Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Pas de médaille pour Shanghai

Il faut s'y faire, il y a des marronniers auxquels on ne coupe pas. Après les départs en vacances, avant la rentrée scolaire, il y a depuis 2003 l'édition annuelle du classement de Shanghai. Un produit bien adapté aux fast-médias, grands consommateurs de palmarès, sondages et autres chiffrages qui ne mentent pas.

Pas sûr que le principe soit vraiment efficace dès qu'on sort de la compétition sportive. Pour comprendre ce que mesure un outil, il suffit de savoir ce qu'on y met. L'Academic Ranking of World Universities de l'université Jiao Tong est un bilan vite fait sur le gaz à partir de données disponibles en ligne, qui compile six critères élémentaires. Dont le nombre de prix Nobel (physique, chimie, médecine, littérature, paix) et de médailles Fields (mathématiques) parmi les anciens élèves d'une institution. (Comment, il n'y a pas de médaille Bourdieu en sociologie, pas de prix Georges-Duby de l'histoire, pas d'Oscar de l'anthropologie? Too bad!) Le nombre d'articles publiés dans Nature et Science. Le nombre d'articles indexés dans le Science Citation Index et le Arts and Humanities Citation Index (mais ni le Social Sciences Citation Index ni le ISI Web of Knowledge). Pas besoin de s'appeler Ducasse pour savoir quel goût aura le pâté. Disons pour aller vite que Shanghai est un indicateur de la science selon Jules Verne plutôt que d'après Bruno Latour.

Lire la suite...

C'est BHL qu'on assassine

Le web est-il capable de modifier les grands équilibres médiatiques? A tous ceux qui en doutent encore, l'actualité est en train de démontrer en direct l'inversion des hiérarchies les mieux établies. Car c'est un monument qu'internet fait aujourd'hui vaciller: rien de moins que celui du Sartre du XXIe siècle, dont l'érection depuis 1977 n'a cessé d'étendre son ombre sur les lettres (et les médias) français – BHL himself.

Lorsqu'on relit aujourd'hui l'analyse impeccable de Deleuze à propos de la falsification médiatique des "nouveaux philosophes", on perçoit son amertume. «La soumission de toute pensée aux médias» paraissait alors un horizon inévitable, auxquels seuls pouvaient échapper quelques penseurs abrités par l'université. Pour ma génération, BHL a été l'image même de l'imposture, celui qui avait sali le doux nom de "philosophe" et rendu l'étiquette d'"intellectuel" définitivement importable. Et voilà qu'aujourd'hui, incrédule, je vois bouger la statue comme une vulgaire dent creuse!

Est-ce BHL qui est devenu plus sot avec l'âge? Ou bien le web qui est devenu plus vivace? On avait déjà eu une chaude alerte avec l'affaire Siné, où l'intervention incompréhensible du maître avait eu pour principal effet de verser de l'huile sur le feu. Mais le point d'orgue des Choses vues dans la Géorgie en guerre, double page du Monde de mardi, a dépassé les espérances de ses plus virulents détracteurs.

Lire la suite...

Best Practices for Access to Images: Recommendations for Scholarly Use and Publishing

image Version préparatoire des recommandations issues du colloque "Scholarly Publishing and the Issues of Cultural Heritage, Fair Use, reproduction fees and Copyrights", Max Planck Institute for the History of Science, Berlin, 11 janvier 2008.


Publishing practices in the sciences and the humanities are rapidly diverging. The sciences are increasingly moving toward forms of international e-publishing, leaving behind the world of traditional print publications. At present, the humanities are ill-prepared to adopt new publishing practices championed by the sciences, in spite of the potential these new practices offer for innovative scholarly work in the humanities and sciences alike.

Scholars in the humanities, especially those concerned with images, face a bewildering array of restrictions. A confusing patchwork of policies regarding access to images, image reproduction, and cultural heritage citation is hindering new research and publication in the humanities.

For a variety of reasons, many museums, libraries, and image repositories restrict access to digital image collections. For instance, curators fear fraud and false attribution if they allow open access to their image and cultural heritage repositories.

To promote creative scholarship in the humanities and to foster a deeper understanding of cultural heritage, curators and scholars must work together in new ways. Put simply, what’s needed is a policy of open access to visual sources not covered by copyright.

The following recommendations address challenges faced by researchers and curators of image repositories alike. The aim of this document is to establish a Network of Trust in the Digital Age.

Lire la suite...

La publication scientifique en ligne face aux lacunes du droit français

image Résumé. Alors qu’internet semblait pouvoir ouvrir des capacités inédites à l’édition scientifique, le durcissement législatif visant à protéger la propriété intellectuelle a compliqué l’exploitation des sources multimédia. En excluant l’application d’un usage raisonnable propre à l'exception pédagogique ou scientifique, le droit français se présente désormais comme une anomalie dans un contexte international de multiplication des ressources en ligne. Pour remédier à des conditions inadaptées, les pratiques sauvages se multiplient, symptôme de l’échec du dispositif existant.


Dès les années 1990, les acteurs les plus hardis de l’édition scientifique évoquent les nouvelles potentialités de la publication électronique comme un horizon pleins de promesses. Un des aspects les plus alléchants de l’outil numérique réside dans la capacité d’associer au texte les documents multimédia les plus variés: image fixe ou animée, enregistrement sonore ou vidéo, qui permettent de mobiliser une vaste gamme de sources.

Une quinzaine d’années plus tard, cet horizon reste encore à distance. L’acculturation des chercheurs à ces nouveaux outils représente à l’évidence une contrainte importante. Mais elle est loin d’être la seule. Pour diverses branches du savoir, le recours aux sources multimédia est déjà un usage courant – à condition d’évoluer dans des environnements fermés, de type intranet. Si l’on ne trouve pas aujourd’hui l’équivalent de ces expérimentations dans les publications en ligne, c’est que leur reproduction se heurte à un obstacle majeur: les obligations de la propriété intellectuelle.

Lire la suite...

Quand le sage montre la lune...

image Elle est étonnante. En ce milieu d'été, je ne résiste pas au plaisir de soumettre à la sagacité de mes lecteurs ma trouvaille de ce matin, en leur demandant de deviner ce que représente cette photographie (ou plutôt l'image qu'elle reproduit). Si quelqu'un trouve, je jure d'aller me pendre à l'arbre le plus proche.


MàJ 15h. Fin du concours, avec toutes mes félicitations à Olivier, lecteur attentif d'ARHV, qui a trouvé la bonne solution en moins de six heures! (Je vais de ce pas me pendre...)
Il s'agit bien de la première photographie numérisée de l'histoire, réalisée le 15 juillet 1965 par le satellite Mariner 4 en orbite autour de Mars. Bien avant l'invention des photocapteurs qui garnissent nos appareils modernes, la NASA avait décidé de digitaliser la transmission de l'image en raison des énormes distances spatiales, susceptibles de détériorer un signal analogique. Produit par un tube vidicon noir et blanc, le signal vidéo de la caméra était converti en code binaire, fournissant un fichier de 40.000 pixels. Sur l'image ci-dessus, on voit ce spectacle extraordinaire: une photo digitalisée reconstituée à la main! Trop impatients pour attendre l'interprétation des données par un ordinateur pas du tout graphique, les ingénieurs du Jet Propulsion Laboratory colorient les bandes de papier sorties du transmetteur en fonction des valeurs de gris indiquées en chiffres. Un jeu à la manière des dessins mystères, qui valait bien ce signalement sous forme de devinette!

Source: NASA Images.

Fin de la grève à 20minutes.fr

image Petit jeu de cache-cache sur internet... A peu près injoignables ces derniers jours, les camarades de la rédaction web de 20minutes ne communiquent que parcimonieusement, notamment, de façon laconique, par l'intermédiaire de leurs statuts sur Facebook. A en juger par les derniers messages postés ("la Norvège a Paris, la grève est finie", 2:34pm; "c'est quasi gagné", 5:17pm), on croit deviner qu'une issue heureuse est sur le point de clore le conflit engagé lundi dernier. En attendant des précisions – et pour le plaisir de griller Narvic sur ce coup-là... ;-)

Shooting back

image L'organisation qui surveille les violations des droits de l'homme dans les territoires occupés, B'Tselem, a fourni une centaine de caméras vidéo à des Palestiniens pour qu'ils puissent documenter les violations quotidiennes: le pouvoir de l'image est plus fort que la parole d'un témoin. C'est ainsi que la vidéo du lieutenant-colonel Umri Burbag ordonnant à un sergent de tirer sur un Palestinien menotté dans le dos et baillonné, le 7 juillet, a été filmée par une jeune fille de 16 ans. Cette vidéo, du fait de l'horreur qu'elle présente et de la violation évidente des droits de l'homme, mais aussi de tout principe humanitaire, a eu un grand retentissement depuis sa divulgation le 20 juillet.

Par Alexandrin, Voyage en Palestine, 11/08/2008.
Lire la suite...

Le site internet de 20 Minutes en grève

Communiqué de la rédaction de 20minutes.fr: La rédaction du site internet 20minutes.fr a voté une grève de vingt-quatre heures reconductible, par solidarité avec son rédacteur en chef, mis à pied ce lundi 11 août pour une raison que la direction a refusé de communiquer aux salariés. De ce fait, le site 20minutes.fr n'est plus mis à jour depuis ce lundi, 18 heures. La rédaction du site demande la levée de la mise à pied.

MaJ 19h45: On ignore toujours les motifs de la brutale suspension de Johan Hufnagel, rédacteur en chef de 20minutes.fr, officiellement mis à pied hier à 17h. Née sur un commentaire du blog de Jean-Marc Morandini, reprise cet après-midi par Marianne2.fr, l'hypothèse qui voyait dans un article sur un accident de pétanque l'origine de la crise a été démentie par des sources internes. Mais les principaux intéressés restent injoignables ou refusent de s'exprimer. Il est pour le moins étrange qu'un conflit désormais public n'ait aucun motif connu plus de 24 h après le déclenchement de la grève, tout comme il est anormal que le site n'affiche toujours aucune information à ce sujet. A ce stade, on peut déjà parler de crise managériale au sein du journal. Voir également l'article de Rue89.

Peut-on prendre Carla au mot?

Peut-on continuer à être une artiste "comme si de rien n'était"? Tel est le pari affiché par Carla Bruni en titre de son dernier album. Pour en discuter, je dois d'abord avouer ma totale incompétence à en produire la critique. Cet album, non seulement ne l'ai-je pas écouté, mais il n'est nullement dans mes intentions de le faire. Mes convictions politiques étant, on le sait, à l'opposé de celles de l'actuel hôte de l'Elysée, tout jugement de ma part sur les qualités de l'oeuvre ne pourrait qu'être entaché de partialité.

Tel est précisément le point qui m'intéresse. Que ce soit sur Amazon ou sur iTunes, de nombreux internautes demandent que l'on apprécie l'album ...comme si de rien n'était. «Tout le monde donne son avis sur la femme du président et non la chanteuse», écrit nanard21, or «il faut rester neutre et ne pas penser politique pour l'écoute de ce disque.» Mais une telle distanciation est-elle possible? En partisan convaincu de l'influence du contexte, la thèse du "comme si de rien n'était", sur laquelle repose à la fois le projet de l'album et sa stratégie marketing, me paraît relever du voeu pieux.

Un mois après sa sortie, le dernier opus de Carla Bruni nous fournit au contraire une bonne occasion de tester l'influence des effets de contexte. Pour autant qu'on puisse en juger par les avis autorisés, son troisième disque est assez proche du premier. Malgré une couverture médiatique bien inférieure à celle d'aujourd'hui, le CD avait été accueilli chaleureusement par la critique et le public. Bénéficiant désormais d'une notoriété plus forte et d'un plan média particulièrement maîtrisé (Libération, Elle, Vanity Fair, Taratata, Vivement Dimanche, etc.), la chanteuse reste pourtant en-deça des objectifs initiaux de sa maison d'édition. Les chiffres ne sont plus communiqués depuis la deuxième semaine d'exploitation du disque, qui les avait vu stagner à 13.354 ventes. Tout juste sait-on que le label Naïve a revu ses prétentions à la baisse, tablant sur 400.000 exemplaires pour cette année, au lieu des 700.000 attendus. Un résultat qui fait pâle figure à côté du carton de "Quelqu'un m'a dit" (1,2 million d'exemplaires en France, 800.000 à l'étranger).

Lire la suite...

JO 2008: des parties du feu d'artifice n'étaient pas en direct

Une partie du spectaculaire feu d'artifice tiré vendredi lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques à Pékin ne s'est pas déroulée en direct, indiquent dimanche différents médias chinois. Les fusées et bouquets qui ont éclaté le long de l'axe central de la ville vers le stade auraient été préparés depuis plus d'un an à l'aide de techniques d'animation.

Le Vif.be, 10/08/2008 (merci à Rémi).
Lire la suite...

Wall-E, la réponse du cinéma

Peut-on critiquer Wall-E? s'interroge gravement Télérama. Partagée sur le dernier-né des studios Pixar (2008, Andrew Stanton), la rédaction a recouru à son traditionnel jugement de Salomon: un "pour", un "contre". Ce dernier, rédigé par Aurélien Ferenczi, prend à rebrousse-poil l'accueil unanimement quatre étoiles de la communauté cinécritique – avant de se faire étriller en commentaires par les lecteurs. Sensibilisé par mon passage à 20 Minutes à cette cyber-intolérance, je me sentais plein de sympathie pour le courageux journaliste, prêt à l'épauler d'un mot, d'une pétition en ligne, voire d'une descente en flammes de BHL.

Je suis donc allé voir le film (bon, dans la vraie vie, ce sont mes deux marmots qui m'y ont traîné; mais j'avais vu la mini-polémique et j'ai subrepticement pesé pour m'éviter d'avoir à subir l'indéfrisable Hulk – tant qu'à aller voir des pixels, autant un vrai dessin animé). Mes lecteurs dépourvus de lardons de trois à huit ans peuvent passer leur chemin, la suite ne les concerne que dans la mesure où ils s'intéressent au cinéma – un genre qui, on le sait, s'adresse de plus en plus résolument à un public à même de dépenser entre 19,90 et 49,90 euros dans les jouets cinépromus.

Lire la suite...

Une chaîne qui se respecte

image Nick Carraway m'en veut. J'avais déjà fait le mort devant sa précédente proposition (qui, il faut le dire, m'avait laissé un peu sec...). Là, j'ai compris. Rien ne sert de se défiler: il n'aura de cesse de me taguer, jusqu'à ce que je craque. Je réponds donc à sa chaîne de l'été (prendre un livre à la page 123, puis citer les cinq lignes suivant les cinq premières). Du reste, les blogueurs qui font la fine bouche face à ces divertissements m'ennuient. Comme le disait ici même l'amie Virginie, dans une de ses métaphores dont elle a le secret, le blogging, c'est un peu comme le camping. Autrement dit: si vous n'aimez pas les moules, évitez la braderie de Lille. Si vous n'aimez pas les chaînes, achetez-vous un cahier Clairefontaine.

Mais il en est des chaînes comme des friends sur Facebook. Il y en a que l'on suit avec intérêt ou amusement, pour ce qu'elles nous apprennent ou nous dévoilent sur la personnalité de tel ou tel. Et d'autres dont on a du mal à percevoir où elles nous mènent. C'est le cas de cette astreinte où le hasard a trop de place – de sorte que ses participants sont amenés à en aménager les règles, ce qui est toujours mauvais signe.

Lire la suite...

Collecter, organiser, valoriser les archives de la recherche en SHS

Collecter, organiser, valoriser les archives de la recherche en sciences humaines et sociales: quelles collaborations mettre en œuvre? 18-19 septembre 2008 - Maison méditerranéenne des sciences de l’homme. Journées d’étude organisées en collaboration avec le programme ARSHS (archives de la recherche en sciences humaines et sociales) du réseau des maisons des sciences de l’homme.

Ethnologues, historiens, linguistes ou sociologues amassent au fil de leur carrière des matériaux utilisés dans leurs publications. Il arrive que ces documents deviennent des archives... Aujourd'hui, ils font l'objet d'un intérêt grandissant de la part des pouvoirs publics, des institutions patrimoniales et de la communauté scientifique, mais de nombreuses questions restent en suspens: auprès de qui un chercheur dépose-t-il ses archives? Peut-on et doit-on tout conserver? Comment et avec qui réaliser cette sauvegarde? Quelles sont les institutions qui sont missionées pour le faire? Comment être sûr que le contexte de la recherche soit préservé avec les matériaux? Dans quelles conditions et selon quelles règles ces données peuvent-elles constituer des ensembles disponibles pour de nouvelles études?

Imageson.org, 01/08/2008.
Lire la suite...

Il faut sauver l'argument d'antisémitisme

Ca se précise. Après trois semaines de débat, il paraît de plus en plus difficile de conclure au caractère antisémite de la phrase qui a provoqué le renvoi du dessinateur de Charlie-Hebdo. Les anti-Siné ne désarment pas pour si peu. A la recherche d'arguments toujours plus improbables, ils creusent le fond de la piscine – sans se rendre compte qu'il confirment par là l'outrance de l'accusation initiale. Après BHL dérapant sur Badiou, après Joffrin dérapant sur la race juive, après Adler dérapant sur les "pétitionnaires trotskistes", un nouveau venu, Daniel Franco, passe en tête avec un dérapage sur la pédophilie qui restera dans les annales du sophisme.

Reprenons. Au moment où les anti-Siné brandissent comme des talismans les noms de Drumont, Brasillach ou Maurras, il faut relire quelques pages de La France juive pour se rendre à l'évidence: des antisémites de la trempe de ces pamphlétaires ont depuis longtemps disparu de l'hexagone. Cette raréfaction de l'antisémitisme patenté est manifeste dans les libelles des anti-Siné, qui, pour prouver l'ampleur du danger, n'ont guère que le nom de Dieudonné à se mettre sous la dent. Le vieux père Le Pen, il est vrai, n'effraie plus grand monde. Reste que des sorties comme les chambres à gaz, "détail" de l'histoire de la seconde guerre mondiale, appartiennent clairement au registre de l'antisémitisme. Dans ce cas, nul besoin de recourir à des arguties spécieuses ni d'accumuler des exemples tirés par les cheveux. Le "détail" est antisémite, personne n'en doute – pas même les plus gauchistes des antisionistes...

En comparaison, «Il fera du chemin dans la vie, ce petit!», fait incontestablement pâle figure. Les plus ardents à le démontrer ont été les anti-Siné, qui n'ont eu de cesse de charger la barque, par des accusations de gâtisme, de mauvais goût, de stalinisme et autres élégances. Mais Siné a-t-il été viré de Charlie parce qu'il était stalinien, mauvais humoriste ou trop âgé? Pas que l'on sache, c'est pourquoi, après s'être rendu compte qu'il ne suffisait pas de répéter l'accusation pour convaincre, une deuxième vague a cherché à renforcer l'argumentaire. D'abord apparu en commentaire dans des forums, un extrait d'une interview radiophonique de 1982 semblait donner toutes assurances sur la méchanceté du dessinateur. Jusqu'à ce qu'on en éclaircisse le contexte, qu'on constate que Siné, condamné, s'était excusé, et que cet exemple se dégonfle à son tour. C'est alors qu'une autre preuve décisive est brandie: une accusation de Pierre Desproges, qui dénonce en Siné un «antisémitisme de garçon de bain poujadiste». Seul problème, cette phrase est issue de la série des réquisitoires burlesques prononcées par l'humoriste dans le cadre du "Tribunal des flagrants délires", sur France-Inter (émission du 13 décembre 1982). A ce point de l'argumentation, autant dire que la besace des anti-Siné est vide.

Lire la suite...

Le journalisme en chaussons

Ah, les bouchons des départs en vacances! De l'aménagement du calendrier à celui des flux de transport, il y aurait bien des scénarios susceptibles de remédier à ce fléau. Mais on ôterait ce faisant un des rendez-vous essentiels (avec le baccalauréat, la rentrée scolaire et les cadeaux de Noël), qui structurent l'agenda des journaux télévisés. Compte tenu de la noble mission du journalisme, l'importance accordée à ces sujets mineurs pourrait faire sourire. Mais si on observe en toute objectivité le travail que réalisent les professionnels dans ces circonstances, on est obligé de l'admettre: ils ne sont jamais aussi bons que lors de ces rendez-vous récurrents. La richesse et la variété des angles, la profusion des reportages et du direct, la profondeur et l'intérêt des expertises: on aimerait que tous les sujets soient traités avec les mêmes égards que ces marronniers. Mais voilà, contrairement à l'idée reçue qui voudrait qu'un journaliste soit formé pour réagir à l'actualité, il est plutôt désarçonné par l'imprévu et n'aime rien plus que la répétition. Comme les JO ou une éclipse de lune, un événement prévisible de longue date permet une préparation minutieuse, sans la pression du stress et les pièges de l'inconnu. Certains penseront que ce journalisme en chaussons est loin d'Albert Londres, de Seymour Hersh ou de Christophe Barbier. Mais il est au plus proche de la réalité d'un métier qui privilégie le confort de la récurrence et la facilité de l'itération. Un trait qui explique bien des travers du débat public.

< 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 >