Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

La retouche ne tue pas

En moins d'une dizaine de jours, la proposition de loi de Valérie Boyer pour une police de l'apparence a réussi à faire l'unanimité contre elle. La première pétition contre la mention "Photo retouchée" vient de faire son apparition sur Facebook, lancée par le site PixelArtese – qui fait remarquer non sans à-propos que la stigmatisation de la retouche risque d'entrainer des effets contraires à ceux recherchés, en poussant «les jeunes filles, modèles et mannequins à pratiquer des régimes les plus stricts». Bien joué!

En gros, tout le monde s'accorde sur le diagnostic: oui, il existe bien un "diktat de la minceur", un modèle idéalisé excessif, reproduit par tous les canaux des industries culturelles. Mais le remède ne convainc pas. Scepticisme devant l'efficacité du "message préventif", impossibilité matérielle d'appliquer le texte (comment effectuer les vérifications?), moqueries face aux pratiques iconographiques des politiques (tous les premiers commentaires citent l'abondante retouche de l'anatomie présidentielle): les arguments sont nombreux et mettent en cause la capacité de la loi à agir sur un tel dossier.

Lire la suite...

Brice, Ségolène et le point Godwin

Influence du dernier Tarantino? Hortefeux et Ségolène se sont croisés la même semaine sur une parodie de La Chute. On se souvient que le premier s'était soulagé d'une vanne 100% pur porc, enregistrée par les caméras de Public Sénat. La seconde a étrenné la nouvelle version de Désirs d'avenir – réalisation sur laquelle Benoît Thieulin a refusé de se prononcer (impossible, de toute façon, vu ses crampes abdominales et zygomatiques). Comme de juste, ces deux dérapages ont trouvé leur punition sur le web, à travers moult réactions, détournements et remix, dont deux versions faussement sous-titrées de la même scène du film de Oliver Hirschbiegel ("La chute d'hortefeux" 13/09; "Royal Führer", 15/09; voir également sur Internet & Opinion(s)).

Côté Hortefeux, on a assisté à un creuser de piscine assez extraordinaire. Voir ministres et syndicats policiers entonner comme un seul homme l'air du "WTF" (en français: quoi, quesskya, si on peut plus déconner), avec une décontraction toute lepéniste, faisait encore plus froid dans le dos que la saillie initiale. Ce n'était là qu'amuseries, et l'on a vite atteint un degré d'hystérie rare avec la diversion anti-web, inaugurée par l'inévitable Jean-François Copé. Jadis victime de l'effet Dailymotion, c'est Alain Duhamel qui a fermé le ban de ce grand défoulement dans Libération, en nous assurant du «despotisme de la transparence».

Sous le gouvernement le plus à droite de la Ve République, avec des contre-pouvoirs réduits comme peau de chagrin, un parlement au pas cadencé, une opposition évaporée, un syndicalisme en phase terminale, des médias aux ordres, le despotisme, c'est internet. La fin de la démocratie, c'est le web. Le danger totalitaire, c'est la vidéo amateur. On connait la loi de Godwin, selon laquelle, plus une discussion en ligne s'allonge, plus on a de chance de voir surgir la comparaison avec le nazisme ou la reductio ad hitlerum. Je propose de la compléter par la loi de Duhamel, qui veut que plus le sujet de la controverse est grave, plus grandes sont les chances d'en incriminer le web.

Lire la suite...

Pour une police de l'apparence

image Guy Debord ne l'avait pas prévu. C'est pourtant logique: dans la société du spectacle, il faut des lois pour contrôler le spectacle. L'assemblée nationale étudie actuellement un projet de loi qui rend obligatoire la mention d'"apparence corporelle modifiée" pour les photographies publicitaires retouchées. Destinée à lutter contre l'anorexie, cette disposition viendrait compléter le code de la santé publique, dans son chapitre III (Alimentation, publicité et promotion), renommé pour l'occasion: "Alimentation, représentation du corps, publicité et promotion" (merci à Aurélia Rostaing pour son signalement).

«Art. L. 2133-2. – Les photographies publicitaires de personnes dont l’apparence corporelle a été modifiée par un logiciel de traitement d’image doivent être accompagnées de la mention : “Photographie retouchée afin de modifier l’apparence corporelle d’une personne. Le non-respect du présent article est puni d’une amende de 37.500 €, le montant de cette amende pouvant être porté à 50 % des dépenses consacrées à la publicité.» (proposition n° 1908 du 15 septembre 2009)

Si ce texte devait être voté, il s'agirait de la première loi destinée à lutter contre une représentation imaginaire. Personne n'ayant jamais réussi à apporter la preuve de l'efficace des images, il s'agit d'un tournant pour les historiens d'art, qui tiennent enfin le premier témoignage solide de cet effet impalpable.

Lire la suite...

La mouche

Après la rédaction d'un mot d'excuse en plein meeting, l'épisode de la mouche promet de rester comme un des signes par excellence du professionnalisme médiatique obamien. Un naturel sublime dans l'accomplissement de tâches improbables, sans pour autant perdre le fil de l'exercice, avec la dextérité d'un pilote se roulant une cigarette en plein looping. Faire preuve d'une telle maîtrise témoigne d'un stade d'intégration supérieur des contraintes médiatiques – et d'une familiarité de longue date avec le David Letterman Show. Tandis que d'autres s'évertuent à reproduire le style Kennedy, Obama lui fait franchir une nouvelle étape. Kennedy avait choisi la scène de l'intimité familiale comme théâtre de ses qualités morales. Obama innove en maintenant soigneusement le spectacle du naturel sur le terrain professionnel. Un choix habile, qui promeut une figure qu'on pourrait appeler de la compétence desinhibée. C'est sans aucun hasard que ces séquences anecdotiques sont reprises par les médias du monde entier (et bien sûr déjà remixées en ligne). Plutôt qu'un long discours, ces brèves démonstrations pratiques sont autant de preuves par l'exemple d'un renouvellement du style politique.

Cinq leçons d'une élection

image Les élections européennes du 7 juin ont été remarquables au moins autant par leurs résultats que par l’aveuglement des commentateurs. Ces derniers ont ainsi mis en avant la «vague conservatrice» à laquelle on aurait assisté. Mais, celle-ci a été des plus relatives face à l’abstention, elle réellement historique, que l’on a connu dans ces élections. Il convient, avec le recul nécessaire, de comprendre ce que ces élections ont révélé. Au-delà des premières réactions, il est probable que nous avons assisté au début de la fin de la construction européenne telle que nous la connaissons.

1. Le rejet de l’Europe fédérale

On l’a dit, l’abstention a été énorme, et pas seulement en France. C’est chez les nouveaux entrants qu’elle a été le plus spectaculaire avec moins de 30% de votants en République Tchèque et à peine plus de 18% en Slovaquie. La France, avec à peine 40% de votants enregistre ici l’un de ses taux les plus faibles de participations. À peine plus d’un électeur sur trois s’est ainsi déplacé en Europe pour aller voter. Ce phénomène est tellement massif qu’il doit être expliqué en priorité.

On peut analyser cette faible participation comme le résultat combiné de plusieurs facteurs.

  • Les électeurs européens ont à l’évidence sanctionné une Europe qui s’avère incapable de les protéger de la crise et de ses conséquences. Il n’y a pas de "plan de relance" européen et l’addition des plans nationaux représente ainsi à peine 1% du PIB de l’Europe. De plus, cette dernière a été incapable, par ses règles bancaires, de prévenir la contamination issue de la crise américaine. Il y a pire. L’Europe, par ses directives, enracine cette crise et détruit progressivement tous les instruments dont on pouvait disposer au niveau national pour s’y opposer. De ce point de vue, l’application du Traité de Lisbonne ne changera en rien la situation. Ce traité ne fait que consolider les régressions économiques et sociales de ses dernières années.

Lire la suite...

Hadopi: "un dispositif pédagogique"

Communiqué du ministère de la culture et de la communication: "Réaction de Christine Albanel à la décision du Conseil constitutionnel, mercredi 10 juin 2009".

«Christine Albanel se félicite que le principe d’un dispositif pédagogique de prévention du piratage ait été validé par le Conseil constitutionnel. Il s’agit d’une avancée capitale dans la lutte qu’elle entend continuer à mener contre le pillage des droits des créateurs et en faveur d’un Internet civilisé.

La ministre regrette de ne pouvoir, comme le Gouvernement et le Parlement l’avaient souhaité, aller jusqu’au bout de la logique de «dépénalisation» du comportement des internautes, en confiant à une autorité non judiciaire toutes les étapes – y compris le prononcé de la sanction – du processus. Elle prend acte sur ce point du choix du Conseil constitutionnel et proposera au Président de la République et au Premier ministre de compléter rapidement la loi Création et Internet pour confier au juge le dernier stade de la «réponse graduée». Parallèlement la mise en place de la Haute Autorité instituée par la loi, exclusivement chargée du volet préventif de la lutte contre le piratage, se fera selon le calendrier prévu et les premiers messages d’avertissement seront adressés dès l’automne aux abonnés à Internet.

Lire la suite...

Un scrutin et deux enterrements

image C'est net. Ceux qui ont perdu hier soir, PS et Modem, sont les fondateurs de l'Europe. La social-démocratie à la sauce néolibérale promue par le marché commun agonise. Quant aux pseudo-vainqueurs, ils auraient tort de se réjouir. A quelque 10% du corps électoral, l'étiage du parti présidentiel est au plus bas. L'UMP n'a pas fait mieux que de mobiliser les convaincus. Et le conglomérat Cohn-Bendit (qu'on n'a pas beaucoup entendu sur l'écologie) n'a fait que récupérer les voix des déçus du PS. La composante protestataire reste globalement élevée, cumulant près de 20% des suffrages. Mais la gauche de la gauche n'a pas profité de la débâcle socialiste. Traduit en termes politiciens, c'est l'enterrement du PS. Hier soir, sans attendre, Montebourg spéculait sur la création d'un nouveau parti, à même d'accueillir les mânes de l'électorat socio-démocrate. Ce scénario dépend d'un renouvellement du logiciel qui n'est pour l'instant guère perceptible. Le scrutin du 7 juin restera celui du rejet par les peuples de l'Europe globalisée. Il n'existe aujourd'hui aucun projet alternatif crédible pour refonder l'Europe politique.

La campagne des morts-vivants

Si les photographies illustrant les documents électoraux fournissent une indication sur la campagne des européennes, c'est à coup sûr celle de la complexité du scrutin. Entre les portraits des candidats flanqués de soutiens qui ne figurent pas sur la liste (PS, Modem, Front de gauche), le collage hâtif sous Photoshop de personnalités qui n'ont jamais posé ensemble (UMP, NPA), ou les vignettes vaguement découpées dans des photos de famille (Alliance écologiste indépendante), on peut observer l'éventail des difficultés suscitées par la géométrie d'associations improbables, qu'aucun portrait de groupe ne réussit à résoudre.

Mais le pompon, sur le plan graphique, revient incontestablement à la liste antisioniste conduite par Dieudonné, qu'un photographe malicieux s'est amusé à caricaturer sur pied. Vue en plongée, éclairage blafard, couleurs noirâtres, sourires toutes dents dehors, jusqu'au lettrage façon pochoir: tous les ingrédients semblent avoir été soigneusement choisis pour évoquer l'affiche de film de zombies plutôt que la mandature parlementaire. A moins qu'il ne s'agisse d'une commande en bonne et due forme? A défaut d'être élus, autant donner des cauchemars, semble nous dire ce tract, mettant à nu l'inconscient des européennes 2009.

"La prolongation de ma détention est une petite vengeance"

— Pouvez-nous nous rappeler les circonstances de votre arrestation? — Une bande de jeunes cagoulés et armés jusqu'aux dents s'est introduite chez nous par effraction. Ils nous ont menacés, menottés, et emmenés non sans avoir préalablement tout fracassé. Ils nous ont enlevés à bord de puissants bolides roulant à plus de 170 km/h en moyenne sur les autoroutes. Dans leurs conversations, revenait souvent un certain M. Marion dont les exploits virils les amusaient beaucoup comme celui consistant à gifler dans la bonne humeur un de ses collègues au beau milieu d'un pot de départ. Ils nous ont séquestrés pendant quatre jours dans une de leurs "prisons du peuple" en nous assommant de questions où l'absurde le disputait à l'obscène. Celui qui semblait être le cerveau de l'opération s'excusait vaguement de tout ce cirque expliquant que c'était de la faute des "services", là-haut, où s'agitaient toutes sortes de gens qui nous en voulaient beaucoup. A ce jour, mes ravisseurs courent toujours. Certains faits divers récents attesteraient même qu'ils continuent de sévir en toute impunité.

Par Julien Coupat (propos recueillis par Isabelle Mandraud et Caroline Monnot), Le Monde.fr, 25/05/2009.
Lire la suite...

Qui peut encore s'opposer à Nicolas Sarkozy?

Evidemment, c'est dans Slate.fr. Tout est dans le titre: "La méthode Bayrou décortiquée". Un intitulé gage d'analyses profondes et de révélations décoiffantes, de refus du conformisme et de critique sans concessions. Ca se gâte quand on s'aperçoit que l'auteur n'est autre que l'un des principaux bonimenteurs du régime, Jean-François Copé, dont on peut vérifier à chaque apparition télé à quel point il est respectueux de sa propre promesse (J'arrête la langue de bois, Hachette Littératures, 2006). La lecture du papier confirme ce qu'on pouvait attendre d'un adversaire politique en service commandé: un enfumage sans surprise, qui se contente pour tout décryptage d'un rappel à la chronologie: Bayrou était partisan de Balladur en 1995, ha ha, comment peut-on se contredire à ce point?

Atteindre un tel stade de niaiserie ne mériterait pas une once de curiosité, si cette pseudo-analyse n'était somme toute révélatrice de la réception du livre de Bayrou dans la presse. De France-Inter au Figaro, la parution d'Abus de pouvoir (Plon, 2009) a été décrite sur un mode exclusivement politicien, à partir des réactions enregistrées au PS ou à l'UMP, saupoudrées de souvenirs du Coup d'Etat permanent de Mitterrand. Un sondage opportunément réalisé par Opinionway pour Le Figaro-LCI est venu coiffer cette vision expéditive en conférant au président du Modem la palme de «premier opposant» à Sarkozy.

Soit. Mais opposant à quoi? Opposant pourquoi? Cette question ne semble pas effleurer les éditorialistes, dont la grille de lecture réduit tout débat au seul schéma de la guerre de position des partis. Bayrou pourrait tout aussi bien avoir publié un paquet de feuilles blanches, ils n'en seraient pas autrement troublés.

Lire la suite...

Comment marche la police de la pensée

Quand on a raison, on ne peut pas avoir tort. C'est apparemment en application de ce profond syllogisme que le régime et ses adeptes sont en train de perdre tout sens de la mesure. Amusante et caractéristique, l'intrusion de Jean-Luc Hees, nouveau PDG de Radio-France, qui, pour mieux faire résonner les trompettes de la liberté d'expression, s'invite en direct sur un plateau de France-Inter - et administre en personne la preuve du contraire. Triste et non moins typique, le cas de cet enseignant inculpé de "tapage injurieux" pour avoir crié «Sarkozy, je te vois!» lors d'un contrôle d'identité. Qu'Eolas commente en ces termes: «Brandir un écrit qui critique implicitement mais clairement le président est une offense. Crier une critique de la politique sécuritaire voulue par le président est un tapage injurieux. Prochaine étape: une pensée désobligeante sera-t-elle une atteinte à l'autorité de l'État?»

Pour compléter la liste de ces abus de pouvoir qui, de Julien Coupat à Jérôme Bourreau Guggenheim, n'en finit pas de s'allonger, voici un exemple tiré du conflit universitaire. Répliquant à un tract appelant à la mobilisation contre la «casse du service public», le président de l'université Paris 5 a envoyé un courrier collectif pour morigéner ses troupes. Mais il a laissé à dessein dans son e-mail la copie du signalement initial, adressé par un membre du cabinet de Valérie Pécresse à un professeur:

«Pourrais-tu faire passer ce tract envoyé à tous les étudiants de P5 selon nos sources par L***, psychologue social à Paris 5, à ton président de ma part. (...) C'est surprenant de vérité et d'élévation du débat. Il mérite au moins la légion d'honneur pour ce haut fait de bravoure dans un pays où le fascisme est au coin de la rue et où il n'y a pas eu pire texte depuis Vichy (Molinié). Mon cher H***, comment a t-on formé ces gens? Par quel miracle sont-ils devenus enseignants?»

Outré par des réactions qui osent remettre en cause les réformes salvatrices, le conseiller réfléchit à haute voix. «Comment a-t-on formé ces gens?» Comment peut-on s'opposer au chemin glorieux de la "modernisation" de l'université? Impensable. Incompréhensible. Et pour signifier sa désapprobation, il envoie un courrier de dénonciation nominatif destiné à faire pression, par la voie hiérarchique, sur l'auteur dudit tract. Par bonheur, l'enseignant n'a pas été licencié, comme à TF1, mais le cheminement du blâme comme sa motivation sont rigoureusement semblables.

La certitude du "TINA" (There Is No Alternative), que les ouvriers du néolibéralisme ont distillé avec le lait des réformes[1], est la raison qui explique ces dérapages étranges, aussi confondants de naïveté que dédaigneux des règles démocratiques. Tous ceux qu'ils n'ont pas réussi à convaincre, en revanche, ont le sentiment que c'est cette certitude qui conduit de l'intimidation à la censure, de la censure au délit d'opinion. Si le fascisme n'est pas au coin de la rue, la tyrannie du plus fort, elle, est au milieu du carrefour.

Notes

[1] Cf. Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale. Néolibéralisme et néo-conservatisme (traduit de l'américain par Ch. Vivier), éd. Les Prairies ordinaires, 2007.

Sarkozy, ou la malédiction du Tourist Guy

image Ce n'est plus un président de la République, c'est Polichinelle. Je l'avais dit dès novembre (au moment où le JDD saluait encore "le maître de monde"), l'arrivée d'Obama ôte à peu près tout espace à Nicolas Sarkozy sur la scène internationale. Ce qui le met évidemment dans tous ses états. Avant-hier, le voilà obligé de menacer de claquer la porte du G20 pour qu'on s'aperçoive de sa présence. Aujourd'hui, à Strasbourg, il faisait pitié à force de vouloir être sur la photo – rappelant la blague du type à côté du pape. Plus difficile à dire qu'à faire. Même les journalistes ne marchent plus dans la combine. Et à côté d'Obama, peine perdue, ses sourires sont autant de grimaces.

Notre président fait tout à l'envers. Comme une lavandière, il croit que ce qui compte, c'est d'être à la une. Mais pour un personnage politique, figurer en couverture résulte de l'action qu'on mène ou de l'image dont on dispose. Quand plus personne ne vous fait crédit, apparaître sur la photo suscite plutôt la gêne ou le sarcasme. Désormais, le destin médiatique de Nicolas Sarkozy sera celui du Tourist Guy. Comme ce faux touriste associé à l'image du 11 septembre, un personnage dont l'image est plaquée sur l'événement, en dépit de toute incidence réelle sur son déroulement.

Le scénario est-allemand

image Face à un mouvement social d'une ampleur inédite depuis 1968, le gouvernement a montré hier l'étendue de son désarroi. Foin de manipulations médiatiques, de réponses dilatoires, de stratégies de contournement. Sarkozy en Belgique, Pécresse aux abonnés absents, restait Fillon pour assurer le service minimum, façon Madame la marquise. En d'autres termes, nos édiles n'ont plus de solution politique – et à peine un réflexe politicien. En l'absence de porte de sortie, rester droit dans ses bottes face à la gauche, aux fonctionnaires et aux intellos offre au moins l'assurance de conserver les voix des bataillons poujado-réac, coeur de cible de l'électorat UMP.

Comment réagir devant l'aveu de cette impuissance? Il peut être utile de rappeler le processus qui a mis fin, sans la moindre violence, à la dictature est-allemande. En 1989, le retrait d'Afghanistan de l'URSS, puis l'évolution politique de la Hongrie et de la Pologne produisent un changement de contexte géopolitique. En septembre commencent les "manifestations du lundi": chaque semaine, dans toutes les grandes villes de RDA, les rassemblements populaires enflent inexorablement. En quelques mois, sous le regard des observateurs incrédules, le mur puis le pouvoir tombent comme un fruit blet.

Vingt ans après, la crise financière produit un autre changement de contexte idéologique, tout aussi brutal. Les fondements de la rationalité politique, modèle OCDE, se dispersent comme sable sous les pieds des dirigeants. Les manifestations grossissent, les slogans s'amplifient, la mobilisation se renforce. Le scénario qui attend un pouvoir autiste est déjà écrit. Nul besoin de radicalisation. Il suffit de retourner dans la rue.

Hadopi: surveiller et punir internet

Nicolas Sarkozy est le partisan résolu d’une gouvernance moderne, basée sur un dialogue avec l’opinion publique à travers les médias et les corps constitués. Son usage de l’outil législatif manifeste cette option. Plutôt qu’à établir les règles du jeu social, les lois soumises au Parlement servent à adresser des messages ou à afficher une politique.

C’est bien sous cet angle qu’il convient d’examiner la loi "Création et Internet", ou Hadopi, du nom de la nouvelle administration qu’elle institue. Son but avoué est de limiter l’échange de fichiers audiovisuels en ligne, défini comme "piratage", par la suspension de l’abonnement pour les comptes recourant aux plates-formes de partage, ou peer to peer, pour télécharger et diffuser des contenus protégés par le droit d’auteur.

Lire la suite...

Le poker menteur de Valérie Pécresse

image Les enseignants-chercheurs avaient-ils des craintes sur les dérives du présidentialisme promu par les lois et projets du gouvernement? Comme pour mieux les en convaincre, Valérie Pécresse a choisi d'incarner jusqu'à la caricature tous les défauts possibles de la gouvernance qui attend les établissements post-LRU. Absence d'écoute et de dialogue, pilotage autoritaire, double langage, manipulations médiatiques: tels sont quelques-uns des traits saillants qu'a fait apparaître la gestion ministérielle de la crise.

Le décret sur le nouveau statut des enseignants-chercheurs a été rédigé sans la moindre concertation. Il comprend pourtant plusieurs décisions explosives. Dans un contexte de gel des postes statutaires et d'inflation des tâches administratives, exigées par la logique de fonctionnement sur projet, la perspective de modulation d'une charge d'enseignement déjà trop lourde ne pouvait que mettre le feu au poudres.

Dès le 22 janvier 2009, la réunion d'une Coordination nationale des universités, suivie par une manifestation d'une ampleur sans précédent le 10 février, qui fait descendre dans la rue plusieurs dizaines de milliers d'enseignants, chercheurs, personnels et étudiants, formaient autant de symptômes d'une protestation historique. Loin de rechercher le dialogue, Valérie Pécresse opte dès ce moment pour une gestion strictement politicienne de la crise, en accumulant des opérations de diversion et de communication qui s'adressent, non à la communauté universitaire, mais prioritairement à l'opinion publique.

Lire la suite...

1 2 3 4 5 6 7 8 >