BHL, Hortefeux ou Polanski, hier, Mitterrand aujourd'hui: on peut le vérifier grâce à l'éditorial du Monde, l'accusation de lynchage suit un schéma précis. Rarement initiée par un blogueur anonyme, cette accusation émane plus régulièrement d'une star de la politique ou des médias, qui défend un autre membre de l'élite momentanément mis en difficulté. Derrière l'épouvantail de la foule sans visage ou de la "planète internet", la figure du lynchage vise à stigmatiser l'adversaire et à ôter toute légitimité à l'expression de la critique – celle-ci étant implicitement décrite comme un phénomène d'emballement grégaire et irrationnel.

Revenons sur Terre. Frédéric Mitterrand n'a pas été pendu à un arbre par la populace. Il est difficile de le décrire comme un proscrit au ban de la société. A l'abri des ors de la rue de Valois, soutenu par l'Elysée, le ministre de Nicolas Sarkozy a bénéficié hier de la tribune du JT le plus regardé de France, et aura l'occasion de réitérer dès dimanche son plaidoyer dans l'émission sur canapé de Michel Drucker. On connait des victimes au sort moins enviable.

Vais-je à mon tour, modeste blogueur, me livrer sur la personne de Finkielkraut à l'agression qu'il dénonce? Rassurons le radiosophe. A la vérité, je le rejoins pour constater la multiplication des imputations de chasse à l'homme. Là où nous différons, c'est que cette inflation m'apparaît comme le symptôme réconfortant de la réappropriation en cours de l'expression publique. Si l'accusation de lynchage est une tactique de défense privilégiée de l'élite, sa prolifération trahit la montée de l'exaspération, du côté de ceux qui s'estiment propriétaires de la parole. Face à un parasitage sans précédent de leur droit exclusif à dicter la glose, le recours à cette violence verbale est un vrai signe de désespoir – et la confirmation d'un désaisissement qui s'accélère. Plutôt que d'accabler Mitterrand ou Finkielkraut, préparons-leur un thé et une bouillotte, et réjouissons-nous de l'aveu que leurs tourments nous dévoilent.