Le parti socialiste est sur Flickr
Par André Gunthert, dimanche 29 octobre 2006 à 08:29 (855) :: Politique - Médias
Prompts à signaler l'éclosion des blogs de personnalités politiques, les commentateurs spécialisés ont-ils remarqué que cette soudaine floraison s'était accompagnée, au parti socialiste, d'une véritable révolution culturelle? Comment appeler autrement, au pays de Renault, d'Alstom et de l'indépendance nucléaire, le choix d'employer les mêmes outils que le commun des mortels de la blogosphère, en l'occurrence Flickr ou Del.icio.us, célèbres plates-formes californiennes? C'est depuis cet été, sous la houlette du secrétariat national aux NTIC (délicieuse appellation garantie village gaulois pour les technologies de l'information et de la communication - comprendre le web) et de Vincent Feltesse, que le PS a procédé à son aggiornamento numérique. Plusieurs centaines de blogs militants ont été créés en l'espace de quelques semaines, répertoriés sur Del.icio.us. Ouvert en juillet, le compte Flickr officiel du PS met à la disposition des internautes une centaine de photographies placées sous licence Creative Commons, portraits de responsables ou images d'actualité, probablement issues du service de presse du parti (le nom des photographes n'est pas mentionné). Un matériel bienvenu pour illustrer la communication du réseau des blogs socialistes. Evidemment, tout n'est pas encore parfait (voir illustration), mais la campagne commence à peine, et l'on est curieux de pouvoir partager au jour le jour la perception offerte par un organe représentatif de la direction du PS. A l'heure où le parti débat à propos de la démocratie participative, il s'agit sans nul doute d'un effort de transparence bienvenu. Mais aussi d'un témoignage des déplacements produits par les nouveaux moyens de communication dans le paysage des pratiques politiques. A suivre...
On se souvient de l'ouvrage d'Ernst Kantorowicz, Les Deux Corps du Roi (Princeton, 1957; trad. fr. Gallimard, 1989), qui avait inspiré à Louis Marin son magistral Portrait du Roi (Minuit, 1981). En résumé, dans un contexte classique, l'exercice de la représentation ne renvoie pas au personnage réel mais à la fonction politique, dont le portrait est un attribut constitutif. Tel est encore le fonctionnement du portrait officiel des présidents de la république français, affiché dans toutes les mairies. Bien sûr, l'exercice médiatique moderne a fait évoluer ce cadre figuratif. Sans pour autant abolir la frontière entre corps privé et image de la fonction. Le président d'une démocratie élective peut-il avoir un corps? Qu'avons-nous le droit de connaître du corps réel - corps érotique, corps de désir - de nos représentants? Les réactions récentes à la publication des photographies de Ségolène Royal à la plage, ou encore à l'exposition du buste "présidentiel" d'Hillary Clinton montrent qu'il n'est pas si simple de répondre à ces questions. Et qu'elles se posent en termes nouveaux lorsque le corps en question est un corps de femme.











