image Les historiens d'art de ma génération ont accueilli avec soulagement les logiciels de présentation visuelle type Powerpoint. La lecture malaisée des diapositives, les inévitables interversions ou inversions, les longues séances de reclassement, les images perdues ou abîmées, l'encliquetage du carrousel, les hoquets et cafouillages divers des projecteurs ont laissé à chacun son lot de disgrâces en direct, dont on n'aime pas réveiller le souvenir. Face à ces défauts, la facilité de sélection des images, la sureté de la projection, la possibilité de légendage ou de comparaison d'images, l'encombrement restreint offerts par les nouveaux outils ont constitué autant d'avancées bienvenues. Encore fallait-il s'assurer de la disponibilité d'un vidéoprojecteur, et que celui-ci soit d'une définition suffisante et correctement réglé - facteurs qui étaient loin d'aller de soi il y a encore trois ans dans les universités et autres lieux de culture français. Aujourd'hui, ne pas disposer de cet équipement est devenu exceptionnel.

Pourtant, un Powerpoint n'est pas forcément le meilleur support pour l'enseignement. Initialement pensé pour les présentations brèves dans un cadre entrepreneurial, le logiciel impose une linéarité intangible, bien adaptée à un discours soigneusement rôdé qu'on n'interrompt pas avant la fin. Mais il manque vite de souplesse devant des étudiants un tant soit peu réactifs, et devient d'autant moins pratique qu'on aime à susciter le dialogue. Un cours est heureusement un espace plastique, plus ouvert à l'interaction qu'une démonstration de produit. En séminaire, combien de fois revient-on en arrière ou se déplace-t-on vers l'avant pour retrouver l'image appropriée? Quand on ne sort pas carrément du diaporama, pour aller chercher sur son disque dur ou sur internet la ressource manquante. Combien de fois aurait-on aimé pouvoir raccourcir ou au contraire allonger tel développement, en ajustant en temps réel le nombre d'images? Dans chacun de ces cas, on rêve à une interface plus malléable, dont la manipulation de l'iPhone donne à peu près l'idée. Représenter sous forme de nuages les groupes d'images d'une photothèque ne devrait pas être d'une insurmontable difficulté. Un tel outil, où l'on pourrait choisir du doigt le visuel adapté, serait l'instrument idéal du conférencier du XXIe siècle. Qui mettra un nuage dans mon Powerpoint?