image Dix jours après sa mise en ligne, l'intérêt suscité par la vidéo "Du processus de Bologne à la L.R.U, une catastrophe annoncée" ne se dément pas. Avec plus de 12.000 vues, elle talonne le clip "Nanterre en tables", lui aussi mis en ligne le 26 mars, en tête des vidéos issues du mouvement des enseignants-chercheurs avec 14.000 vues. Apparemment modestes, si on les compare aux audiences des hits de Youtube ou Dailymotion, ces scores sont à rapporter à la pratique encore embryonnaire des outils du web 2.0 par la communauté universitaire française. Si l'on considère qu'il s'applique, non à un clip musical de quelques minutes, mais à une très sérieuse conférence de plus d'une heure, ce chiffre est tout à fait remarquable.

Filmée le 23 mars, la passionnante communication de Geneviève Azam à l'université de Toulouse-Le Mirail pose de la façon la plus claire l'antagonisme entre la rationalité néolibérale et l'héritage émancipateur issu des Lumières. Cet antagonisme est bien la clé pour comprendre la vigueur et la durée du mouvement universitaire, fondé, non sur une grogne passagère ou sur de simples revendications corporatistes, mais sur une perception rationnelle des limites de l'application du dogme du marché aux domaines du service public, de l'éducation ou de la recherche. Ce sont les échecs du modèle concurrentiel, mais aussi la fuite en avant forcenée de ses partisans, incapables de produire une analyse ou une critique de ses dysfonctionnements, qui permettent de décrire cette position comme une croyance ou, comme l'explique Geneviève Azam, «un nouvel obscurantisme».

L'économiste dévoile l'ampleur du projet mis en place avec les processus de Bologne et de Lisbonne, qui font de l'éducation un «investissement stratégique». Théorisée par un puissant lobby patronal dès 1991, la "formation tout au long de la vie", préconisée par de nombreux partis politiques, n'a rien d'un programme philanthropique, mais est au contraire définie comme le socle d'une nouvelle industrie, conditionnée par la libéralisation des services que promeut l'Union européenne.