Une icône prédigitale
Par Daniel Hornuff, mardi 30 juin 2009 à 09:45 (2071 vues, permalink, rss co) :: Invités
Peu après le décès du King, les serveurs tombèrent en carafe. Twitter et TMZ se turent l'espace d'un instant, l'accès à Wikipedia fut bloqué pour de longues minutes et de nombreux blogs people durent fermer pour cause de surfréquentation. Michael Jackson aura été plus vivant le jour de sa mort qu'il ne le fut au cours des vingt dernières années. Même les cinquante derniers concerts prévus et les millions de tickets vendus n'auraient pas produit un come-back d'une telle ampleur.
Ce n'est qu'avec sa disparition que Michael Jackson aura été poussé vers un medium dont le développement lui avait échappé. Depuis environ le milieu des quatre-vingt-dix, il a vécu essentiellement sur l'aura de son succès de la période analogique, sans jamais franchir le pas vers l'ère digitale. Autoplaste passionné, il aura cru sa vie durant à son statut d'exception – tout en étant la popstar la plus imitée, doublée, copiée ou parodiée. Son potentiel web 2.0 n'était pas contestable. Mais la peur d'une perte de contrôle dans les méandres du réseau électronique lui fit préférer le Nobodyland. Son célèbre soulevé des valseuses ne pouvait se concevoir qu'accompagné des cris du public, élevé au rang mythologique de prise du sceptre royal. En version Youtube, il y avait de quoi inquiéter, subir l'affront du signalement, voire être tout bonnement rayé de la playlist.
Avec sa mort, pour une brève période, revit une popculture fondée sur une hiérarchie forte et sans partage. Michael Jackson appartenait à ceux qu'on regardait d'en bas. Il essaya de copiner avec Britney Spears. En 2001, ils apparurent ensemble sur scène (voir ci-dessus). Déjà perdu dans ses reconstructions faciales, le sculpteur fit de son mieux pour être à la hauteur. Mais la nymphette encore innocente de l'ère digitale ne semble avoir aucun doute sur son avantage indépassable. De gauche à droite et retour, elle promène son sex-appeal, vaguement suivie par une ombre qui trébuche dans son moonwalk, mimant la concupiscence. Rarement carrière aussi brillante aura trouvé fin plus inexorable – définitivement enterrée par une nouvelle époque.
On le devine: le sursaut momentané du chanteur ne sera qu'un feu de paille de l'analogique. Pour ramener à la vie une icône prédigitale, celui-ci aura mobilisé les outils numériques jusqu'à saturation. Mais le choix du medium lui-même contredit le postulat du souvenir: l'heure est aux esthètes amateurs, qui ne se contentent plus depuis longtemps de la gloire des modèles.
Version originale sur Bildfähig!, 27/06/2009, traduit de l'allemand par André Gunthert.
Tags: culture visuelle
Commentaires
1. Le mercredi 8 juillet 2009 à 16:18, par Lambert Saint Paul
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