Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Remixer le politique

image Un mois après l'émouvant discours "Yes We Can" prononcé par le candidat démocrate Barack Obama à Nashua, ce slogan continue à retentir sur internet. Dès le lendemain de sa victoire aux primaires de New Hampshire, le 9 janvier, ses partisans mettaient en ligne la vidéo du discours sur YouTube. Vu entretemps plus de 340.000 fois, cette séquence de 13:09 min mêle de longs extraits du discours, entrecoupé de scènes des supporteurs accourus en foule. La particularité de ce discours ne repose pas seulement sur le ton répétitif et cadencé, parfois quasi slammé, d'Obama, mais aussi sur les réponses de son public, qui scande en rythme son nom ou les slogans. La musicalité particulière de cette vidéo, qui n'est pas sans rappeler le célèbre discours de Martin Luther King, a inspiré le chanteur Will.i.am.

Comment réalise-t-on un remix d'un discours politique viral? La version "Yes We Can-Barack Obama Music Video" par Will.i.am est une compilation en noir et blanc de 4:30 min avec 17 artistes, chanteurs et acteurs. Sur un écran divisé en bandes verticales, les interventions chantées sont disposées en vis-à-vis du rappel des séquences de la vidéo initiale, reprenant ou répondant à la voix d'Obama. Les vivats de la foule, les applaudissements et la phrase répétée "Yes We Can" forment des ingrédients rythmiques du remix. Mis en ligne le 2 février sur plusieurs sites, dont YouTube, le clip a déjà été vu plusieurs millions de fois en une semaine.

Pourtant, le clip de Will.i.am n'est pas la première reprise du discours d'Obama. "Fired up, Ready to go!", une des phrases du candidat démocrate, avait également inspiré une autre adaptation musicale - également diffusée sur YouTube depuis le 27 janvier 2008. Mais ce clip ne reprend que quelques phrases isolées du discours, et n'intègre pas les éléments caractéristiques puissants issus du contexte de la vidéo originale. Avec une centaine de milliers de vues, cette version rock-choral du groupe Bergevin Brothers semble avoir rencontré moins de succès.

La comparaison des deux clips montre l'originalité de celui composé par le chanteur de Black Eyed Peas. Musicalement plus sobre, avec un simple accompagnement à la guitare sèche, il fait reposer l'essentiel de sa composition sur le remix et l'image d'Obama. Le clip se clôt sur le mot "HOPE", qui se transforme en "VOTE", avec un appel générique à la mobilisation électorale repris en commentaire.

En écho au changement réclamé par le candidat démocrate, le glissement du discours politique dans la forme du remix musical constitue une illustration de plus de la vitalité de la campagne d'Obama. Il témoigne aussi que le discours politique peut encore offrir un espace d'expérimentation et de renouvellement à l'expression militante.

Obama, un candidat "Africain-Américain"?

Je me trouvais aux États-Unis au début de l’année 2007 quand Barack Obama annonça officiellement à Springfield (Illinois), par une belle et froide journée d’hiver, son entrée dans la course à l’élection présidentielle. C’était le 10 février, et son allocution était retransmise en direct sur CNN. Tout en proclamant la nécessité d’un changement dans la vie politique américaine, le jeune candidat démocrate se plaçait dans la continuité de l’histoire américaine, celle des grandes figures de rassembleurs de la nation comme Abraham Lincoln: In the shadow of the Old State Capitol, where Lincoln once called on a divided house to stand together, where common hopes and common dreams still, I stand before you today to announce my candidacy for President of the United States.

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L'anti-sarkozysme est un humanisme

Impression curieuse, dont j'ai pris conscience récemment. Confronté à des cercles inconnus, à l'occasion d'interventions ou de rencontres, cela fait plusieurs fois que j'observe que la petite blague anti-sarkozyste, jetée comme ça au débotté, fonctionne de plus en plus comme un clin d'oeil, un signe de connivence, un salut amical pour détendre l'atmosphère. Sans danger. Sans portée politicienne. Comme un pur message phatique pour établir la communication, attirer la sympathie.

D'accord, les mondes que je côtoie ne sont pas d'une grande diversité sociologique – profs, théâtreux, journalistes, producteurs culturels... Mais je ne me souviens pas d'avoir jamais joué du personnage de Chirac de la même manière. Et ce qui me frappe, c'est le degré élevé de certitude – de plus en plus élevé au fur et à mesure de la propagation constatée du phénomène – avec lequel je manipule ce type d'allusion, en principe toujours risquée avec des inconnus, dans des occasions tout ce qu'il y a de sérieux. Au fond, même un billet comme celui-ci m'aurait paru tout à fait inconvenant il y a encore un an, en raison de la neutralité qu'exigent mes fonctions professorales.

Mais voilà, je n'ai pas exactement l'impression de trahir cette neutralité quand il est question de Sarkozy. Huit mois après son accession au pouvoir, le sentiment est plutôt que celui-ci a cessé d'être un personnage politique comme un autre, au sens d'un représentant d'une tendance estampillée, dont la préférence relève du registre des convictions privées. Plutôt une sorte de figure ou d'emblème, un joker que chaque prise de parole, chaque acte public, enferment chaque jour un peu plus dans sa propre caricature.

Le soupçon: l'anti-sarkozysme a cessé d'être une position relative sur l'échiquier des tendances, mais est progressivement devenu la marque d'une disposition plus générale, d'ordre culturel et social, quasi indépendante de l'opinion politique personnelle. En un mot: l'anti-sarkozysme est un humanisme. C'est peu dire que j'en suis tout surpris.

Illustration: Remise de l'ordre du mérite à Maud Fontenoy par Nicolas Sarkozy (J-P. Pelissier/Reuters): première réponse à la requête "Sarkozy" sur Google images, ce matin 8 février (source: bozarblog).

La Lhivicsphère s'agrandit

image Après Afrique in Visu, premier blog inspiré par les nouvelles méthodes du Lhivic, créé en octobre 2006 par Jeanne Mercier et Baptiste de Ville d’Avray, deux nouveaux blogs visuels ont récemment fait leur apparition.

Paroles d'images est un outil collectif ambitieux, piloté par Rémy Besson, consacré à la thématique de l'éducation à l'image, sous Wordpress (avec des extensions sur Flickr, Dailymotion et Del.icio.us). Inauguré en partenariat avec le festival Cinéduc (Maison des enseignants de Grenoble), il se donne pour mission de rendre compte des débats et de les compléter par plusieurs interviews-vidéo (Georges Gay, Pierre Mathios, Jean-Marie Génard, Philippe Meirieu, Perrine Boutin, Batlomiej Woznica, etc.). A suivre pendant toute la durée de la manifestation (4-17 février).

iPhotocom est le carnet de recherche de Fatima Maria Aziz, étudiante en master (et commentatrice prolifique sur ARHV...) qui étudie les usages culturels de YouTube. Rédigé en anglais ou en français, selon l'humeur du moment, le site est développé sous Blogger. Fatima vient d'acquérir son premier reflex numérique: cette digital-photo native, habituée à l'écran de son téléphone portable, découvre avec surprise les rudiments de la pratique photographique, et tient note au jour le jour de ses progrès.

D'autres projets en cours de réalisation viendront bientôt se joindre à cette petite avant-garde, comme le blog de l'atelier "Etudes visuelles: Problèmes et méthodes", sous l'impulsion de Gaby David et Audrey Leblanc. De quoi imaginer la création prochaine d'un agrégateur qui permettra de suivre en temps réel le développement de la Lhivicsphère.

Le complexe de Gradiva. Théorie de la photographie, deuil et résurrection

Article republié à l'occasion du commentaire de la "Petite histoire de la photographie" (1931) de Walter Benjamin, dans le cadre du séminaire "Théorie des images" (CEHTA/INHA).


Dans Gradiva, nouvelle de Wilhelm Jensen rendue célèbre par son commentaire freudien[1], un archéologue tombe amoureux d'une jeune fille représentée sur un antique bas-relief[2]. «Il tisse autour d'elle ses fantaisies, il lui imagine un nom (Gradiva) et une origine, il transporte cet être qu'il a créé dans la ville de Pompéi, ensevelie voici plus de 1800 ans[3].» Il se rend sur les lieux et, au cours d'une rêverie diurne, «tandis qu'il anime ainsi le passé par son imagination, il voit soudain, sans pouvoir en douter, la Gradiva de son bas-relief sortir d'une maison et, d'un pas léger, gagner (...) l'autre côté de la rue[4].» On apprendra par la suite que la jeune fille aperçue par l'archéologue est une amie d'enfance - à qui son sentiment amoureux s'adressait en réalité, via le détour de cette construction fantasmatique complexe.

À l'exemple de Roland Barthes[5], oublions un instant cette fin et la leçon qu'en tire Freud, pour ne conserver que l'épure du délire de reviviscence que propose le conte de Jensen. Celui-ci se présente comme une variation sur le très ancien motif qui, de Pygmalion au Portrait de Dorian Gray, prête vie à la représentation - mais avec cette particularité que la dimension historique y remplit une fonction éminente. Là où le mythe grec voyait la déesse Vénus animer une statue d'ivoire, création ex nihilo du sculpteur[6], Gradiva installe une distance de plusieurs siècles entre le désir et son objet: une personne qui a vécu autrefois, et qui n'existe plus. «Docteur en archéologie et professeur d'université[7]», le héros exerce non seulement une profession qui le place dans un rapport privilégié avec ce passé, mais il occupe la fonction par excellence de qui ressuscite les mondes disparus. En d'autres termes, il n'est pas celui qui, à l'instar de l'artiste, donne vie (par les moyens de l'art) à la matière inerte, mais celui qui, comme l'historien, a pour mission de faire revivre (par les moyens de la science) une personne ou un univers dont on suppose qu'ils ont réellement existé. Ce léger déplacement de la structure du mythe - qui place à côté de la vie son symétrique manquant: la mort - fait tout l'intérêt de la Gradiva de Jensen, et permet de l'utiliser comme modèle pour analyser l'un des procédés récurrents des théories de la photographie: la figure de résurrection.

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Compte-rendu du cycle "Africamania" à la Cinémathèque française (1)

image La Cinémathèque française propose actuellement un cycle intitulé "Africamania, 50 ans de cinéma africain" (17 janvier-17 mars 2008). L’intérêt du volet programmation de ce cycle, réside à la fois dans la présentation d’une rétrospective autour des filmographies de réalisateurs comme Ousmane Sembene, Idrissa Ouedraougo, Souleymane Cissé, etc., mais aussi dans l’organisation de projections en avant-première de films encore en quête de réseaux de diffusion (comme le premier long-métrage de Cheick Fantamady Camara, Il va pleuvoir sur Conakry, 2007). En plus de ces actes réels de soutien à la production cinématographique africaine, il y a dans le discours de la Cinémathèque et dans sa traduction pratique une volonté affirmée de diversifier les activités, ainsi que les publics. En conférant ampleur et durée à cette manifestation, l’objectif serait en quelque sorte de marquer un nouveau départ, de «(re)donner une place d’honneur au cinéma africain dans le paysage culturel français».

Qu’en est-il du volet plus scientifique de ce cycle, construit autour d’un diptyque de tables-rondes consacrées à l’histoire du cinéma africain et à la création au présent? Le 26 janvier dernier, a eu lieu la première table-ronde intitulée "Histoires du cinéma africain des années 60 à nos jours", à partir de laquelle on peut déjà proposer certains constats.

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Ressources de la communication par l'image

Je sais, ce n'est pas bien de prendre sa famille comme sujet d'expérience. Mais c'est quand même pratique (de plus, pour le chercheur, il n'y a ni amis ni famille dès que la science est en jeu).

J'ai récemment convaincu ma mère de franchir le pas de la connexion haut débit. Du coup, mes enfants, qui utilisent l'ordinateur principalement pour surveiller leurs blobs ou pour de coupables recherches sur YouTube, ont eu envie de se mettre à l'e-mail pour écrire à mamie. Après un premier essai réussi, la deuxième tentative s'avère plus élaborée. Quelques photos déformées sont réalisées directement avec la caméra intégrée du MacBook, par l'intermédiaire de ce formidable outil qu'est Photo Booth. Intitulé "Dernière nouvelle" (sic), l'e-mail est composé d'une sélection de trois photos, accompagnées chacune d'une légende fantaisiste, comme: "Un macaque est rentré dans la maison des C***", ou: "Un enfant se fait kidnapper!" (ci-dessus, image de droite).

Cet exemple illustre à merveille mon propos de l'autre jour sur le recours des plus jeunes (ou des moins rompus aux pratiques de l'écrit) aux images comme outil de communication. Un propos qui prend tout son relief dans le cadre du débat sur l'affaiblissement de la culture lettrée, évoqué par Jean-Michel Salaün à partir de deux rapports récents – discussion prolongée ce jour chez Virginie Clayssen.

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Actes des rencontres "Traditions et temporalités des images"

La revue en ligne Images re-vues annonce la publication de son numéro hors-série consacré aux actes de la série de rencontres "Traditions et temporalités des images" (EHESS, 2003-2005).

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La photo de mariage

image «Il n'y a pas de mariage sans photographie», écrivait Bourdieu dans Un art moyen (Minuit, 1965). Comment imaginer en effet que cet acte solennel fondateur d'une nouvelle lignée familiale ne soit accompagné, depuis la fin du XIXe siècle au moins, par son pendant iconographique? C'était compter sans la rupture sarkozienne – décidément plus concluante dans le registre personnel que sur le plan économique. Pour le dernier mariage du chef de l'Etat, on avait beau chercher: les télévisions comme les sites de presse n'offraient hier que vues des pyramides ou des grilles de l'Elysée. Les blogs, eux, s'en donnaient à coeur joie en déclinant simulacres et parodies. Mais d'image du mariage présidentiel, point.

Ce qui ne signifie pas qu'une photographie officielle n'a pas été produite, ni que celle-ci ne doive jamais être publiée (comme les rivières, les images finissent toujours par trouver le chemin). Mais en ce samedi où les médias puis la France entière découvraient le nouvel état matrimonial du président, l'absence de LA photographie était d'abord un signe politique. Un message de discrétion ostensible, profilé pour remonter la pente d'une popularité en berne, à l'approche d'échéances que les sondages promettent difficiles.

Au risque d'en faire un peu trop. A force de secret, cette union «dans la plus stricte intimité» (expression plus souvent employée pour les enterrements que pour les mariages) finissait par évoquer les cérémonies très privées des stars d'Hollywood plutôt que les réjouissances publiques du commun des mortels.

Devant ce trou noir, les médias ont administré une leçon de journalisme comme il se fait. Nul besoin de l'image qu'on attend pour illustrer un événement. En matière de bouche-trou, il y avait Gizeh et Petra, la conférence du 8 janvier, les souvenirs de Cécilia, les défilés de Carla, les couvertures des magazines, l'album des premières dames ou encore la cohorte des photographes avec leurs téléobjectifs impuissants (curieusement, nul n'a évoqué la publicité Lancia diffusée en ce moment sur les écrans français, malgré de bien belles images). Et ce qui se passe tous les jours, mais qui est moins visible – à savoir que la télévision s'alimente d'images de remplissage impertinentes et vaines – apparaissait d'un coup dans toute son évidence. Comme de coutume, le web aura sonné plus juste, en soulignant cette absence par l'ironie et la dérision.

Le Lhivic crée son groupe sur Facebook

Note chronologique. le Lhivic vient de créer son groupe sur Facebook. Il y a aujourd'hui 10 étudiants inscrits par ailleurs membres de FB – cet état de fait permet de mettre à profit dès maintenant la plate-forme, sans attendre la mise en place de l'ENT (Environnement de travail numérique) de l'EHESS (prévu pour la rentrée 2008). Le groupe devrait pouvoir servir d'outil de signalement rapide pour tout contenu en ligne, particulièrement les vidéos ou les contenus illustrés, pour lesquels l'interface de FB est bien plus conviviale que celle de Del.icio.us. Les outils de discussion pourront également être mis à profit.

(Dans le même temps, je me rends compte du côté paradoxal du processus pour l'installation de l'ENT à l'Ecole. Mis à part les listes de diffusion, nous ne nous servons pas encore, ou à peine, d'outils informatiques collectifs dans le cadre académique. Pour mettre en place l'ENT, il faut élaborer un cahier des charges pour définir les fonctionnalités et leur interaction. Mais il est très difficile d'imaginer a priori le cadre des besoins, ce qui va vraiment être utile, ou ce qui va vraiment être utilisé. Ma pratique des outils du web 2.0 a toujours été celle de l'essai prospectif: on ouvre un compte et on regarde comment on va pouvoir s'en servir. C'est à partir de ces expériences qu'on peut se rendre compte des usages effectifs – qui dépendent souvent de détails minimes dans la présentation d'une interface. Evidemment, mes expérimentations sur Flickr, Del.icio.us ou Facebook sont regardées d'un oeil soupçonneux par l'administration, qui préfère la voie du bon vieux centralisme démocratique. Rendez-vous dans quelques années pour vérifier quelle méthode aura été la plus efficace...)

Quand les séminaires sur la photo font des photos

image Comment en vient-on à faire des photos en séminaire? En études visuelles, de plus en plus d'étudiants sont munis d'appareils compacts ou de photophones, avec lesquels ils n'hésitent plus à mitrailler l'écran en plein exposé. J'abuse moi-même du procédé, car il n'y a pas meilleur carnet de notes en matière visuelle. Cela dit, obtenir des images lisibles avec la faible lumière du vidéoprojecteur tient parfois du casse-tête, c'est pourquoi je recours souvent à un reflex – plus encombrant et surtout plus bruyant – pour de meilleurs résultats. Profitant de mon statut de spécialiste, j'ignore les regards noirs qui me foudroient – il faut parfois savoir se sacrifier pour établir un usage.

Au Lhivic, cela fait maintenant un an ou deux que la présence de caméras est devenue familière. La disponibilité des outils crée de nouvelles opportunités iconographiques. Depuis quelques séances, lors de la session de rattrapage désormais rituelle, à l'atelier de recherche Aux Bons Crus, mon appareil circule de main en main. Au prétexte de tester la machine, les chercheurs se shootent les uns les autres comme des ados de retour du ski. Il est amusant de constater une amélioration progressive de cette production collective improvisée, qui suggère l'émergence d'un genre, encore en gestation: la photo créative de séminaire. Je parie un paquet de carambar que ce nouveau sport ne fait que commencer.

Post-scriptum. Encore une micro-expérience notable. Jeudi dernier, une connaissance de Facebook, qui se décrit elle-même comme "allergique à la fac", est venue assister au séminaire de son propre chef. Si j'ai bien compris, c'est parce qu'elle trouvait les photos de nos activités sur Flickr "sympathiques". Je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite, mais c'est probablement la première fois qu'on vient à mes cours sur la base d'un impetus iconographique. Etrange combinaison (blog + Facebook + Flickr), qui semble produire son effet par accumulation d'informations, jusqu'au geste réel. Moralité: continuons les photos!

Wikio classe les blogs savants

image Créé par Pierre Chappaz en juin 2006, le moteur de recherche francophone Wikio poursuit l'amélioration de son interface, en créant ce mois-ci plusieurs nouvelles catégories de classement des blogs (divers, littérature, musique, science...). Dans la catégorie "sciences", Actualités de la recherche en histoire visuelle, 116e au classement général, remonte à la deuxième place, derrière Affordance.info, d'Olivier Ertzscheid – à qui j'ai essayé sans succès de ravir la tête du classement en rédigeant un billet qui associait Carla Bruni, Laure Manaudou et Simone de Beauvoir. Peine perdue! Olivier suit son sillon grâce à Wikipédia, ce qui lui vaut une interview dans Libération, Ecrans et Politis. J'espère bien que cette mise en valeur du contenu d'ARHV me permettra moi aussi de côtoyer bientôt le monde doré de la grande presse, voire d'accéder à Elkabbach ou Morandini.

La suite du classement distingue Bibliobsession 2.0, Langue sauce piquante, Urfirstinfo, Tour de toile du BBF, Bruit et chuchotements, Figoblog ou Baptiste Coulmont. Soit une prédominance marquée des sciences de l'information et des bibliothèques dans le haut du palmarès.

Lire également chez Ouinon.

Walter Benjamin et les petits mickeys

Cours hier à l'INHA sur le célèbre article de Walter Benjamin, "L'Oeuvre d'art à l'ère de sa reproductibilité technique" (1e version, 1935). Après la remise en contexte et les premiers éléments de commentaire, je projette deux extraits de films de Charlie Chaplin et Walt Disney: deux références mobilisées par Benjamin, qui sont au coeur de sa démonstration (parties XVI-XVII).

Cela faisait longtemps que j'avais envie d'associer ces projections à l'explication de "L'Oeuvre d'art..." Je n'avais pas encore eu l'occasion de le faire, notamment parce que, si la vidéographie de Chaplin est aisément accessible, l'édition de Disney ne se présente pas du tout de la même manière. Tombé récemment sur un Mickey Mouse, les années couleur (édition collector), dans un second-hand (ce n'est évidemment pas l'EHESS qui me paye des fournitures aussi douteuses... ), j'avais cette année les outils pour proposer le doublé. Comme d'habitude, je m'y suis pris au dernier moment, et j'ai choisi à peu près au hasard les extraits ("The Immigrant", 1915, et "Mickey's Fire Brigade", 1935), sans même avoir le temps de les caler. C'est donc en direct, avec les étudiants, que j'ai vraiment pu mesurer la pertinence de cette comparaison, dans le contexte des années 1930.

«Les films burlesques américains et les films de Disney provoquent un dynamitage thérapeutique de l'inconscient», écrit Benjamin, en produisant une association qui, aujourd'hui encore, ferait hurler un Finkielkraut. Il fallait mettre côte à côte ces deux extraits pour apercevoir l'étonnante proximité stylistique de ces petits films, animés tous deux par une sorte de violence primitive et joyeuse.

Je suis bien content d'avoir pu réaliser cette micro-expérience, qui confirme et éclaire la lecture de Benjamin: «L'aspect distrayant du film a lui aussi en premier lieu un caractère tactile, en raison des changements de lieux et de plan qui assaillent le spectateur par à-coups. Le cinéma a ainsi délivré l'effet de choc physique de la gangue morale où le dadaisme l'avait en quelque sorte enfermé. Dans ses oeuvres progressistes, notamment chez Chaplin, ces deux effets de choc se confondent à un niveau inédit.»

Références

  • Walter Benjamin, "L'Oeuvre d'art à l'ère de sa reproductibilité technique" (1e version, 1935), trad. de l'allemand par Maurice de Gandillac, revue par Rainer Rochlitz et Pierre Rusch, Gallimard, coll. Folio, 2000, p. 67-113.
  • Guy Cogeval, Bruno Girveau, Pierre Lambert, Dominique Païni (dir.), Il était une fois Walt Disney. Aux sources de l'art des studios Disney (cat. exp.), RMN, 2006.

Le retour du Vidéomètre

image Pour la dernière ligne droite des municipales, le Vidéomètre et sa vidéocarte sont de retour. Rémi Douine a affiné ses équations, qui permettent désormais une comparaison globale des audiences corrigées des vidéos par rapport au nombre d'habitants. A la différence du vidéomètre des présidentielles, caractérisé par une production très différenciée, l'outil capte en premier lieu la propagande pure et dure. Ce qui n'est pas forcément sans intérêt. Le côté brut de décoffrage, qui nous est habituellement épargné par le filtre des grands médias, dévoile de façon parfois cruelle des vrais bouts de réel. Malgré tous ses efforts, on se rend bien compte que David Martinon (non non), porte-parole de l'Elysée et promis à la mairie de Neuilly, aura du mal à s'imposer (302 vues sur Dailymotion aujourd'hui à 9h45). Il est si mignon, si gentil, si propre sur lui, si mélancolique qu'on se demande bien ce qu'il est venu faire dans cette galère (et accessoirement pourquoi Sarkozy a jeté son dévolu sur un successeur aussi inodore, à l'opposé du style Aldo Maccione qui a fait son succès).

Mais le vidéomètre ne se borne pas à la propagande officielle et a déjà pris dans ses filets quelques exemples de nouvelles formes d'expression politique. En haut du classement, on trouve ainsi la vidéo "Intoxaeschlimann", où Julien Richard, membre de la liste d'opposition socialiste à Asnières, nous convie à un décryptage des clips de campagne du maire sortant, Manuel Aeschlimann. La forme est rudimentaire, ça manque un peu de rythme, mais on comprend bien que l'ambiance locale est à la castagne! Monnaie courante dans les campagnes présidentielles américaines, le principe du contre-débat public fait ses premières armes au sein des municipales françaises. Grâce au vidéomètre, on pourra vérifier ses progrès pendant la campagne.

Réf.: www.videometre.org

Derrière Simone de Beauvoir

image Le 3 janvier 2008, Le Nouvel Observateur célèbre le centenaire de la naissance de Simone de Beauvoir (1908-1986) par un dossier et lui consacre sa couverture (n° 2252). Plutôt qu'un banal portrait du Castor, la rédaction a choisi une photographie étonnante, réalisée par Art Shay en 1952 lors d'un séjour à Chicago. Saisie inopinément au sortir du bain, Beauvoir, nue, rattache ses cheveux devant son miroir, dans une pose qui semble inspirée de la peinture classique, cambrée par le port de mules hautes.

Dans les jours qui suivent cette parution, journaux, blogs et forums s'enflamment. Une première vague de réactions condamne ce choix iconographique, décrit comme un contresens et unanimement analysé comme un symptôme de la dérive commerciale du magazine. «Le nouveau Voyeur frappe au-dessous de la ceinture» dénoncent les Chiennes de garde, qui manifestent devant son siège le 11 janvier. Ciblant tout particulièrement les associations féministes, une deuxième vague répond à la première en soulignant la "bigoterie" voire l'"intégrisme" de cette interprétation. Michel Labro, directeur de la rédaction, se défend d'avoir voulu donner une image dégradée de la femme et estime au contraire que cette couverture constitue "un hommage parfait" au non-conformisme de l'écrivain.

Les dernières réactions en date tendent à ramener ce choix à un non-événément. C'est pousser le bouchon un peu loin. On peut dire ce qu'on veut de cette photographie, sauf qu'elle est banale. Rapportée à l'univers littéraire des années 1950-1960, cette image est unique en son genre. L'une des premières ripostes à la couverture met en exergue son machisme en soulignant qu'«on n’imagine pas un numéro spécial du Nouvel Obs avec en couverture les fesses de Sartre». Plus largement, il suffit de solliciter la génération des écrivains ou des intellectuels de l'après-guerre, déjà largement médiatisée, pour mesurer ce que cette image a d'exceptionnel. Des photographies privées d'Althusser en maillot de bain, à la plage, sont conservées dans les collections de l'IMEC, mais je les vois mal orner la couverture d'un magazine à l'occasion d'une célébration. Le cas le plus approchant pourrait être la vision de l'actrice Jane March jouant le personnage de Marguerite Duras jeune dans le film tiré de L'Amant (Jean-Jacques Annaud, 1992), mais il s'agit d'une évocation fictive largement postérieure.

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Pratiques des blogs en Afrique

image L’étude des blogs n’est pas ma spécialité, vous excuserez donc mon manque de vocabulaire et de connaissances sur le web 2.0. Je ne réalise pas ma thèse sur ce sujet, bien que les blogs recoupent souvent mes différentes problématiques. Mes premières recherches et d’ailleurs mes premiers pas sur les blogs remontent à peu près au début du projet que je coordonne, Afrique in visu. Avec ce blog, j’avais un réel vivier d’exploration devant moi.

Afrique in visu est une plateforme d’échanges autour du métier de photographe en Afrique. Le but de cette plateforme participative et contributive était de mettre en réseau les professionnels de l'image du continent africain. Cette interface web est avant tout un outil de communication et de diffusion pour les photographes qui permet un échange de savoir-faire autour de l'image. Initié en octobre 2006 au Mali, ce projet a connu un impact sur le continent africain dès le mois de janvier 2007. Plus de 1500 connexions, dont une majorité en Afrique, et surtout la majorité des commentaires venait des photographes locaux.

Par l’intermédiaire de ce projet, les photographes de la communauté Afrique in visu nous ont signalé les coordonnées de leur site professionnel ou de leur blog personnel. C’est à travers eux que j’en suis venue à m'interroger. Parallèlement au projet initial, j’ai commencé à observer les usages et les pratiques des téléphones mobiles autour de l’image au Mali et bien souvent, via ces recherches sur les mobiles, je retombais sur les blogs de téléchargement de musiques africaines, etc.

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Qu’est ce qu’un dispositif?

Dans la photographie publiée par Libération le 25 janvier 2008, à propos d’un événement à la banque Société Générale, considérons la disposition des personnes, du « décor », des appareils (notons que le mot appareil est préféré à dispositif par certains auteurs). Il s’agit ici de journalistes de télévision, intervenant plus ou moins en direct dans les journaux de chaînes d’information telles que i-Télé ou LCI. Le transport effectif sur le lieu (le siège de la Société Générale à la Défense est véritablement en fond, pas en incrustation) est motivé par l’effet de présence et de temps réel propre à souligner l’acuité de l’événement. Il souffle un vent froid sur ce parvis, les reporters relèvent le col de leur manteau, mettent des gants.

Par Jean-Louis Boissier, Arts des nouveaux médias, 25/01/2008.
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Traces d'un exposé sur le web

image L'avantage de causer devant des blogueurs (le 18 janvier dernier, dans le cadre de la rencontre "Ecrire avec internet: paradoxes, mutations, vertiges", avec François Bon et Hubert Guillaud), c'est qu'on n'a même plus besoin de rédiger de compte rendu. Il suffit d'une promenade sur le web pour reconstituer peu ou prou l'essentiel du propos.

C’est bien, aussi, ce détour, qu’un homme de l’image nous parle des photos et des vidéos vite prises et vite partagées sur le web par des millions de jeunes du monde entier, une manière de se parler en images, de parler de soi sans dire je mais en se montrant, loin des mots, plus près du geste et du corps (danser, chanter).
Virginie Clayssen, TeXtes, "Bouquinosphère + soirée remue.net", 21/01/2008.

L'image s'exprime également comme le texte ou plus justement à la place du texte. Il puise dans YouTube et MySpace pour analyser ces images. Il s'étonne d'ailleurs du manque d'intérêt des sociologues pour ces laboratoires de recherches. Il commence cependant par une anecdote, une petite histoire qui en dit long. Des mots encore. Il a offert à son fils un journal intime pour Noël. Ce dernier le remplit chaque jour pendant les vacances. Les vacances finies, il reprend l'école et n'arrive plus à écrire au jour le jour. Il faut que ça s'écrive tout seul, dit-il. C'est à dire comme une photo, conclut André Gunthert. Dans les albums, les photographies remplacent déjà l'écriture de la chronique familiale. Sur le web, une image - photo ou vidéo - est également employée parce qu'écrire avec des mots n'est pas donné à tout le monde. Ainsi, plus le seuil d'accès à un usage est bas, plus l'accès est élevé. C'est le phénomène qu'il observe sur des sites comme YouTube ou Flickr. A la différence de l'album familial , Internet est un espace public. Publier une vidéo d'un mariage, la montrer parmi d'autres images, est une revendication identitaire pour André Gunthert. C'est se mesurer à d'autres images et faire parler son image sans pour autant énoncer une intention déclarative comme le ferait un texte sur la place publique. Présenter et opposer son existence à la face du monde.
Karine Lebrun, Art et autres choses, "Ecrire avec Internet...", 19/01/2008.

Pour André Gunthert, les outils du Web 2.0 constituent un laboratoire de sociologie à ciel ouvert. Où l’on observe, entre autres, qu’une majorité de jeunes des banlieues sont bien décidés à en finir avec l’image que les medias diffusent d’eux (casseurs, incendiaires). Ils dansent la Tektonik sur Youtube. La vidéo est une affirmation de soi, souvent valorisante. L’équivalent aussi, d’un point de vue social, d’une photographie dans un album de famille. Voyez là c’est moi.
Celia Houdart, celia.h, "Rencontres", 22/01/2008.

Merci à elles! Etant affligé d'une paresse légendaire, je rêve évidemment d'un monde post-attalien où les étudiants auraient enfin pris le pli du "carnet de recherches", pour que mes comptes rendus de séminaire s'écrivent eux aussi tous seuls...

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