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Hadopi: "un dispositif pédagogique"

Communiqué du ministère de la culture et de la communication: "Réaction de Christine Albanel à la décision du Conseil constitutionnel, mercredi 10 juin 2009".

«Christine Albanel se félicite que le principe d’un dispositif pédagogique de prévention du piratage ait été validé par le Conseil constitutionnel. Il s’agit d’une avancée capitale dans la lutte qu’elle entend continuer à mener contre le pillage des droits des créateurs et en faveur d’un Internet civilisé.

La ministre regrette de ne pouvoir, comme le Gouvernement et le Parlement l’avaient souhaité, aller jusqu’au bout de la logique de «dépénalisation» du comportement des internautes, en confiant à une autorité non judiciaire toutes les étapes – y compris le prononcé de la sanction – du processus. Elle prend acte sur ce point du choix du Conseil constitutionnel et proposera au Président de la République et au Premier ministre de compléter rapidement la loi Création et Internet pour confier au juge le dernier stade de la «réponse graduée». Parallèlement la mise en place de la Haute Autorité instituée par la loi, exclusivement chargée du volet préventif de la lutte contre le piratage, se fera selon le calendrier prévu et les premiers messages d’avertissement seront adressés dès l’automne aux abonnés à Internet.

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Pour la bonne cause

image La projection de Home a-t-elle pesé sur les résultats des élections européennes? Yann Arthus-Bertrand est convaincu que son film a apporté des voix au camp écologiste, et s'en réjouit. Plusieurs témoignages permettent de vérifier que cette interprétation n'a rien d'un fantasme. Cet effet aurait-il été souligné si les listes pilotées par Dany Cohn-Bendit n'avaient fait jeu égal avec celles du PS? Quoiqu'il en soit de l'influence supposée du film sur les intentions des votants, il n'en reste pas moins que Home, oeuvre défendant une cause, diffusée gratuitement sur YouTube dans 126 pays ou vendue en DVD à prix coûtant, appartient sans hésitation au genre du cinéma de propagande[1].

Un film de propagande diffusé par une chaîne publique, recommandé dans les écoles, à deux jours d'une consultation électorale est un cas qui mérite réflexion. Programmée pour la journée mondiale de l'environnement, cette diffusion avait été décidée très en amont par la production, indépendamment du calendrier des européennes. Mais il est remarquable que ni le CSA, ni la direction de la chaîne n'ont imaginé que cette coïncidence pouvait poser le moindre problème de principe.

La raison de cette ingénuité paraît évidente: Home oeuvre pour la bonne cause. Comme la lutte contre le tabagisme, l'écologie n'est pas considérée comme une opinion, mais comme une mission de dimension universelle, qui transcende le jeu politicien ou les intérêts partisans.

Je laisse à chacun le soin de juger de son rapport avec le consensus. Pour ma part, le sauvetage de la planète m'apparaît typiquement comme un de ces grands récits que la culture occidentale est habile à produire - dont une caractéristique est précisément de ne laisser aucune place à la contradiction. Pour éviter les malentendus, je précise que je suis moi-même, comme tout bon membre de notre communauté, parfaitement convaincu de l'utilité de ce dessein. Ce qui ne m'empêche pas d'y reconnaître les traits constitutifs des grands mythes modernes. Dans les années 1960, la conquête de l'espace avait été présentée comme un objectif dépassant les antagonismes locaux, susceptible d'unir l'humanité dans un même espoir désintéressé. Avec le recul, on a mieux perçu combien cette utopie avait participé à la victoire des Etats-Unis sur l'hydre collectiviste. Aller sur la Lune n'était en soi ni bien ni mal. Mais il est indéniable que la course à l'espace a servi les fins du camp occidental, et que sa principale motivation n'était ni scientifique ni culturelle, mais politique[2].

En France, le 7 juin a donné un coup d'accélérateur à la constitution de l'écologie comme force politique. Plus généralement, alors qu'on assiste à un affaiblissement sans précédent des partis sociaux-démocrates sur le vieux continent, je ne serai pas étonné que le sauvetage de la planète devienne le prochain grand récit collectif de l'Europe. Si l'on en croit Denord et Schwartz, l'alibi "social" était nécessaire à la construction de l'espace néolibéral européen[3]. Désormais privés de ce cache-sexe, les promoteurs du projet eurolibéral vont avoir besoin d'un nouvel écran de fumée. Avec sa ribambelle de sponsors chics et ses images plus belles qu'un rêve de Christine Lagarde, Home arrive à point pour nous indiquer dans quelle direction chercher.

Notes

[1] Cf. Jean-Pierre Bertin-Maghit (dir.), Une histoire mondiale des cinémas de propagande, Paris, Nouveau Monde, 2008.

[2] Cf. Walter A. McDougall, The Heavens and the Earth. A Political History of the Space Age, Baltimore, John Hopkins University Press, 1985.

[3] Cf. François Denord, Antoine Schwartz, L'Europe sociale n'aura pas lieu, Paris, Raisons d'agir, 2009.