besoin de radicalisation. Il suffit de retourner dans la rue.

"Tous journalistes?" Les attentats de Londres ou l'intrusion des amateurs

image Engagée à partir des années 1990, la transition vers l'image numérique s'effectuait à bas bruit dans le monde de la presse et de l'édition. L'arrivée des logiciels de traitement d'image, la diffusion du scanner puis des matériels de prise de vue numérique, l'ouverture de sites ou de portails en ligne semblaient se succéder sans bouleverser les métiers du journalisme – et sans aucun changement perceptible du point de vue du lecteur.

C'est à l'été 2005 que se manifeste brutalement la prise de conscience des mutations en cours. Dans son numéro des 20 et 21 août, surplombant l'image d'une foule occupée à photographier un concert de la chanteuse Beyoncé, le quotidien Libération affiche à la une un titre emblématique: «Tous journalistes?» On retrouve en pages intérieures ce même balancement d'un jugement global, énoncé par Cyril Fiévet, spécialiste des blogs (qui estime qu'il y va de «la perte du monopole des journalistes sur l'information»), répondant à un constat iconographique: «De plus en plus d'anonymes utilisent leurs téléphones équipés d'appareils photo et de caméras pour témoigner de l'actualité.»

Annoncé l'année précédente par un ouvrage à succès de Dan Gillmor, We The Media, l'essor du «journalisme citoyen» («citizen journalism») parmi les nouvelles pratiques du web n'avait pas suscité de réactions alarmées[1]. Mais l'essai se bornait à décrire les nouveaux usages rédactionnels expérimentés par les blogueurs ou les portails d'information, sans évoquer la question des images.

Or, c'est bien cette abondance nouvelle de photographies numériques qui apparaît comme une menace: «Tout le monde devient producteur d'images, tout le monde peut faire connaître sa vision de la réalité, commente Patrick Sabatier dans Libération. L'information, denrée jadis rare, donc chère, dont les médias avaient le monopole, se banalise, se démocratise, se privatise. Les journalistes se demandent si les prophètes de malheur qui prédisent la fin des médias n'auraient pas raison[2]

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Pourquoi nous occupons l'AERES

image Communiqué du collectif occupant l'AERES, ce matin 18 mars.

«Les établissements doivent s’engager à mettre en place des procédures pour améliorer la qualité de leurs formations, de leurs diplômes et de leur recherche. C’est une culture du management de la qualité qu’il convient d’instaurer. La stratégie, la politique et les procédures visant à l’amélioration continue de la qualité doivent avoir un statut officiel au sein des établissements et des organismes. Plus autonome, chaque université doit prendre en main sa politique et les moyens de sa mise en œuvre, et, d’une logique de moyens, elle doit passer à une logique de résultats. Chacune doit pouvoir mesurer sa performance, assurer et manager la qualité de sa recherche et de son offre de formation et les situer au plan international.» Editorial de Jean-François Dhainaut, président de l’AERES.

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