Pratiques des images dans la société de l'information et de la connaissance

Argument. La première phase de l'élaboration des technologies de l'information a été celle du calcul. Avec l'arrivée des usages grand public, la structuration des systèmes se poursuit autour du modèle de la communication écrite. En 1990, lorsque Tim Berners-Lee invente le World Wide Web, il désigne significativement du nom d'«hypertexte» l'espace des nouveaux échanges électroniques.

C'est la même année qu'est lancée la première version du logiciel de traitement d'images Photoshop pour les ordinateurs de marque Apple. L'Oeil reconfiguré de William J. Mitchell salue dès 1992 le paysage ouvert par le passage au pixel des contenus visuels. Depuis lors, l'image n'a cessé d'investir la société de l'information, ouvrant une troisième phase de structuration des systèmes autour du paradigme visuel.

De l'environnement graphique du Macintosh à Youtube, du camphone à Google Street View, l'image est aujourd'hui au cœur de la société de l'information. Non plus comme un spectacle auquel on assiste passivement, mais comme un outil de médiation que chacun peut mettre en œuvre. Liée à la combinaison de plusieurs facteurs techniques récents, notamment l'arrivée à maturité de la technologie des photocapteurs, la diffusion rapide du haut débit, ou encore les services proposés par le web dynamique, cette révolution a été caractérisée par la notion de user generated content (UGC), ou contenu créé par l’usager.

Mais cette nouvelle étape a également fait apparaître des obstacles et des contradictions inédites, comme la difficulté de l'indexation ou du traitement sémantique des contenus multimédias, leur résistance à une circulation fluide dans des environnements techniques variés ou encore leur forte intégration dans les économies régies par la propriété intellectuelle.

Alors que le calcul ou le texte forment des systèmes robustes de transmission et de manipulation de l’information, l’image ne dépend pas d’un système sémiotique fermé, mais de divers modèles d’interprétation à dimension culturelle ou contextuelle. La capacité de l’image à stocker ou à produire de l’information est indissociable d’un caractère flottant, plastique et ouvert. Ces traits, qui expliquent en partie le succès du recours au paradigme visuel, permettent aussi de comprendre que celui-ci s’est effectué de façon sauvage et non théorisée.

En la matière, une difficulté de l’analyse repose dans le degré d'élaboration encore sommaire des outils conceptuels disponibles ainsi que dans le dialogue insuffisant entre des disciplines comme l’histoire de l’art, les visual studies, les sciences de l’information ou la psychologie. Cette carence théorique s'illustre par le caractère souvent imprévu du développement des pratiques de l'image, dont les manifestations sont volontiers décrites comme des gadgets sans avenir. Nourrie aux mêmes sources, l'inadaptation des dispositifs juridiques ou commerciaux encourage des usages de contrebande, parasites ou hors la loi.

L’Ecole doctorale d’été se donne pour objectif d’explorer sous toutes ses formes le paradigme visuel dans la société de l’information. On se penchera sur la question de l’interprétation des images, dans ses aspects culturels et informationnels. On interrogera les dimensions techniques, économiques, juridiques et philosophiques de la production et de l’échange des contenus visuels. On s’attachera à décrire la nouvelle écologie des pratiques de l’image promues par les systèmes médiatiques et les réseaux sociaux. La révolution des images a bien eu lieu. Il est temps d’en commencer l’analyse.


Programme

Dimanche 6 septembre 2009

  • Soirée: Accueil des participants.

Lundi 7 septembre 2009

  • Matin:
    • Introduction, par André Gunthert (EHESS) et Pierre-Antoine Chardel (Institut Telecom).
    • "Une histoire du regard", par Carl Havelange, historien, chercheur au FNRS (Belgique), professeur associé à l'université de Liège.
  • Après-midi: "Images de la vie: de l'analyse mathématique à l'aide au diagnostic", par Françoise Prêteux, mathématicienne, professeure à l’Institut Telecom, Télécom SudParis, directrice du département Artemis.
  • Soirée: Atelier doctoral.

Mardi 8 septembre 2009

  • Matin: "Image, mémoire et numérique: les nouvelles figures de l'authenticité", par Bruno Bachimont, directeur à la Recherche à l'UTC, directeur scientifique, INA.
  • Après-midi:
    • "Les infrastructures de l'image numérique", par Bruno Aidan, Alcatel Lucent.
    • "Corbis, ou la démesure de l'archive", par Estelle Blaschke, historienne de l'art, chargée de recherche à l'université Duisburg-Essen.
  • Soirée: Atelier doctoral.

Mercredi 9 septembre 2009

  • Matin: "Voir avec les mains, regarder avec les doigts", par Bernard Stiegler, philosophe, directeur de l’Institut de Recherche et d’Innovation (Centre Pompidou)
  • Après-midi: libre.
  • Soirée: Atelier doctoral.

Jeudi 10 septembre 2009

  • Matin:
    • "L'image conversationnelle", par Dominique Cardon, sociologue, chercheur à France Télécom R&D, chercheur associé au CEMS/EHESS.
    • "Economie de la viralité », par Rémi Douine, économiste, directeur de "The Metrics Factory".
  • Après-midi: "A quoi ressembleront nos mythes?", par André Gunthert, historien de l'art, directeur du Lhivic/EHESS.
  • Soirée: Atelier doctoral.

Vendredi 11 septembre 2009

  • Matin:
    • "Handicap, virulence, régénération: images du corps dans la culture numérique", par Antonio Casilli, sociologue, chercheur associé au Centre Edgar Morin, EHESS/CNRS.
    • "Nouvelles cultures de l’image et addictions chez les adolescents", par Elizabeth Rossé, psychologue, Hôpital Marmottan.
  • Après-midi: Discussion ouverte et conclusion. Conclusion et échanges avec les participants.

Modalités pratiques

Le transport, l'hébergement en chambres doubles et les repas des participants sont pris en charge par les organisateurs.

L'école d'été, réunissant vingt étudiants et une quinzaine d'enseignants ou intervenants invités, se tiendra à l'Hôtel Igesa, 83404 Ile de Porquerolles (tél.: 04.94.12.31.80), du dimanche 6 septembre 2009 au soir au vendredi 11 septembre 2009 inclus.

Le transport (train et bateau) est organisé (réservations et règlement des billets) par la Direction de l'Informatique de l'EHESS.

Contact pour toutes questions pratiques et le suivi des dossiers: Maxime Derian, Service Informatique pour la Recherche et l'Edition Web.