Cette accusation manifeste la stratégie sur laquelle repose la gestion du conflit par le gouvernement, qui a systématiquement joué la provocation et le pourrissement. Plus le mouvement dure, plus les profs se font du tort à eux-mêmes. Pour une raison simple: dans le système français, l'université n'est pas le seul outil de la formation supérieure. Comme le rappelle opportunément le Figaro Magazine, deux titulaires sur trois du baccalauréat souhaitent intégrer les classes préparatoires et les grandes écoles, dont la sélection à l'entrée et l'objectif de professionnalisation semblent offrir d'emblée de meilleures garanties que les facs. En réalité, dans le contexte hexagonal, l'image de l'université est déjà très dégradée: elle est un lieu de formation par défaut, qui accueille les plus pauvres, les moins qualifiés ou les moins motivés. Puisque les manoeuvres n'ont pas suffi à désamorcer la fronde, le calcul cynique du gouvernement est de parier que celle-ci contribuera à vider les UFR les plus mobilisées – en particulier les SHS –, ce que l'on pourra traduire dans quelques années en termes de réduction de postes et de budgets.

Valérie Pécresse est-elle le ministre le plus incompétent du gouvernement pour avoir laissé grossir une crise sans précédent par son intensité et sa durée? Ou au contraire le serviteur zelé et sans scrupules d'une politique de liquidation de la recherche fondamentale et de précarisation de l'enseignement? A l'UMP, en tout cas, la côte de l'ancienne élève d'HEC et de l'ENA est en forte hausse.