Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Rémy Besson, premier allocataire du Lhivic

image L'école doctorale de l'EHESS est très mal pourvue en allocations de recherche, ressource allouée aux meilleurs étudiants de master pour leur permettre de se consacrer pleinement à leur thèse de doctorat (1.650 euros brut/mois, soit 1,29 fois le Smic pendant trois ans). C'est avec d'autant plus de satisfaction que nous saluons leur attribution à Rémy Besson, dont le dossier a été classé premier parmi les candidats de la mention histoire.

Rémy Besson a soutenu le mois dernier son mémoire de master, intitulé: "Approche historienne de la mise en récit du film de Claude Lanzmann: Shoah", sous la direction de Christian Delage. Grâce à l'étude attentive des transcriptions des rushes conservées aux archives du musée de l'Holocauste à Washington, il démontre que le coeur de l'oeuvre est élaboré à partir du montage sonore et d'un surprenant travail de tissage et de recombinaison des entretiens des témoins. Selon le chercheur, «l'absence de voix off dans Shoah ne correspond pas à un effacement du réalisateur, mais au développement d'un autre mode de narration à travers le montage.» Ce premier résultat de recherche annonce une thèse d'une grande portée, qui permettra de poursuivre l'interrogation du rapport de l'image au témoignage, qui a notamment été au centre de l'ouvrage majeur de Georges Didi-Huberman, Images malgré tout (Minuit, 2003).

Initiateur de "Paroles d'images", association consacrée à l’éducation aux images qui organise régulièrement projections et rencontres, Rémy Besson en a également conçu le blog et a apporté son concours à la réalisation de celui de l'Atelier du Lhivic. Toutes nos félicitations à l'heureux lauréat!

Carnaval de la recherche à visage humain

Editeur de Revues.org, Calenda et l'Album des sciences socales, le Centre pour l’édition électronique ouverte (Cléo) propose sous l'intitulé de "Carnaval des carnets de recherches en sciences humaines et sociales" une sélection régulière des meilleurs blogs. ARHV a l'honneur d'y figurer aux côtés des excellents Langue sauce piquante, La feuille, Affordance.info, Open access blog et Figoblog.

De la part de l'équipe auprès de qui j'ai appris les rudiments du web 2.0, cette mention me fait le plus grand plaisir. Je me souviens encore du jour où, penaud, j'annonçais sur la liste de Revues.org la création de mon premier blog sous Blogger, m'attendant à une volée de bois vert. 700 billets et près de trois ans plus tard, la métamorphose n'est pas encore achevée, mais elle a clairement dépassé le stade de l'irréversibilité. Prolongement idéal du séminaire de recherche, le blog est un merveilleux outil scientifique, une mémoire de travail et un accélérateur de recherches comme je n'en ai jamais eu. Il produit un nouveau point d'équilibre entre la formalisation de la chose publiée et la prise de note, le brouillon ou l'expérience. Il renouvelle la dynamique de l'échange entre pairs grâce au partage sur la place publique. Il développe l'imagination et encourage à tester les limites. Mais ce qu'il apporte, il le fait en douceur, au rythme de chacun, sans obligation, avec beaucoup de tolérance pour les essais et les erreurs. C'est peut-être pour cette raison, parmi toutes les autres, qu'il s'adapte si bien à la pratique de la recherche. Face à d'immenses défis, l'institution savante est soumise à une inflation vertigineuse de ses dispositifs et de ses procédures. Instrument d'une science à visage humain, le blog contribue à rééquilibrer le rapport entre l'institution et le véritable producteur des connaissances: le chercheur. Je suis certain que c'est exactement de cela dont nous avons le plus besoin aujourd'hui.

La tactique du coup de grâce

image Quelle est la meilleure tactique pour se débarrasser des derniers reliquats de l'Etat-providence? Affamer d'abord la bête, puis, lorsque celle-ci n'a plus que la peau sur les os, lui donner le coup de grâce en disant: ça vaut mieux comme ça. Au lieu de la levée de boucliers que suscite toute modification institutionnelle, cette technique encourage une réception apaisée et complice.

Mise au point par la droite américaine pendant les années Reagan, cette tactique a été parfaitement acclimatée en France. Après le démantèlement du CNRS, le retour au contrôle direct de l'Elysée sur la télévision publique en a montré le scénario dans sa beauté sulpicienne. Il fallait écouter les apôtres gouvernementaux nous expliquer qu'il s'agissait d'un progrès dans la transparence pour constater l'efficacité du piège. C'est donc parce que l'Etat n'a jamais su donner les moyens de son indépendance à l'institution qu'il a fondé dans ce but que celle-ci se voit dépouillée de ses missions. Dans la France de 2008, nul ne songe qu'on aurait pu expérimenter la direction inverse, en conférant au CSA une dose de liberté ou de représentativité citoyenne. Tout à la démonstration que l'hypocrisie sarkoziste est capable de dépasser l'hypocrisie mitterrandienne, le chef de l'exécutif a évidemment d'autres chats à fouetter.

Laissons-le lutter contre le fantôme des années Minitel. En restaurant la télévision d'Etat sur toutes les chaînes, il ne fait qu'accélérer un processus de transfert qui trouble jusqu'à Arrêt sur images. Dans son plaidoyer du jour pour la télé publique, Daniel Schneidermann admet que «le combat n'est pas enthousiasmant». Il est vrai qu'en cherchant les motifs qui pourraient nous convaincre, l'éditorialiste chante surtout les louanges d'internet. On ne peut pas lui donner tort. Tant que l'actuel président pensera que sa réélection en 2012 dépend du contrôle des moyens d'avant-hier, il contribuera mécaniquement à accroître l'attractivité du canal de demain. Avec tous nos encouragements.

Edit du 01/07/08. Démonstration inattendue de l'axiome ci-dessus: le soir même de l'intervention sur FR3 du chef de l'Etat, rue89 diffusait un "off" des quelques minutes précédant l'émission, où l'invité s'offusque qu'un technicien refuse de le saluer. Il y aurait beaucoup à dire sur ce geste de défi, en passe de devenir une nouvelle figure de style du régime. Mais dans le match télévision vs internet, il y a fort à parier qu'on ne retiendra de l'épisode que ces quelques minutes de footage, plutôt que l'émission d'une heure et quart. Un déplacement qui en dit long, et que tous les efforts de contrôle semblent impuissants à contrecarrer...

Archéologie de la photo numérique: le Konica Q-M80

image Trouvé hier dans un Cash Converters un Konica Q-M80 à 12 euros – un prix prohibitif pour un modeste 0.80 mégapixels (1024 x 768 px), côté à 1 euro sur Ebay. Mais il était dans sa boîte d'origine avec son mode d'emploi, et un modèle aussi ancien (alentours 1998) n'est pas très courant.

Le contact avec une machine qui a à peine une dizaine d'années est toujours intéressant. L'épaisseur inhabituelle, le plastique toc, l'ergonomie balbutiante, la disposition des organes sont caractéristiques d'une époque qui est celle du premier boom des APN. Ma théorie est que les appareils numériques ne deviendront séduisants pour le grand public qu'au moment où ils reprendront les principes qui avaient fait le succès des compacts bijoux de la génération APS (dont le plus bel exemple est le Canon Ixus de 1996): des appareils suffisamment étroits pour être glissés dans une poche et dont la carosserie chic transmet une impression de qualité suffisante pour justifier un prix élevé. Le Konica témoigne de la période précédente: celle où le design – et donc le marketing – de cette catégorie de matériel n'est pas encore fixé et hésite entre plusieurs directions. La disposition des organes en façade haute avec l'objectif déporté vers le haut, imitée du Canon PowerShot 350 et qui sera notamment reprise par Fuji, porte encore la marque visible de l'ancêtre vidéo.

Par rapport aux habitudes d'aujourd'hui, le Konica est trop gros, comme empoté. La mauvaise qualité de ses plastiques et une finition hésitante donne l'impression d'un gadget. Mais il a déjà tout ce qui fait un APN, de la carte compact flash jusqu'à la connexion USB – et il marche. Lentement, certes, avec une mise en route d'une seconde, une prise de vue décalée et une image qui s'affiche en se déroulant par le haut. Toutes les opérations photographiques qui sont à nouveau redevenues invisibles sur nos appareils contemporains, dissimulées par l'instantanéité, sont ici curieusement soulignées par une temporalité de l'attente.

Grâce à son alimentation à piles, pas de problèmes de chargement ou de batterie usée: on peut procéder à un test immédiat. Malheureusement, aucune de mes cartes flash n'est compatible avec le système d'exploitation de l'appareil, qui ne les identifie que jusqu'à 48 mégaoctets. Comme la prise USB n'est pas standard, impossible d'exporter les images et de les lire sur écran. J'ignore si je pourrai trouver des cartes lisibles par le système, quand au bon modèle de prise, autant chercher une aiguille dans une botte de foin. On voit par quelles failles pêche le dispositif. L'appareil disposant d'une mémoire interne, les photos sont bel et bien enregistrées, et il serait possible de les lire sur l'écran d'un téléviseur. Mais à partir du moment où elles sont inexportables sur l'ordinateur, c'est comme si l'appareil ne marchait pas. Je serais en droit de le rapporter au magasin et d'en réclamer la reprise sur ce seul critère. Je pense à Jean-Marc Yersin et aux historiens de la photographie du futur qui s'arracheront les cheveux devant les défauts de standardisation des APN. Quant aux problèmes que posera la consultation de nos albums de famille, c'est une autre histoire...

Vive le journalisme visuel!

image Parmi les expérimentations du nouveau journalisme en ligne, 20minutes.fr propose un système de traitement de l'actualité sous la forme de diaporamas, séries d'images légendées réunies par thèmes. Sous l'intitulé "En images", ce principe a pour avantage de recycler avec l'élégante hypocrisie d'un habillage "journalistique" les sujets les plus trash et les plus bas de gamme. Exemple avec le thème "Les photos les plus controversées".

En voyant la photo de Brooke Shield enfant (Gary Gross, 1975), celle de la pyramide de corps d'Abou Ghraib ou de l'agonie de la petite colombienne (Franck Fournier, 1985) en appel de une, on se dit qu'on a déjà vu ça quelque part. Le feuilletage le confirme: toutes les photos sont issues du catalogue de l'exposition "Controverses", présentée à Lausanne en avril dernier, qui tirait tout son intérêt d'un travail de contextualisation approfondi. Les légendes du diaporama résument brièvement la documentation réunie par Daniel Girardin et Christian Pirker – jusque dans ses erreurs (la photo d'Abou Ghraib n'est pas anonyme, ni datée de 2004, elle a été prise le 7 novembre 2003 à 11h51 par Sabrina Harman). Ce n'est qu'en allant jusqu'au bout du diaporama qu'on découvre, sur la dernière image, la mention: «Toutes ces photographies sont issues du livre Controverses, une histoire juridique et éthique de la photographie, éditions Actes Sud, 45 euros», avec un lien renvoyant à un article d'Elodie Drouard, daté du 25 juin, présentant rapidement le catalogue d'une exposition qui a fermé ses portes le 1er juin (le rapport à l'actualité de cet article me semble plutôt provenir du billet de Pierre Assouline, publié le 24 juin, qui annonce – ce qui est une vraie information – que l'exposition du musée de l'Elysée sera accueillie par la BnF en 2009).

Qui lira cet échantillon comme une introduction à l'exposition de Lausanne ou à son catalogue? La façon dont il est présenté vise à camoufler sa source plutôt qu'à la mettre en valeur. Exploitant sans vergogne un corpus qui a demandé plusieurs années de recherche, ce traitement visuel présente le triple avantage de n'avoir pas été très long à faire, de passer aux yeux d'un lecteur pressé pour une enquête de la rédaction, et de fournir un sujet racoleur à souhait. Vive le nouveau journalisme!

Equiper Désordre de son appareil photo-numérique

Internet est une aventure. Elle est complexe, non pas en ce qu’elle bouscule l’ordre établi des choses, mais, dans l’ordre de ce que bouscule le numérique, elle inaugure un territoire où nous pouvons agir, réagir, créer – en somme reconstituer, dans d’autres frontières, ce qui nous fondait comme communauté dans le mot culture, et ses pratiques et usages d’avant le numérique. Complexe, parce que cela recouvre indistinctement les mutations lourdes, celles qui n’ont rien à voir avec le Net: combien de fois voyons-nous "Internet" pris comme bouc émissaire de ce qui ne va pas, alors même que la gestation principale de cet outil, dans notre domaine, s’est faite par et dans les usages subversifs...

Par François Bon, Le Tiers Livre, 26/06/2008.
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Le gratuit est-il vraiment un désastre pour la démocratie?

Critiquant les méfaits de la gratuité à l'occasion de la discussion sur le projet de loi Hadopi, Luc Le Vaillant, journaliste à Libération, reprend les arguments tirés de l'évangile du "there is no free lunch", assortiment d'idées reçues sur l'inévitable marchandisation des échanges culturels diffusé par les lobbies industriels. Sur cette base, il peut paraître logique d'affirmer que «la préférence d’Internet pour la gratuité est en train de faire exploser l’ensemble du système informationnel et culturel». Mais est-il juste d'étendre le modèle de l'industrie de la musique enregistrée ou de la presse payante à l'ensemble des échanges culturels, pour prédire «un désastre annoncé pour la démocratie citoyenne»?

Les économistes ont trop souvent limité leur travail à l'analyse des échanges monnayés, laissant dans l'ombre des pans entiers de nos sociétés, qui ne relèvent que marginalement de ce principe. Pourtant, dans les domaines des arts, des savoirs et des pratiques culturelles, il est facile de montrer que les choix essentiels relèvent de l'usage gratuit et de l'appropriation collective, et que l'avis général est qu'un droit de propriété sans limite serait insupportable pour la collectivité. Quelques exemples.

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L'image et le son (de la République des blogs)

image Avec Nick Carraway (alias Julien Rivet) et moi-même, l'EHESS était dignement représentée hier à l'anniversaire des deux ans de la République des blogs (certes moins qu'avec Marc Ferro et Roger Chartier, mais ils étaient retenus par un comité des Annales).

La réunion des blogueurs politiques initiée par l'indispensable Versac se doublait de la diffusion en direct de l'émission Minuit Dix, pilotée par Laurent Goumarre et Jean-Baptiste Soufron. Ce qui fait qu'après avoir réglé mes comptes d'homme à homme avec Laurent Gloaguen – dit le Flingueur, dit le Retour de la Revanche, dit le Sébastien Chabal de la blogosphère (un partout, match nul) –, j'ai pu expérimenter l'étrange réfraction de la virtualité blogosphérique par la virtualité radiophonique. Avoir l'image en même temps que le son permettait d'apprécier la gestuelle qui double in petto le message audible. Mais accentuait aussi l'effet saut à l'élastique sur la planète Mars que produit la rencontre du virtuel avec le plancher des vaches – en l'occurrence celui du café le pavillon Baltard.

Avec un spécial dédicace à Quitterie Delmas, ultra en forme dans une savoureuse rossée du piteusissime représentant gouvernemental, commissaire politique aux blogs ou chose du genre, qui fut à la hauteur de la campagne de pub qui pollue actuellement les écrans. Un grand merci à l'ami Versac, que j'ai pu toucher (en attendant Jane Birkin), et qui mérite définitivement un cierge.

Small is beautiful (6): le carton d'invitation

image "Small is beautiful" devait être une série de notes sur les effets "à bas bruit" du nouveau. Je ne m'attendais pas y consigner les retours de manivelle de l'ancien. Mais il faut admettre que les outils numériques ont une influence qui déploie leurs modèles bien au-delà de l'univers électronique. Hier encore, au moment de partir, impossible de remettre la main sur ce fichu carton d'invitation (pour la très recommandable exposition Tichy à Pompidou). En fin d'année scolaire, le capharnaüm de mon bureau atteint des sommets. Un état qui n'est d'ailleurs pas sans lien avec l'augmentation de productivité qu'entraîne le numérique – les sollicitations se multiplient, le rythme auquel on est supposé y répondre s'accélère. Mais à la différence du merveilleux bureau virtuel de mon Mac, où tout nouvel objet entrant se range tout seul et reste à tout moment accessible par la grâce de l'indispensable Spotlight, les piles qui s'entassent de part et d'autre de mon écran ne sont, elles, pas indexées automatiquement par l'infaillible mémoire d'un moteur de recherches multicritères. Je me retrouve donc à chaque fois à maudire la poste, l'industrie papetière et Gutenberg lui-même, en écumant les huit tas de courrier astucieusement répartis entre: ultra-urgent, à faire demain, priorité code rouge, sans faute, promis-juré-craché. Le carton, bien sûr, est quelque part sous mon nez, à une distance statistiquement comprise entre vingt et quarante centimètres, mais il est aussi bien caché que la caisse de l'Arche perdue dans les archives fédérales US. Je le sais, c'est peine perdue. Je pars donc furax. A l'arrivée, évidemment, ce truc ne sert strictement à rien, puisqu'on me laisse entrer sans. Quand les fabricants de cartons d'invitation comprendront-ils la futilité de ce vestige des années pub, aussi tendance qu'un clip de Demis Roussos? Ce soir, c'est République des blogs. Au moins une invit' que je n'aurai pas à chercher – merci Facebook!
(A noter que l'expo Tichy a aussi son annonce sur FB – grâce à Marc Lenot, contributeur au catalogue et chercheur au Lhivic.)

Sarko ne m'amuse plus

Comme un polichinelle qui pendouille hors de sa boîte. Se souvient-on encore des joutes fiévreuses, du "casse-toi pauv'con", des analyses pour contrer l'adversaire? Ces derniers temps – je le note au passage –, j'ai l'impression que le ressort est cassé. N'arrive plus à m'intéresser, le vendeur de journaux. C'est à la lumière du piteux entretien de CBS dans Libé et du peu d'intérêt qu'il suscite chez moi et dans ma partie de blogosphère (ce type est si inconsistant que ce n'est que par ses femmes qu'on s'aperçoit des fluctuations de son image), que j'en prends conscience. Ses phrases, ses sauts, ses tics – Sarko ne m'amuse plus. Non qu'il m'ait jamais beaucoup fait rire. Mais le goût de l'ironie ou de la caricature pouvait encore, il y a peu, atténuer l'amertume. Là, non. Même plus exaspéré. Je suis juste fatigué, dégoûté, honteux. Est-ce le KO par abandon? Le même que celui des grévistes, des syndicats, assommés par l'avalanche? Ou ce moment de l'histoire des tyrannies, du ressac où se préparent d'autres passions, plus dures et plus violentes? Ce que je sens confusément, c'est que cet abattement va de pair avec la démonstration de l'inutilité de toute contradiction, la ruine de toute forme d'argumentation, la perversion systématique du dialogue par le mensonge. Que fait-on, en politique, lorsqu'il n'y a plus de porte de sortie – juste le mur qui s'élève, chaque jour un peu plus? L'avenir le dira. Pour aujourd'hui, noter ce sentiment d'impuissance nauséeuse, qui me renseigne mieux que tout autre sur la nature véritable du régime. En dernière analyse, le ressort qui a cassé n'est pas celui de la machine Sarkozy, mais celui du formalisme démocratique. Ce qui est autrement plus grave.

Séminaire "Connaissance par les montages et politiques de l'imagination" en ligne

image Les Archives audiovisuelles de la recherche signalent la mise en ligne de l'enregistrement vidéo du séminaire de Georges Didi-Huberman, "Connaissance par les montages et politiques de l'imagination" (séance du 17 mars, réalisation: Margot Sputo-Mialet, Lisette Winkler). En prenant comme point de départ les photomontages réalisés à partir d’images de guerre par Bertolt Brecht entre 1933 et 1945, le chercheur s'interroge sur la méthode dialectique qui consiste à «faire prendre position» aux images elles-mêmes. La distanciation brechtienne, la nature épique de sa dramaturgie poétique, la question du réalisme et de la «prise de position» politique sont revisitées avec l’aide du plus exigeant des commentateurs de Brecht, son ami Walter Benjamin.

Le numérique révise l'histoire, ou André Zucca à Disneyland

image J'ai enfin pu accéder aux diapositives originales d'André Zucca à la BHVP. J'avais demandé cet accès dès l'invitation qui m'avait été faite par l'association Paris Bibliothèques d'animer les débats organisés autour de l'exposition "Les/Des Parisiens sous l'occupation". Cette faculté m'a été refusée jusqu'à ce que le nom du nouveau directeur de la BHVP soit connu. Tous les spécialistes que j'ai croisé depuis deux mois m'ont affirmé n'avoir pu observer les originaux. Virginie Chardin, commissaire de l'exposition "Paris en couleurs" en 2007, qui proposait quarante vues d'après les diapositives de Zucca, a par exemple effectué ses choix à partir de la vision de ce qu'elle nomme les «bruts de scans». Ceux-ci l'avaient frappé par leur aspect, qui donnait l'impression d'un état de conservation exceptionnel et d'une iconographie de très grande qualité. Il est probable que je sois le premier observateur extérieur à la BHVP à avoir eu accès aux originaux depuis leur numérisation, fin 2006.

Les photographies couleur d'André Zucca n'avaient pourtant rien d'un fonds inconnu. Elle furent publiées pour la première fois en 1974 dans l'ouvrage de Hervé Le Boterf, La Vie parisienne sous l'occupation, 1940-1944 (éditions France-Empire), volume préparé du vivant du photographe avec son accord, dont la parution suscita immédiatement un reportage dans le Sunday Times du 9 juin, illustré de pas moins de 28 photos couleurs, puis un autre dans Paris-Match un mois plus tard, assorti de 13 reproductions. Depuis lors, cette iconographie, disponible par l'intermédiaire des éditions Tallandier qui en géraient la diffusion, sera utilisée dans de nombreux ouvrages illustrés sur la période, dont le plus connu est Paris sous l'occupation, publié en 1987 chez Belfond par Gilles Perrault, avec des commentaires de Jean-Pierre Azéma.

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Un séminaire qui fait des bulles

image Les étudiants sont des êtres étranges. Débordants d'imagination pour justifier un devoir non remis à temps – mais souvent moins inventifs lorsqu'il s'agit de traiter le sujet. D'une discrétion janséniste en séminaire – mais n'hésitant pas à noyer le professeur sous les interrogations les plus pressantes dès que sonne la fin du cours. Pour l'avant-dernière séance de l'année, ils m'ont envoyé un message mystérieux, sous la forme d'un magnum de champagne étiqueté à l'enseigne du Lhivic. Dois-je comprendre cette offrande comme l'indication de leur activité préférée dès que j'ai le dos tourné? Comme une invitation à célébrer Bacchus pour mieux oublier un séminaire laborieux? Comme une allusion à une agence de photographes que j'ai superbement ignoré cette année? Je me perds en conjectures...

(Et blague à part, j'étais super fier d'exhiber ce matin la bouteille en famille... Moi aussi, j'étais très content de cette année, exceptionnellement fructueuse dans une période pourtant pas avare en avancées. Merci à toutes et tous, du fond du coeur, pour vos questions enquiquinantes, votre soutien et vos yeux qui pétillent. Avec vous, c'est toute l'année champagne!)

Une mise en jambes pour le Bhicc

image Bienvenue au tout nouveau Bhicc, blog d'histoire culturelle du cinéma, animé par nos amis Anne Kerlan-Stephens, Christophe Gauthier et Dimitri Vezyroglou, responsables du séminaire "Histoire culturelle du cinéma" (IHTP/Paris 1) à l'INHA. Le 18 juin était incontestablement un bon jour pour inaugurer cet organe – qui ne rime pas pour rien avec Lhivic (avec toutes mes excuses pour les clous et les vis qui traînent dans les coins, on fignole ça dès que possible...).

Il fallait la verve d'Anne pour saluer à sa manière la disparition de Cyd Charisse, tout en esquissant un habile pas de deux entre radio et cinéma. Le nouveau venu intègre dès maintenant la petite communauté du Planet Histoire visuelle, notre agrégateur de blogs, indispensable dans tout bon lecteur de fils RSS. Encouragements et commentaires sont attendus de pied ferme!

Ecole doctorale d’été "La société de l’information et de la connaissance"

image La société de l’information et de la connaissance. Histoire, enjeux et perspectives critiques
IIIème école doctorale d’été
École des hautes études en sciences sociales/Telecom & Management Sud Paris
8-12 septembre 2008

La IIIe école doctorale d’été organisée conjointement par la Division de l’informatique, des systèmes d’information et de la communication de l’École des hautes études en sciences sociales et Telecom & Management Sud Paris (ex-Institut national des télécommunications) se tiendra du 8 au 12 septembre 2008 sur l’île de Porquerolles.

Ce partenariat entre les deux institutions vise à favoriser le dialogue entre sciences humaines et sociales d’un côté et technologies de l’information et de la communication de l’autre.

De tels stages intensifs hors les murs entendent valoriser la spécificité de l’enseignement à l’EHESS en participant à la philosophie pédagogique de l’établissement: la promotion d’une formation personnalisée à la recherche qui met l’accent tant sur sa dimension pratique que théorique. Ces sessions de réflexion et de formation spécialisée sont destinées aux doctorants et post-doctorants des deux établissements, et peuvent éventuellement accueillir des étudiants en Master.

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