Ecce imago. Voici l'image. Rien de plus que ce que disait déjà si bien Alberti dans son De Pictura (1435): «Car la peinture a en elle une force quasi divine qui non seulement, comme on dit de l'amitié, rend les absents présents, mais aussi montre les morts aux vivants après de longs siècles» (Nam habet ea quidem in se vim admodum divinam non modo ut quod de amicitia dicunt, absentes pictura praesentes esse faciat, verum etiam defunctos longa post saecula viventibus exhibeat).

L'image donne figure. Elle fait basculer le mort vers le vif. Elle crée la présence de ce qui est absent. C'est tout. C'est très puissant. Et ça l'est encore plus si on ajoute le détail qu'Alberti a oublié de préciser. Le personnage que je contemple n'est peut-être pas tout à fait le même que celui que je m'étais imaginé, mais il a sur mon John Carter un énorme avantage: il est devenu un objet public, il peut être partagé.

La figuration est une objectivation. Dans le contexte des médias de masse, c'est ce trait qui confère à l'image sa puissance. Pas étonnant qu'on en use pour donner corps aux idées, aux messages, aux métarécits. Pour faire vivre tout ce à quoi nous voulons donner une existence dans l'espace social, au-delà de la subjectivité. De la propaganda fide à l'image scientifique – du Christ aux dinosaures. De mai 68 à Neda.