Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Une icône prédigitale

Peu après le décès du King, les serveurs tombèrent en carafe. Twitter et TMZ se turent l'espace d'un instant, l'accès à Wikipedia fut bloqué pour de longues minutes et de nombreux blogs people durent fermer pour cause de surfréquentation. Michael Jackson aura été plus vivant le jour de sa mort qu'il ne le fut au cours des vingt dernières années. Même les cinquante derniers concerts prévus et les millions de tickets vendus n'auraient pas produit un come-back d'une telle ampleur.

Ce n'est qu'avec sa disparition que Michael Jackson aura été poussé vers un medium dont le développement lui avait échappé. Depuis environ le milieu des quatre-vingt-dix, il a vécu essentiellement sur l'aura de son succès de la période analogique, sans jamais franchir le pas vers l'ère digitale. Autoplaste passionné, il aura cru sa vie durant à son statut d'exception – tout en étant la popstar la plus imitée, doublée, copiée ou parodiée. Son potentiel web 2.0 n'était pas contestable. Mais la peur d'une perte de contrôle dans les méandres du réseau électronique lui fit préférer le Nobodyland. Son célèbre soulevé des valseuses ne pouvait se concevoir qu'accompagné des cris du public, élevé au rang mythologique de prise du sceptre royal. En version Youtube, il y avait de quoi inquiéter, subir l'affront du signalement, voire être tout bonnement rayé de la playlist.

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Un fautoreportage qui dit vrai

image A l'occasion du grand prix Paris Match 2009, Guillaume Chauvin et Rémi Hubert, étudiants aux arts déco de Strasbourg, ont soumis un photoreportage prétendument consacré à la dégradation des conditions de la vie étudiante. Copie conforme du catalogue des idées reçues médiatiques, leur projet accumule, dans un noir et blanc misérabiliste, les vues de jeunes gens obligés de se nourrir dans les poubelles ou poussés à la prostitution pour payer leur scolarité (voir illustration). Témoignant de la parfaite adéquation de cette proposition avec l'entendement journalistique, qui voit l'université comme un repaire de SDF, le jury a décerné le premier prix à ce bel exercice d'agit-prop, publié avec les honneurs dans le numéro de cette semaine (n° 2533 du 25 juin 2009).

Faux reportage, cette critique en acte du photojournalisme est d'une décapante justesse. Elle démontre le caractère conventionnel de la construction de l'actualité, tributaire de schémas caricaturaux, et prouve que les codes du photojournalisme sont parfaitement identifiables et reproductibles. Elle montre aussi comment la pratique quotidienne du journalisme visuel a inversé le schéma revendiqué d'un enregistrement objectif de l'événement. Au contraire, les images des deux strasbourgeois sont bel et bien construites comme les illustrations gravées du XIXe siècle, c'est à dire comme des projets iconiques, supports d'un récit préalable. La majorité de l'imagerie médiatique relève en réalité de ce modèle, et non du soi-disant témoignage sur le vif. Dépité de s'être fait prendre à son propre piège, l'organe de propagande du sarkozysme a finalement annulé le concours. Pour une démonstration aussi impeccable, pour leur humour et leur inventivité, le Lhivic décerne au contraire à Chauvin et Hubert les palmes avec félicitations du jury!

Le nom de la rose

Dimanche 21 juin, tôt levé. Connection, Facebook. Trouve la note de Natacha Quester-Séméon, "Iran: elle s’appelait Neda", qui renvoie sur son blog, Mémoire vive. Découvre la vidéo de la mort de Neda Agha Soltan sur Facebook. Sur Twitter, plusieurs tweets renvoient de même à l'événement. Narvic fournit divers liens, dont un vidéogramme sur Twitpic, qui montre le visage couvert de sang de la jeune femme.

Je dois partir dans la matinée pour un colloque. Je n'ai pas beaucoup de temps. Je suis choqué et ému par la vidéo, incapable de produire une analyse sur le vif, je n'en ai aucune envie. Mais la qualité de l'information réunie par Natacha, l'angle de son analyse et bien sûr la dimension empathique qu'introduit le nom de la jeune femme, souligné dès le titre du billet, me poussent à rédiger un signalement, composé d'un extrait et d'un lien.

Mettre ou non l'image? Facebook ne propose pas de lecteur exportable, il n'est donc pas possible d'y renvoyer de la même façon qu'à une vidéo sur YouTube. Etant donné son caractère choquant, mon premier réflexe est de m'abstenir. Mais en l'espace de quelques minutes, je me rends compte que le vidéogramme s'est déjà imposé à moi. Je corrige mon billet, en lui associant la copie reproduite sur Twitpic, en petit format.

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Iran: elle s'appelait Neda

Tous les visas des journalistes occidentaux expirent dimanche en Iran. (...) Donc à partir de samedi soir, il était prévisible que nous ne pourrions plus accéder à du contenu produit par des journalistes. Aujourd’hui, 8e jour de la Révolution iranienne, nous sommes encore plus nombreux à suivre les événements à travers la fenêtre des réseaux sociaux. (...) Twitter n’est pas la seule plateforme utilisée, comme nous l’avons déjà dit à plusieurs reprises. Facebook, Flickr, YouTube et bien d’autres accueillent les documents, que l’ensemble des internautes, attentifs, étiquettent en temps réel et transforment pour les rediffuser. Sans le savoir, ils participent à leur éditorialisation. Ces images, montrant le courage et le sang, ne sont pas arrêtées dans leur course. Pour nous parvenir, elles transitent par de multiples canaux et les internautes hors d’Iran se chargeant d’amplifier leur impact. Ce qui frappe aussi c’est la bravoure ou le désespoir de ces jeunes femmes voilées qui participent aux rassemblements. Neda n’était pas l’une d’entre elles, elle venait simplement observer avec son père. Son visage nous a tous marqués. Elle s’appelait Neda, c’est le visage de la jeunesse et d’une liberté volées.

Par Natacha Quester-Séméon, Memoire vive, 21/06/2009.
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La mouche

Après la rédaction d'un mot d'excuse en plein meeting, l'épisode de la mouche promet de rester comme un des signes par excellence du professionnalisme médiatique obamien. Un naturel sublime dans l'accomplissement de tâches improbables, sans pour autant perdre le fil de l'exercice, avec la dextérité d'un pilote se roulant une cigarette en plein looping. Faire preuve d'une telle maîtrise témoigne d'un stade d'intégration supérieur des contraintes médiatiques – et d'une familiarité de longue date avec le David Letterman Show. Tandis que d'autres s'évertuent à reproduire le style Kennedy, Obama lui fait franchir une nouvelle étape. Kennedy avait choisi la scène de l'intimité familiale comme théâtre de ses qualités morales. Obama innove en maintenant soigneusement le spectacle du naturel sur le terrain professionnel. Un choix habile, qui promeut une figure qu'on pourrait appeler de la compétence desinhibée. C'est sans aucun hasard que ces séquences anecdotiques sont reprises par les médias du monde entier (et bien sûr déjà remixées en ligne). Plutôt qu'un long discours, ces brèves démonstrations pratiques sont autant de preuves par l'exemple d'un renouvellement du style politique.

Dernières acquisitions de la vidéothèque de l'EHESS

  • "Valse avec Bachir" d'Ari Folman, 2008, 86 mn. N’ayant aucun souvenir de son expérience lors de la 1e guerre du Liban, au début des années 1980, Ari Folman décide de partir à la rencontre de ses anciens camarades de guerre maintenant éparpillés dans le monde entier. Au fur et à mesure de ses rencontres, Ari plonge dans le mystère et sa mémoire commence à être parasité par des images de plus en plus surréalistes…
  • "Cocorico! Monsieur Poulet" de Jean Rouch, 1974, 93 mn. Dans une 2 CV bringuebalante, Lam, surnommé M. Poulet, s’en va en brousse chercher les poulets qu’il vendra à Niamey. Assisté de Tallou et Damouré, il espère faire des affaires juteuses. Mais les imprévus s’accumulent, les poulets sont introuvables, le fleuve Niger difficile à traverser. Et une diablesse ne cesse de jeter des sorts.
  • "Bataille sur le grand fleuve" de Jean Rouch, 1950, 33 mn. Epopée fluviale au cours de laquelle les pêcheurs Sorko chassent au harpon les hippopotames du fleuve Niger. Une compétition magique entre l’animal et l’homme.
  • "Cimetières dans la falaise" de Jean Rouch, 1951, 18 mn. Document ethnologique et bouleversant témoignage sur les funérailles d’un jeune noyé en pays Dogon, falaise de Bandiagara au Mali.

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Une autre révolution est en marche

Chers amis, vous n'êtes pas sans connaître les événements incroyables qui ébranlent l'Iran à l'heure actuelle. Désormais on compte plus d'un million de personnes dans la rue pour manifester et braver les violences policières/militaires (ainsi que les milices) contre le résultat des élections présidentielles (il est capital que d'autres villes que Téhéran comme Tabriz ou Ispahan se soient aussi soulevées). De plus en plus d'éléments portent à croire qu'il y aurait bien eu des fraudes organisées par l'appareil gouvernemental devant la menace de voir un "réformiste" (Moussavi) arriver au pouvoir - un élan populaire et un taux de participation sans précédent l'ont laissé présager durant toute la campagne. Moussavi représentait le dernier espoir d'une petite libération politique et sociale dans la dictature déguisée où l'Iran se trouve depuis la Révolution islamique de 1979.

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Donnez-nous aujourd'hui notre feuilleton quotidien

Intéressant billet de Guillermo sur Radical chic, qui souligne la floraison de commentaires accompagnant les théories pour expliquer l'accident du vol AF 447. «Ainsi au début, quand les médias nous servaient la foudre, on se battait pour savoir si les avions modernes faisaient cage de Faraday ou non, et on s'élevait contre les matériaux composites! Ensuite il a bien fallu constater que la recherche des boites noires serait ardue, sinon impossible, permettant à un commentateur de proposer des "boites noires éjectables et insubmersibles" (sic). Enfin maintenant que la mesure de vitesse est sur la sellette, on s'emporte contre un dispositif inventé au XVIIIeme siècle, et pourquoi pas par GPS comme pour ma bagnole (ah, ça existe déjà), et qu'est c'qu'ils foutent les ingénieurs?»

Résumons. Quinze jours après l'accident, on ne sait toujours pas quelles en sont les causes. La marche "à vide" de la machine médiatique dans les premiers jours qui ont suivi le crash n'en apparaît qu'avec plus de clarté. Nombreux, sur le net, ont souligné le malaise suscité par l'application aveugle des réflexes interprétatifs à un cas où l'on ne disposait pas d'informations suffisantes pour les étayer. Du point de vue de la critique des médias, il aurait mieux valu jouer profil bas, être plus mesuré ou plus modeste dans le commentaire. Mais sur un plan d'observation anthropologique, la disproportion entre l'information pertinente et un traitement surabondant a produit une expérimentation grandeur réelle du système médiatique, permettant de souligner des traits habituellement moins apparents.

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L'EHESS n'ira pas rue du Pré

Ce matin, première assemblée des enseignants sous la conduite de François Weil, nouveau président de l'EHESS. Parmi les annonces intéressantes, on retiendra notamment celle concernant l'abandon du projet de déménagement rue du Pré. Le déblocage du marché immobilier parisien en raison de la crise économique a ouvert de nouvelles possibilités. Il semble possible d'obtenir une installation de l'administration et des centres de l'Ecole (la plupart des enseignements resteront assurés au 105, bd Raspail) dans le 13e arrondissement, non loin de la BNF, dans de meilleures conditions que celles offertes par l'ancien bâtiment de la Poste. L'emménagement devrait avoir lieu mi-2010. Une annonce qui a été reçue avec soulagement par l'assemblée.

C'est également avec plaisir qu'on a appris la création d'une 4e année d'inscription pour les doctorants. Jusqu'à présent, les étudiants poursuivant leur thèse au-delà de la 3e année perdaient le bénéfice de l'inscription régulière, qui n'était renouvelée qu'au moment de la soutenance. Favorable à des thèses longues en raison des contraintes disciplinaires des sciences humaines et sociales, l'EHESS a décidé de rapprocher la règle des faits. Cette nouvelle disposition contribuera à diminuer la désocialisation dont souffrent les doctorants au long cours.

Soutenances de master au Lhivic

Soutenances publiques de master, le samedi 27 juin 2009, en salle Walter Benjamin, INHA, galerie Colbert, 2 rue Vivienne/6, rue des Petits Champs, 75002 Paris.

  • 10h - Marc Lenot, "Invention et retrait de l'artiste. L’exemple du photographe tchèque Miroslav Tichý", sous la direction d'André Gunthert, rapporteurs: Clément Chéroux (Centre Pompidou), Michel Poivert (université Paris 1).
  • 11h30 - Amélie Segonds, "Indexation visuelle et recherche d’images sur le Web. Enjeux et problèmes", sous la direction d'André Gunthert, rapporteur: Paul-Louis Roubert (université Paris 8).

Nota bene: Ces travaux seront mis en ligne sur le site du Lhivic après la soutenance.

Cinq leçons d'une élection

image Les élections européennes du 7 juin ont été remarquables au moins autant par leurs résultats que par l’aveuglement des commentateurs. Ces derniers ont ainsi mis en avant la «vague conservatrice» à laquelle on aurait assisté. Mais, celle-ci a été des plus relatives face à l’abstention, elle réellement historique, que l’on a connu dans ces élections. Il convient, avec le recul nécessaire, de comprendre ce que ces élections ont révélé. Au-delà des premières réactions, il est probable que nous avons assisté au début de la fin de la construction européenne telle que nous la connaissons.

1. Le rejet de l’Europe fédérale

On l’a dit, l’abstention a été énorme, et pas seulement en France. C’est chez les nouveaux entrants qu’elle a été le plus spectaculaire avec moins de 30% de votants en République Tchèque et à peine plus de 18% en Slovaquie. La France, avec à peine 40% de votants enregistre ici l’un de ses taux les plus faibles de participations. À peine plus d’un électeur sur trois s’est ainsi déplacé en Europe pour aller voter. Ce phénomène est tellement massif qu’il doit être expliqué en priorité.

On peut analyser cette faible participation comme le résultat combiné de plusieurs facteurs.

  • Les électeurs européens ont à l’évidence sanctionné une Europe qui s’avère incapable de les protéger de la crise et de ses conséquences. Il n’y a pas de "plan de relance" européen et l’addition des plans nationaux représente ainsi à peine 1% du PIB de l’Europe. De plus, cette dernière a été incapable, par ses règles bancaires, de prévenir la contamination issue de la crise américaine. Il y a pire. L’Europe, par ses directives, enracine cette crise et détruit progressivement tous les instruments dont on pouvait disposer au niveau national pour s’y opposer. De ce point de vue, l’application du Traité de Lisbonne ne changera en rien la situation. Ce traité ne fait que consolider les régressions économiques et sociales de ses dernières années.

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Hadopi: "un dispositif pédagogique"

Communiqué du ministère de la culture et de la communication: "Réaction de Christine Albanel à la décision du Conseil constitutionnel, mercredi 10 juin 2009".

«Christine Albanel se félicite que le principe d’un dispositif pédagogique de prévention du piratage ait été validé par le Conseil constitutionnel. Il s’agit d’une avancée capitale dans la lutte qu’elle entend continuer à mener contre le pillage des droits des créateurs et en faveur d’un Internet civilisé.

La ministre regrette de ne pouvoir, comme le Gouvernement et le Parlement l’avaient souhaité, aller jusqu’au bout de la logique de «dépénalisation» du comportement des internautes, en confiant à une autorité non judiciaire toutes les étapes – y compris le prononcé de la sanction – du processus. Elle prend acte sur ce point du choix du Conseil constitutionnel et proposera au Président de la République et au Premier ministre de compléter rapidement la loi Création et Internet pour confier au juge le dernier stade de la «réponse graduée». Parallèlement la mise en place de la Haute Autorité instituée par la loi, exclusivement chargée du volet préventif de la lutte contre le piratage, se fera selon le calendrier prévu et les premiers messages d’avertissement seront adressés dès l’automne aux abonnés à Internet.

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Pour la bonne cause

image La projection de Home a-t-elle pesé sur les résultats des élections européennes? Yann Arthus-Bertrand est convaincu que son film a apporté des voix au camp écologiste, et s'en réjouit. Plusieurs témoignages permettent de vérifier que cette interprétation n'a rien d'un fantasme. Cet effet aurait-il été souligné si les listes pilotées par Dany Cohn-Bendit n'avaient fait jeu égal avec celles du PS? Quoiqu'il en soit de l'influence supposée du film sur les intentions des votants, il n'en reste pas moins que Home, oeuvre défendant une cause, diffusée gratuitement sur YouTube dans 126 pays ou vendue en DVD à prix coûtant, appartient sans hésitation au genre du cinéma de propagande[1].

Un film de propagande diffusé par une chaîne publique, recommandé dans les écoles, à deux jours d'une consultation électorale est un cas qui mérite réflexion. Programmée pour la journée mondiale de l'environnement, cette diffusion avait été décidée très en amont par la production, indépendamment du calendrier des européennes. Mais il est remarquable que ni le CSA, ni la direction de la chaîne n'ont imaginé que cette coïncidence pouvait poser le moindre problème de principe.

La raison de cette ingénuité paraît évidente: Home oeuvre pour la bonne cause. Comme la lutte contre le tabagisme, l'écologie n'est pas considérée comme une opinion, mais comme une mission de dimension universelle, qui transcende le jeu politicien ou les intérêts partisans.

Je laisse à chacun le soin de juger de son rapport avec le consensus. Pour ma part, le sauvetage de la planète m'apparaît typiquement comme un de ces grands récits que la culture occidentale est habile à produire - dont une caractéristique est précisément de ne laisser aucune place à la contradiction. Pour éviter les malentendus, je précise que je suis moi-même, comme tout bon membre de notre communauté, parfaitement convaincu de l'utilité de ce dessein. Ce qui ne m'empêche pas d'y reconnaître les traits constitutifs des grands mythes modernes. Dans les années 1960, la conquête de l'espace avait été présentée comme un objectif dépassant les antagonismes locaux, susceptible d'unir l'humanité dans un même espoir désintéressé. Avec le recul, on a mieux perçu combien cette utopie avait participé à la victoire des Etats-Unis sur l'hydre collectiviste. Aller sur la Lune n'était en soi ni bien ni mal. Mais il est indéniable que la course à l'espace a servi les fins du camp occidental, et que sa principale motivation n'était ni scientifique ni culturelle, mais politique[2].

En France, le 7 juin a donné un coup d'accélérateur à la constitution de l'écologie comme force politique. Plus généralement, alors qu'on assiste à un affaiblissement sans précédent des partis sociaux-démocrates sur le vieux continent, je ne serai pas étonné que le sauvetage de la planète devienne le prochain grand récit collectif de l'Europe. Si l'on en croit Denord et Schwartz, l'alibi "social" était nécessaire à la construction de l'espace néolibéral européen[3]. Désormais privés de ce cache-sexe, les promoteurs du projet eurolibéral vont avoir besoin d'un nouvel écran de fumée. Avec sa ribambelle de sponsors chics et ses images plus belles qu'un rêve de Christine Lagarde, Home arrive à point pour nous indiquer dans quelle direction chercher.

Notes

[1] Cf. Jean-Pierre Bertin-Maghit (dir.), Une histoire mondiale des cinémas de propagande, Paris, Nouveau Monde, 2008.

[2] Cf. Walter A. McDougall, The Heavens and the Earth. A Political History of the Space Age, Baltimore, John Hopkins University Press, 1985.

[3] Cf. François Denord, Antoine Schwartz, L'Europe sociale n'aura pas lieu, Paris, Raisons d'agir, 2009.

Réflexions autour du débat "La médiatisation du mouvement universitaire"

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Le débat "La médiatisation du mouvement universitaire", animé par André Gunthert (EHESS), s’est déroulée en deux temps. Le premier volet a été consacré à un examen des conditions et modalités de la médiatisation du mouvement universitaire, réflexion à laquelle étaient conviés un certain nombre de journalistes des médias nationaux (Luc Cédelle pour Le Monde, Ixchel Delaporte pour l’Humanité, Sylvestre Huet pour Libération) et d’un nouveau média diffusé sur internet (Jade Lindgaard de Mediapart), auxquels s’étaient joints une universitaire (Valérie Robert de SLU) et un enseignant-chercheur de l’EHESS (Cyril Lemieux). Il s’agissait de faire retour sur les difficultés et les insatisfactions à la fois des membres de la communauté universitaire mais également des journalistes eux-mêmes au sujet de la couverture médiatique du mouvement universitaire. Le second volet, auquel ont pris part deux universitaires (Sophie Pène et Olivier Ertzcheid) a permis de dresser un premier bilan de la montée en puissance, parmi la communauté universitaire, de l’usage des nouvelles technologies d’information et de communication (NTIC), à des fins d’échanges d’informations et de coordination des actions que le caractère décentralisé du mouvement anti-LRU rendait nécessaire et comme un moyen d’expression autonome de la communauté universitaire mobilisée sur des questions qui la concernent au plus près. (On trouvera les principaux extraits des interventions audio des participants cités sur le site SLRU-EHESS à la rubrique "podcasts". Un des intervenants a présenté sa propre analyse du débat. A consulter également l’article de Régis Soubrouillard, de Marianne.)

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Un scrutin et deux enterrements

image C'est net. Ceux qui ont perdu hier soir, PS et Modem, sont les fondateurs de l'Europe. La social-démocratie à la sauce néolibérale promue par le marché commun agonise. Quant aux pseudo-vainqueurs, ils auraient tort de se réjouir. A quelque 10% du corps électoral, l'étiage du parti présidentiel est au plus bas. L'UMP n'a pas fait mieux que de mobiliser les convaincus. Et le conglomérat Cohn-Bendit (qu'on n'a pas beaucoup entendu sur l'écologie) n'a fait que récupérer les voix des déçus du PS. La composante protestataire reste globalement élevée, cumulant près de 20% des suffrages. Mais la gauche de la gauche n'a pas profité de la débâcle socialiste. Traduit en termes politiciens, c'est l'enterrement du PS. Hier soir, sans attendre, Montebourg spéculait sur la création d'un nouveau parti, à même d'accueillir les mânes de l'électorat socio-démocrate. Ce scénario dépend d'un renouvellement du logiciel qui n'est pour l'instant guère perceptible. Le scrutin du 7 juin restera celui du rejet par les peuples de l'Europe globalisée. Il n'existe aujourd'hui aucun projet alternatif crédible pour refonder l'Europe politique.

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