Home

Je n'ai jamais été un fan d'Arthus-Bertrand, qui est à mes yeux un peu moins qu'un photographe publicitaire - disons plutôt un photographe de calendriers. Ce qui suffit à expliquer son succès populaire: les calendriers illustrés (qui sont un des produits d'édition les plus appréciés, avec les livres culinaires ou les guides touristiques) fournissent une indication très sûre à propos des stéréotypes iconographiques les plus digestes ou des images les plus pin-upables.

Réalisé à partir d'une seule idée visuelle, toujours la même depuis le carton de La Terre vue du ciel (1999), Home est moins un film qu'un album de photos animé. Avec un gros désavantage sur l'image fixe: le perpétuel travelling qui traverse chaque plan, à la manière d'un diaporama affligé d'un "effet Ken Burns" sous iPhoto, conduit le spectateur au bord de la nausée, le coeur soulevé par cet incessant roulis des images.

Un film qui n'arrive jamais à fixer, à regarder quelque chose en face est une étrange négation du cinéma. Cette absence de confrontation avec le réel, ce détachement permanent confèrent aux images un aspect aussi évanescent et abstrait qu'une publicité pour parfum. Toute la virtuosité de l'hélicoptère, l'incroyable débauche de paysages n'y peuvent rien. L'écologie vue du ciel reste aussi jolie, chic et froide qu'un flacon de Balenciaga. Un triomphe de l'illustration, qui mangera n'importe quel discours.

Le dispositif est plus intéressant. Arthus-Bertrand a souvent innové en la matière. On se souvient de l'exposition des images de La Terre vue du ciel sur les grilles du jardin du Luxembourg – une première souvent imitée depuis. La diffusion simultanée de Home à la télévision, au cinéma et sur internet est là encore une nouveauté dont les difficultés de réalisation (avec notamment des versions différentes pour contourner l'interdit légal) disent assez le caractère exceptionnel.

L'idée d'une diffusion globale signifie l'identification de l'écologie comme nouveau grand récit des sociétés occidentales. Le pari est loin d'être idiot, et le choix d'une complète transmédialité très révélateur de la nouvelle cartographie des médias. Mais comment illustrer ce mythe? Home propose une sorte d'extension prodigieuse d'une seule photographie: celle de la Terre vue de l'espace, prise par Apollo 17 en 1972 - image culte d'une certaine écologie, donnée comme la clé d'une prise de conscience de l'unité et de la fragilité de la planète-mère. Je ne suis pas sûr que le film soit à la hauteur de l'ambition affichée – mais il conviendra d'en juger avec quelques années de recul. Si le genre s'impose ou connaît d'autres variations, on pourra alors admettre qu'on est en face d'une nouvelle mythographie.