Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Qui t'a fait roi?

Douze mois à l'Elysée. A l'occasion de cet anniversaire, les médias soulignent unanimement la "désillusion" à l'égard d'un président qui apparaît désormais comme menteur, cynique et incompétent. L'écart de cette réception avec l'ambiance de l'élection est si grand que l'ineffable Laurent Joffrin s'interroge sur le "mystère Sarkozy".

Pour qu'il y ait "désillusion", faut-il encore qu'il y ait eu illusion. Or, s'il l'on se demande qui a souffert des talents d'illusioniste de Sarkozy, la réponse ne fait aucun doute. Comment se fait-il que nul, parmi les journalistes, ne songe aujourd'hui à s'interroger sur l'unanimisme écrasant des grands médias, notamment télévisés, qui a accompagné la course en tête du candidat de l'UMP? A la notable exception de Marianne, n'est-ce pas la presse toute entière qui a cru à la "rupture" sarkozienne?

A un moment où le rôle de la presse fait débat, l'élection de Nicolas Sarkozy fournit un macro-indicateur sans complaisance. C'est désormais patent: les médias n'ont pas fait leur travail d'analyse et de critique de l'improbable échafaudage programmatique du candidat. Plutôt que d'éclairer le citoyen, ils ont constamment privilégié les apparences, les petites phrases et les dérives personnalisantes. C'est pourquoi la question se pose: une presse qui a laissé élire Sarkozy sert-elle encore à quelque chose? Rappelons aux contempteurs du web que l'ambiance y était pendant la campagne sensiblement différente.

...Et le ministère de la culture à Dailymotion

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(Copie d'écran sur un poste du ministère de la Culture)

En France, le ministre d'internet n'a pas accès à YouTube...

Quand on écrira l'histoire d'internet, il faudra se pencher sur l'inébranlable cécité de la technocratie française. Au détour d'une interview de 20Minutes.fr, on apprend qu'Eric Besson, ci-devant secrétaire d'Etat chargé de la prospective et de l'économie numérique, «ne sera pas le ministre de la castration d'internet.» Cette déclaration est si surprenante de la part d'un membre du gouvernement qu'elle fait le titre de l'article. Mais surtout, on découvre avec effarement que le ministricule ne peut pas «se connecter aux sites de partage de vidéos depuis son bureau de Matignon, où l'accès est ultra sécurisé.» Expression qui suggère, soyons juste, qu'il y a tout de même un ordinateur branché dans ledit bureau. Probablement planqué dans le meuble télé, comme chez mémé.

La direction des musées de France occupée

image Le 4 avril, Christine Albanel estimait que le ministère de la Culture sort «consolidé» de la réforme de l'Etat, présentée sous le nom de Révision générale des politiques publiques (RGPP). Telle ne semble pas être l'opinion des personnels et de l'intersyndicale du ministère qui, après avoir diffusé un communiqué dénonçant «l'offensive globale contre les services publics» et la «dislocation du réseau des musées nationaux», occupe depuis ce matin les locaux de la direction des musées de France, 6, rue des Pyramides à Paris. Des banderoles déployées sur la façade réclament le retrait de la RGPP et dénoncent «la culture en danger». Les personnels sont invités à se rendre sur place pour soutenir la délégation.

La réorganisation de l'administration centrale devrait notamment conduire à organiser le ministère de la culture en 3 directions générales aux côtés d'un secrétariat général. Le ministère passerait donc en l'espace de quelques semaines de 10 à 5 directions, puis à 4, pour arriver à 3 aujourd'hui. Une évolution qui en dit long sur la cohérence structurelle et sur la faisabilité administrative concrète d'un projet dicté par l'acharnement gouvernemental à réduire la voilure coûte que coûte. Selon l'intersyndicale, «il devient presque absurde de tenter de le qualifier le dialogue social, tant il est foulé aux pieds par le gouvernement et en ce qui nous concerne par Christine Albanel et ses collaborateurs directs – à preuve, son refus catégorique de rencontrer en personne les organisations syndicales en amont de la date pourtant cruciale du 4 avril. Contrairement à leurs déclarations mensongères, ceux qui nous gouvernent ne pratiquent pas la concertation. Ils passent en force, conduisent leurs soi-disant "réformes" à la hussarde au mépris de l'inquiétude et des revendications légitimes des agents.»

Brève occupation de l'EHESS par les sans-papiers

image Hughes Léglise-Bataille m'informe qu'environ 300 sans-papiers ont occupé ce matin l'EHESS, au 105 Bd Raspail. Entrés vers 10h, ils en ont été délogés par les forces de l'ordre vers 13h30, à la demande de l'Ecole. Rassemblés devant les grilles, ils ont ensuite été encadrés jusqu'au métro par la police.

La direction de l'Ecole a reçu une délégation des occupants, et leur a indiqué qu'elle n'acceptait pas d'installation durable dans “un lieu lourdement éprouvé en avril 2006, lors de la crise du CPE”. La présidente a fait savoir qu'elle avait relayé auprès de Brice Hortefeux la demande de rendez-vous des occupants, sans succès. Des étudiants et des enseignants de l'EHESS ont exprimé leur solidarité avec les revendications des manifestants.

Obama et la question de l'esclavage

Les adversaires d'Obama cherchaient la faille depuis plusieurs mois. La figure controversée du pasteur Jeremiah Wright, membre de l'église Trinity Church of Christ, qui avait marié Obama et baptisé ses filles, a ainsi été livrée en pâture à la presse américaine. Celle-ci, soudainement inquiète d'avoir été perçue comme trop favorable au challenger de Hillary Clinton dans la course à l'investiture démocrate, a largement diffusé des extraits de sermons du pasteur appelant, entre autres, les Africains-Américains à préférer s'écrier "Que Dieu maudisse l'Amérique" au lieu de "Que Dieu bénisse l'Amérique".

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Le soupçon de l'idéologie

image «Sont-ils aveugles ou fous?» La question est nettement posée par Serge Faubert face aux réactions incompréhensibles des membres du gouvernement sur les plateaux télé. Devant la Bérézina municipale d'hier soir, «pas l’once d’une interrogation. Et encore moins d’une remise en cause. Dix mois après avoir été triomphalement élu, le président voit son parti être défait dans les urnes et ce ne serait là qu’une péripétie. Au mieux, la traduction d’une impatience. Mais certainement pas une sanction.»

L'interprétation du sarkozysme butait jusqu'à présent sur les apparences de l'opportunisme. Si le président n'était qu'un démagogue, dont les convictions varient au gré des mouvements de l'opinion, au fond, les choses ne seraient pas si graves. Il faut désormais envisager une autre réponse. Et s'ils n'étaient ni aveugles ni fous? Face au premier grand revers politique du gouvernement élu en mai 2007, on voit se manifester une attitude bien connue. Ne plus rien entendre, refermer la bulle, passer en force: c'est Bush qui transparaît sous Berlusconi. La rigidité, l'autisme et le dogmatisme sont ici autant de symptômes du démon de l'idéologie.

Derrière les dénégations, on pouvait entendre hier soir de vrais élans de messianisme. Comme dans la bouche de Xavier Bertrand, à 21h14 sur France 2: «Ce pays n'a pas envie d'arrêter les réformes et surtout, nous n'avons pas le choix. Nous sommes certainement - droite et gauche - la dernière génération qui a le choix d'être courageuse. Si nous ne menons pas les réformes maintenant, nos enfants ne pourront pas les mener. Les déficits seront trop importants. Il n'y aura pas de marge de manoeuvre et le modèle social ne sera plus qu'un lointain souvenir si nous ne réformons pas.»

Il faut espérer que soient épargnées à la France les catastrophes qui ont accueilli partout ailleurs les certitudes des idéologues. Mais le titre du dernier livre de François Léotard paraît désormais un présage crédible.

Un silence local ou national?

image Le Français se lève, allume la radio et prépare son café. Il se lave, s'habille pour aller au boulot. Mais au moment de refermer la porte, un étrange sentiment l'étreint. Le Français s'interroge. N'a-t-il rien oublié? L'impression d'un manque, une absence indéfinissable. Un peu comme dans cette nouvelle de Ray Bradbury, au moment où, de retour d'un voyage dans le passé, le héros se rend compte que quelque chose a changé, sans pouvoir dire quoi ("Il y eut un coup de tonnerre", 1952).

Et soudain, le Français comprend. Ce qui manque. Cela fait plus d'un an qu'il nous accompagne, du petit déjeuner au coucher, matin et soir, tonitruant ou séducteur, tout à ses tics et ses répliques, en complet Dior ou en Ray-Ban. Et là d'un coup, plus rien. Sarkozy a disparu des écrans.

Oh, il y a bien quelques apparitions ici et là. Fantômatiques. Quelques bribes de discours. Si raisonnables. Présidentiels en somme. Plus rien à voir avec le cinéma permanent des derniers mois - Independance Day, Les Bronzés, Kramer contre Kramer, La Vérité si je mens et Astérix aux jeux olympiques réunis.

Qu'est-il arrivé? Un accident. Trois fois rien. Une phrase captée par une caméra, deux secondes en boucle sur internet. Alors que ni la visite de Khadafi, ni les sondages calamiteux, ni le Conseil constitutionnel n'avaient réussi à infléchir d'un iota le tourbillon élyséen, la vidéo "casse-toi, pauvre con...", comme un coup de tonnerre, a stoppé le manège.

Mais ce silence étonnant – et si reposant – apporte aussi une indication précieuse. Depuis dimanche dernier, politiques et journalistes s'interrogent: les élections municipales, enjeu local ou national? Devant l'irritation manifestée jusque dans son propre camp, l'apaisement du tumulte sarkozyen répond de façon limpide à cette question. On en aura la confirmation dès lundi prochain – lorsque, passée l'échéance, la communication présidentielle retrouvera une marche plus assurée. Pour ceux qui doutent de l'enjeu national du scrutin de dimanche, il n'y a qu'à tendre l'oreille. Entendre ce que dit le plus politique des silences.

La crainte du buzz

Formidable reportage improvisé de La Télé Libre sur les réactions d'un public de militants UMP face à la présence d'une caméra siglée. Lors d'une réunion électorale dans une école du VIIe arrondissement, où Rachida Dati fait campagne, mercredi 5 mars, des "jeunes populaires" empêchent à plusieurs reprises le cameraman de filmer la ministre. Très efficace, la tactique appliquée multiplie bousculades, placements devant la caméra, rappels à l'ordre et autres empêchements insidieux, sans que jamais la volonté de censure n'apparaisse comme telle – sinon dans l'accumulation de ces obstructions.

Commentaire de Joseph Hirsch: «Pourquoi nous a-t-on empêché de filmer? La peur de la "petite phrase" est certainement grande à l’UMP depuis que les dérapages de Rama Yade, Françoise de Panafieu, Jean Marie Cavada, et Nicolas Sarkozy se sont retrouvés joués en boucle sur Internet et les chaînes d’information. Mais mercredi soir, aucune autre caméra que la notre n’a été bousculée. Nous filmions pourtant exactement comme les autres. La seule différence, c’était l’autocollant Télé Libre.»

Ce n'est pas d'hier qu'on sait que le buzz est un empêcheur de communiquer en rond. Mais il semble bien que le succès de la vidéo "Casse toi..." ait représenté une sorte de climax qui a produit une série de réactions en chaîne. A commencer par un revirement radical de la communication élyséenne, si apparent qu'il n'est pas passé inaperçu. On peut également observer diverses tentatives de recadrage médiatique, visant à dévaluer le phénomène viral. La tactique de harcèlement constatée dans le VIIe pourrait offrir le modèle d'une réponse complémentaire: prendre le problème à la source en empêchant la production même de l'image. Problème: face à des professionnels avisés comme les reporters de La Télé Libre, cette obstruction produit elle aussi des images, dont il y a fort à parier qu'elles sont promises au buzz...

Le gouvernement du lapsus. Leçon sur le style (2)

image Lionel Jospin est considéré comme le producteur le plus régulier de lapsus de la vie politique française. Mais, dans la longue agonie qui commence, Nicolas Sarkozy pourrait bien lui ravir la première place. L'épisode du "pauvre con" du salon de l'Agriculture nous apporte sur un plateau un cas d'école de la dégringolade de la communication sarkozienne.

Nul doute que l'inauguration rituelle de "la plus grande ferme de France" ait été perçue comme un calvaire par l'actuel chef de l'Etat – qui s'y était fait huer lors de son dernier passage, alors qu'il n'était encore que candidat. Chirac ayant fait de ce rendez-vous l'apothéose régulière de son mandat, Sarkozy était sûr que la comparaison allait lui être défavorable. Ca n'a pas manqué: dans les présentations de la mi-journée des JT, les commentateurs soulignaient le “pas de course” présidentiel et la brièveté de la visite.

Mais le pire restait à venir. A 19h33, le site du Parisien.fr mettait en ligne une séquence vidéo de l'arrivée du cortège. Dans le désordre de la cohue, un visiteur dont les opinions politiques sont visiblement à l'opposé, est poussé vers le chef de l'Etat en train de serrer les mains. “Ah non, touche-moi pas! Tu me salis!”, lance impulsivement le quidam. Les deux hommes sont alors à quelques centimètres l'un de l'autre. Sarkozy se détourne vivement en laissant échapper un: “Casse-toi! Casse-toi alors, pauvre con!”, avant de poursuivre son chemin.

Il y a deux semaines, le feuilleton de Michel Mompontet sur France 2, intitulé "Mon oeil", avait consacré une passionnante séquence au phénomène du bain de foule, montrant les difficultés du responsable politique pris au piège de ce tourbillon, luttant pour remonter le courant. Le titre de ce film, "Rushes", indiquait que ce qu'on y voit n'est pas conforme au spectacle officiel, et représente un à-côté qui est habituellement écarté du montage final.

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It's the democracy, stupid!

image Bon papier d'Eric Aeschimann ce matin dans Libération, qui liste les ingrédients du malaise qui s'aggrave face aux errements apparents du système démocratique, illustré notamment par le récent livre d'Alain Badiou, mais aussi par la multiplication de témoignages en faveur de l'abstention, dont je retiendrai par exemple celui, éclairant, d'Agnès Maillard, du Monolecte.

Je comprends parfaitement et partage à plus d'un titre la déception d'Agnès. Mais je me demande quand même si sa réponse ne revient pas à jeter le bébé (la démocratie) avec l'eau du bain (la mécanique électorale). Cas concret non politique: un étudiant me demande rendez-vous pour une inscription en thèse. Le doctorat est un engagement sur plusieurs années, qui suppose un investissement certain de la part du directeur, et passe donc par un nécessaire processus de sélection. Mais si l'étudiant m'est inconnu, de quels éléments puis-je disposer pour faire le bon choix? L'affaire va se régler en général par la lecture du projet de thèse et un rendez-vous d'une heure. Cette pratique, on l'imagine, ne prémunit qu'à peine contre de graves déconvenues. Un étudiant peut très bien m'avoir ébloui en rendez-vous et s'avérer parfaitement exécrable dans la durée (inutile de préciser qu'il s'agit là d'un exemple imaginaire - tous mes étudiants sont bien sûr délicieux...).

Face à ce risque, un collègue m'explique qu'il a décidé de n'inscrire que des étudiants avec lesquels il a déjà travaillé en master. Cette expérience lui donne une information beaucoup plus complète sur les capacités du candidat et les moyens d'un jugement bien mieux assis. On ne peut bien sûr pas comparer terme à terme cet exemple avec le choix d'un dirigeant politique. Mais ce cas montre qu'il est possible de réfléchir à d'autres systèmes de sélection. L'appareil électoral en vigueur ne nous donne pas les moyens d'arbitrer en connaissance de cause entre des personnalités ou des compétences: il nous permet de sélectionner des campagnes, et il faut reconnaître qu'il le fait avec une grande efficacité. Que ce type de prestation ne confère aucune sorte de garantie sur l'effectivité d'un mandat ne devrait pas nous surprendre. Si nous ne sommes pas satisfaits des résultats que produit ce système, nous devrions pouvoir le modifier pour faire porter le mécanisme de sélection sur ce que nous souhaitons vraiment choisir. Et ne pas désespérer de la démocratie.

Pourquoi Carla pèse. Leçon sur le style

image Christian Salmon est l'intellectuel du moment. En tête des ventes, son petit livre, Storytelling (La Découverte, 2007), a mis en exergue une manière simple d'expliquer les travers de notre époque. En provenance d'outre Atlantique, le modèle de la construction de récit se serait imposé au marketing avant d'être importé sur le terrain politique. Après avoir valu à son auteur une chronique régulière dans les colonnes du Monde, le storytelling, successeur fun du "décryptage", est désormais mis à toutes les sauces dès qu'il s'agit d'interpréter un fait d'actualité. Familier – comme tout historien – du rôle déterminant du récit dans l'organisation des phénomènes, je ne pense pourtant pas qu'il puisse nous fournir cette clé universelle. A côté des stories, d'autres agents influent sur notre compréhension du monde. Le dévissage de Sarkozy nous rappelle l'importance de ce facteur décisif de l'interprétation: le style.

Si l'on cherche à démêler les raisons du brutal retournement qui affecte l'aura présidentielle depuis le début de l'année, à travers les nombreux articles qu'y consacrent les médias, on finit par comprendre que, derrière la plongée des sondages, les journalistes ont un aliment solide. Celui-ci est apporté par les "remontées de terrain" que leur livrent leurs contacts politiques de retour de leur fief. Rendus plus sensibles aux signaux de l'opinion publique par la proximité des échéances municipales, les notables de droite reviennent avec un message catastrophé émanant de leur propre électorat. Au premier rang des mécontentements, l'abandon de l'objectif d'augmentation du pouvoir d'achat. Appuyé sur la réalité du porte-monnaie, confirmé par la terrible phrase des “caisses déjà vides”, ce constat paraît relever d'une analyse raisonnable. Plus surprenant est la récurrence, dans la série des récriminations, de la liaison du président avec Carla Bruni. Au-delà du conservatisme des papys et mamies, choqués d'un remariage si expéditif, comment expliquer objectivement le poids de cet argument répété dans les témoignages de terrain?

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L'homme qui mangeait son chapeau

Cruelle est la politique – devaient se dire les protégés du dernier roitelet, avant que la guillotine ne tombe. Aujourd'hui, c'est la vidéo qui joue le rôle de cet instrument sans pitié. Vérifions combien les énoncés d'un jour peuvent dévoiler le lendemain tous leurs sous-entendus, avec cette interview de la Télé Libre où John-Paul Lepers joue le rôle du chat et David Martinon celui de la souris.

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Remixer le politique

image Un mois après l'émouvant discours "Yes We Can" prononcé par le candidat démocrate Barack Obama à Nashua, ce slogan continue à retentir sur internet. Dès le lendemain de sa victoire aux primaires de New Hampshire, le 9 janvier, ses partisans mettaient en ligne la vidéo du discours sur YouTube. Vu entretemps plus de 340.000 fois, cette séquence de 13:09 min mêle de longs extraits du discours, entrecoupé de scènes des supporteurs accourus en foule. La particularité de ce discours ne repose pas seulement sur le ton répétitif et cadencé, parfois quasi slammé, d'Obama, mais aussi sur les réponses de son public, qui scande en rythme son nom ou les slogans. La musicalité particulière de cette vidéo, qui n'est pas sans rappeler le célèbre discours de Martin Luther King, a inspiré le chanteur Will.i.am.

Comment réalise-t-on un remix d'un discours politique viral? La version "Yes We Can-Barack Obama Music Video" par Will.i.am est une compilation en noir et blanc de 4:30 min avec 17 artistes, chanteurs et acteurs. Sur un écran divisé en bandes verticales, les interventions chantées sont disposées en vis-à-vis du rappel des séquences de la vidéo initiale, reprenant ou répondant à la voix d'Obama. Les vivats de la foule, les applaudissements et la phrase répétée "Yes We Can" forment des ingrédients rythmiques du remix. Mis en ligne le 2 février sur plusieurs sites, dont YouTube, le clip a déjà été vu plusieurs millions de fois en une semaine.

Pourtant, le clip de Will.i.am n'est pas la première reprise du discours d'Obama. "Fired up, Ready to go!", une des phrases du candidat démocrate, avait également inspiré une autre adaptation musicale - également diffusée sur YouTube depuis le 27 janvier 2008. Mais ce clip ne reprend que quelques phrases isolées du discours, et n'intègre pas les éléments caractéristiques puissants issus du contexte de la vidéo originale. Avec une centaine de milliers de vues, cette version rock-choral du groupe Bergevin Brothers semble avoir rencontré moins de succès.

La comparaison des deux clips montre l'originalité de celui composé par le chanteur de Black Eyed Peas. Musicalement plus sobre, avec un simple accompagnement à la guitare sèche, il fait reposer l'essentiel de sa composition sur le remix et l'image d'Obama. Le clip se clôt sur le mot "HOPE", qui se transforme en "VOTE", avec un appel générique à la mobilisation électorale repris en commentaire.

En écho au changement réclamé par le candidat démocrate, le glissement du discours politique dans la forme du remix musical constitue une illustration de plus de la vitalité de la campagne d'Obama. Il témoigne aussi que le discours politique peut encore offrir un espace d'expérimentation et de renouvellement à l'expression militante.

L'anti-sarkozysme est un humanisme

Impression curieuse, dont j'ai pris conscience récemment. Confronté à des cercles inconnus, à l'occasion d'interventions ou de rencontres, cela fait plusieurs fois que j'observe que la petite blague anti-sarkozyste, jetée comme ça au débotté, fonctionne de plus en plus comme un clin d'oeil, un signe de connivence, un salut amical pour détendre l'atmosphère. Sans danger. Sans portée politicienne. Comme un pur message phatique pour établir la communication, attirer la sympathie.

D'accord, les mondes que je côtoie ne sont pas d'une grande diversité sociologique – profs, théâtreux, journalistes, producteurs culturels... Mais je ne me souviens pas d'avoir jamais joué du personnage de Chirac de la même manière. Et ce qui me frappe, c'est le degré élevé de certitude – de plus en plus élevé au fur et à mesure de la propagation constatée du phénomène – avec lequel je manipule ce type d'allusion, en principe toujours risquée avec des inconnus, dans des occasions tout ce qu'il y a de sérieux. Au fond, même un billet comme celui-ci m'aurait paru tout à fait inconvenant il y a encore un an, en raison de la neutralité qu'exigent mes fonctions professorales.

Mais voilà, je n'ai pas exactement l'impression de trahir cette neutralité quand il est question de Sarkozy. Huit mois après son accession au pouvoir, le sentiment est plutôt que celui-ci a cessé d'être un personnage politique comme un autre, au sens d'un représentant d'une tendance estampillée, dont la préférence relève du registre des convictions privées. Plutôt une sorte de figure ou d'emblème, un joker que chaque prise de parole, chaque acte public, enferment chaque jour un peu plus dans sa propre caricature.

Le soupçon: l'anti-sarkozysme a cessé d'être une position relative sur l'échiquier des tendances, mais est progressivement devenu la marque d'une disposition plus générale, d'ordre culturel et social, quasi indépendante de l'opinion politique personnelle. En un mot: l'anti-sarkozysme est un humanisme. C'est peu dire que j'en suis tout surpris.

Illustration: Remise de l'ordre du mérite à Maud Fontenoy par Nicolas Sarkozy (J-P. Pelissier/Reuters): première réponse à la requête "Sarkozy" sur Google images, ce matin 8 février (source: bozarblog).

La photo de mariage

image «Il n'y a pas de mariage sans photographie», écrivait Bourdieu dans Un art moyen (Minuit, 1965). Comment imaginer en effet que cet acte solennel fondateur d'une nouvelle lignée familiale ne soit accompagné, depuis la fin du XIXe siècle au moins, par son pendant iconographique? C'était compter sans la rupture sarkozienne – décidément plus concluante dans le registre personnel que sur le plan économique. Pour le dernier mariage du chef de l'Etat, on avait beau chercher: les télévisions comme les sites de presse n'offraient hier que vues des pyramides ou des grilles de l'Elysée. Les blogs, eux, s'en donnaient à coeur joie en déclinant simulacres et parodies. Mais d'image du mariage présidentiel, point.

Ce qui ne signifie pas qu'une photographie officielle n'a pas été produite, ni que celle-ci ne doive jamais être publiée (comme les rivières, les images finissent toujours par trouver le chemin). Mais en ce samedi où les médias puis la France entière découvraient le nouvel état matrimonial du président, l'absence de LA photographie était d'abord un signe politique. Un message de discrétion ostensible, profilé pour remonter la pente d'une popularité en berne, à l'approche d'échéances que les sondages promettent difficiles.

Au risque d'en faire un peu trop. A force de secret, cette union «dans la plus stricte intimité» (expression plus souvent employée pour les enterrements que pour les mariages) finissait par évoquer les cérémonies très privées des stars d'Hollywood plutôt que les réjouissances publiques du commun des mortels.

Devant ce trou noir, les médias ont administré une leçon de journalisme comme il se fait. Nul besoin de l'image qu'on attend pour illustrer un événement. En matière de bouche-trou, il y avait Gizeh et Petra, la conférence du 8 janvier, les souvenirs de Cécilia, les défilés de Carla, les couvertures des magazines, l'album des premières dames ou encore la cohorte des photographes avec leurs téléobjectifs impuissants (curieusement, nul n'a évoqué la publicité Lancia diffusée en ce moment sur les écrans français, malgré de bien belles images). Et ce qui se passe tous les jours, mais qui est moins visible – à savoir que la télévision s'alimente d'images de remplissage impertinentes et vaines – apparaissait d'un coup dans toute son évidence. Comme de coutume, le web aura sonné plus juste, en soulignant cette absence par l'ironie et la dérision.

Le retour du Vidéomètre

image Pour la dernière ligne droite des municipales, le Vidéomètre et sa vidéocarte sont de retour. Rémi Douine a affiné ses équations, qui permettent désormais une comparaison globale des audiences corrigées des vidéos par rapport au nombre d'habitants. A la différence du vidéomètre des présidentielles, caractérisé par une production très différenciée, l'outil capte en premier lieu la propagande pure et dure. Ce qui n'est pas forcément sans intérêt. Le côté brut de décoffrage, qui nous est habituellement épargné par le filtre des grands médias, dévoile de façon parfois cruelle des vrais bouts de réel. Malgré tous ses efforts, on se rend bien compte que David Martinon (non non), porte-parole de l'Elysée et promis à la mairie de Neuilly, aura du mal à s'imposer (302 vues sur Dailymotion aujourd'hui à 9h45). Il est si mignon, si gentil, si propre sur lui, si mélancolique qu'on se demande bien ce qu'il est venu faire dans cette galère (et accessoirement pourquoi Sarkozy a jeté son dévolu sur un successeur aussi inodore, à l'opposé du style Aldo Maccione qui a fait son succès).

Mais le vidéomètre ne se borne pas à la propagande officielle et a déjà pris dans ses filets quelques exemples de nouvelles formes d'expression politique. En haut du classement, on trouve ainsi la vidéo "Intoxaeschlimann", où Julien Richard, membre de la liste d'opposition socialiste à Asnières, nous convie à un décryptage des clips de campagne du maire sortant, Manuel Aeschlimann. La forme est rudimentaire, ça manque un peu de rythme, mais on comprend bien que l'ambiance locale est à la castagne! Monnaie courante dans les campagnes présidentielles américaines, le principe du contre-débat public fait ses premières armes au sein des municipales françaises. Grâce au vidéomètre, on pourra vérifier ses progrès pendant la campagne.

Réf.: www.videometre.org

Que pensé-je du rapport Attali?

Comme on dit sur mon forum préféré, tout est dans le titre. Telle Jeanne d'Arc, je suis à vrai dire le premier surpris de me sentir investi d'une responsabilité qui m'enjoint de me prononcer à mon tour sur un sujet qui excède largement mes compétences (et accessoirement la gamme des sujets abordés sur ce blog). Mais les voix du blogging me soufflent que tel est mon devoir citoyen. Qu'à cela ne tienne. Ce que je pense du rapport Attali? Qu'il incarne jusqu'à la caricature deux pièges qui ont déjà largement commencé à engloutir le sarkozysme.

D'une, le syndrome dit de la femme de Lot, qui consiste en une fuite en avant de commission en projets de loi et d'expertises en Grenelle qui ne font qu'accumuler diagnostics sur diagnostics et remèdes sur remèdes, sans aucun suivi ni aucune cohérence, avec pour seul résultat tangible d'occuper les unes et d'affoler les médias. Quand on pense à l'admiration suscitée jusque dans les rangs ségolénistes par le long travail d'élaboration intellectuelle piloté par Emmanuelle Mignon pendant la campagne du candidat Sarkozy, on ne peut qu'être interloqué par ce nouveau sursaut de la boîte à idées, qui n'est guère que la troisième ou la quatrième mise à la disposition de l'Elysée – jusqu'à aujourd'hui en pure perte ou peu s'en faut.

De deux, la schizophrénie de l'ouverture, ou le drame d'un président qui a inventé la droite soi-disant décomplexée, mais n'a de cesse de situer ses horizons intellectuels et programmatiques du côté gauche de l'échiquier, avec le plus absolu dédain pour sa famille politique. Une gauche qui, d'Attali à Blair en passant par Kouchner, est certes d'un rose des plus pastel – mais qui n'en garde pas moins un caractère suffisamment pathogène pour flanquer des poussées d'urticaire aux vrais droitards qui, à l'approche des municipales, commencent à trouver les lubies sarkozyennes un peu lourdes à porter.

La tristesse d'Attali était déjà perceptible ce soir au 20h de France 2. L'animal n'est pas assez idiot pour ne pas avoir compris que son pensum va rapidement suivre les précédents aux orties. Et franchement, même pour les gens pétris de charité tels que moi, voir le penseur à vapeur se faire ridiculiser par le camp qu'il a quitté non moins que par celui qu'il a rallié, c'est d'un à-propos rare et d'un goût délicieux.

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