Le gréviste, l'instituteur et le journaliste
Par André Gunthert, jeudi 15 novembre 2007 à 08:42 (2030 vues) :: Politique - Enseignement, recherche
Contrairement à l'image un peu primitive qu'en proposent ces temps-ci les médias, le fonctionnaire a plus d'un tour dans son sac. Qu'on en juge: voici la poésie que fait apprendre aujourd'hui l'instituteur à mon fils en classe de CM1.
Le Cochon, la Chèvre et le Mouton
Une chèvre, un mouton, avec un cochon gras,
Montés sur même char, s'en allaient à la foire.
Leur divertissement ne les y portait pas;
On s'en allait les vendre, à ce que dit l'histoire.
(...)
Dom Pourceau criait en chemin
Comme s'il avait eu cent bouchers à ses trousses:
C'était une clameur à rendre les gens sourds.
Les autres animaux, créatures plus douces,
Bonnes gens, s'étonnaient qu'il criât au secours:
Ils ne voyaient nul mal à craindre.
Le charton dit au porc: “Qu'as-tu tant à te plaindre?
Tu nous étourdis tous: que ne te tiens-tu coi?
Ces deux personnes-ci, plus honnêtes que toi,
Devraient t'apprendre à vivre, ou du moins à te taire:
Regarde ce mouton; a-t-il dit un seul mot?
Il est sage. - Il est un sot,
Repartit le cochon: s'il savait son affaire,
Il crierait comme moi, du haut de son gosier;
Et cette autre personne honnête
Crierait tout du haut de sa tête.
Ils pensent qu'on les veut seulement décharger,
La chèvre de son lait, le mouton de sa laine:
Je ne sais pas s'ils ont raison;
Mais quant à moi, qui ne suis bon
Qu'à manger, ma mort est certaine.
Adieu mon toit et ma maison.”
Dom Pourceau raisonnait en subtil personnage:
Mais que lui servait-il? Quand le mal est certain,
La plainte ni la peur ne changent le destin;
Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.
Jean de La Fontaine, Fables.


Graphique de la progression de la fréquentation du domaine lhivic.org depuis novembre 2005
La France a inventé le Minitel, Tim Berners-Lee le web. Est-ce pour cette raison que, au pays de Molière, toute innovation en ligne doit d'abord essuyer un violent tir de barrage? Après Google ou Wikipédia, dont les auteurs français nous ont puissamment démontré le caractère pernicieux, néfaste et vain, la mode littéraire de la rentrée est au Facebook-bashing.


John Szarkowski, L’Oeil du photographe (traduit de l'américain par Lise-Éliane Pomier), Milan, Cinq Continents, 2007, 156 p, 156 ill. bichromie, 35 €, ISBN 978-88-7439-397-8.
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