Création hier de mon profil sur Owni. Comme à chaque ouverture de compte web 2.0, je cherche une photo pour remplacer la vignette standard par mon portrait. Je ne suis pas chez moi – donc pas d'accès à ma photothèque. Je me rabats sur le tag "me" de mon compte Flickr. Fugitivement, je me souviens du dilemme que fut, en 2005, lors de mon inscription sur la plate-forme visuelle, le choix d'un autoportrait. Encore peu familier avec l'idée de voir ma tronche associée à chacun de mes faits et gestes, j'avais choisi, comme beaucoup de newbies, une image qui me cache plutôt qu'une image qui me montre: un reflet de mon visage saisi par inadvertance lors d'une reproduction de photo. Mais au-delà de son caractère protocolaire, cette solution présentait l'avantage de répondre à un problème simple. Je ne disposais en 2005 que d'un très petit nombre de photos de moi – et d'aucune image récente convenable pour cet usage.

Quatre ans plus tard, grâce à l'habitude qui s'est progressivement installée au Lhivic de documenter les séminaires, le matériel à ma disposition est nettement plus abondant. Sous le tag "me", pas moins de 76 portraits de votre serviteur en situation, dans des postures toutes plus dignes les unes que les autres de gloire et d'immortalité. Mais hier, va savoir, était-ce bile, était-ce humeur, pas moyen. Voilà que je me mets à les examiner l'une après l'autre sous toutes les coutures, à grands coups de clics furieux sur la vignette loupe. Là, c'est l'éclairage qui n'est pas à mon avantage. Sur celle-ci, j'ai l'air benet. Sur celle-là, on dirait que je m'endors. En voilà une qui est bien – mais justement, un peu trop: on va croire que je me vois en guest de la Nouvelle Star. Sur celle-là, on ne voit que mes cheveux gris. Et sur celle-ci, déjà ancienne, j'ai l'air trop jeune.

Quand c'est parti comme ça, inutile d'insister. Je choisis par plaisanterie un portrait de moi en buveur de bière. Manière de répondre à côté, parce qu'il faut bien se plier à l'usage, en dévoilant, à défaut de la profondeur de ma réflexion, l'étendue de mon humour. Bref, photo numérique ou pas, la réponse à l'injonction de se montrer reste une affaire délicate, à chaque fois renégociée, toujours transitoire, comme dans l'impossibilité de donner jamais pleine et entière satisfaction.