Peinture interdite
Par André Gunthert, mercredi 25 février 2009 à 10:28 (6041 vues, permalink, rss co) :: Notes
L'autre semaine, petit séjour à Londres en famille. Au programme: British Museum, Science Museum, National Gallery... Tous gratuits, vive le libéralisme anglo-saxon! Bémol: si la photo est autorisée dans les musées de science ou d'archéologie, elle est rigoureusement proscrite à la galerie nationale de peinture. Raisonnement probable du musée: la quasi totalité des oeuvres exposées étant tombée dans le domaine public, la photographie familiale serait susceptible de produire une concurrence déloyale à la vente de cartes postales, catalogues et autres diaporamas stéréoscopiques.
On est affligé qu'une si grande générosité soit entachée par un si petit calcul. Car en vertu de l'interdit, le seul endroit qui ne figure pas dans mon album londonien, le seul moment à jamais exclu de l'histoire visuelle familiale est la National Gallery.
Certes, dira-t-on, l'histoire de l'art fait de la mémoire son appui et son guide. On peut s'en contenter. Mais il ne faudra pas venir pleurer en constatant que l'empreinte des beaux-arts n'est plus aussi présente qu'autrefois et que la culture des humanités, aux yeux de nos mômes, a du mal a soutenir la comparaison avec celle des sciences et techniques, si ouverte et si captivante.
On ne remplace pas les photos qu'on n'a pas faites en collant des cartes postales dans l'album. Il me navre de n'avoir pu photographier mes fils en grande conversation devant un tableau de Salvator Rosa. Car cet événement n'appartient pas au musée, mais à mon histoire familiale.
Les photos sont la trace de l'appropriation des lieux et des choses qui fonde l'expérience du tourisme. Et leur éditorialisation n'est rien d'autre que la construction d'une histoire. Ainsi, ce ne sont pas juste quelques images qui manquent dans l'album. Comme la trace manquante d'un site militaire sur une photographie aérienne, l'absence de ces photos est la marque indélébile d'une privation d'histoire. C'est un acte violent, pour des raisons misérables.
Responsables des musées de peinture, oubliez vos tracas comptables. Le tort que vous faites en interdisant la photo est bien plus grand que ce que vous croyez. Laissez la photo entrer dans vos musées. Elle ne vous volera pas vos tableaux. Elle les fera exister au sein de l'histoire des familles, où ils seront à égalité avec tous nos souvenirs.
Tags: archives, culture visuelle, histoire de l'art, histoire photo, pratiques, propriété intellectuelle
Commentaires
1. Le mercredi 25 février 2009 à 10:55, par Pierre
2. Le mercredi 25 février 2009 à 11:00, par André Gunthert
3. Le mercredi 25 février 2009 à 11:18, par hamid
4. Le mercredi 25 février 2009 à 11:34, par Fati.m.a
5. Le mercredi 25 février 2009 à 11:46, par Moktarama
6. Le mercredi 25 février 2009 à 11:47, par André Gunthert
7. Le mercredi 25 février 2009 à 12:00, par CB
8. Le mercredi 25 février 2009 à 12:43, par Moktarama
9. Le mercredi 25 février 2009 à 12:55, par André Gunthert
10. Le mercredi 25 février 2009 à 13:49, par PMB
11. Le mercredi 25 février 2009 à 13:59, par diane
12. Le mercredi 25 février 2009 à 14:03, par Moktarama
13. Le mercredi 25 février 2009 à 14:37, par gaby d
14. Le mercredi 25 février 2009 à 14:42, par Fabien
15. Le mercredi 25 février 2009 à 18:48, par Jean-no
16. Le mercredi 25 février 2009 à 19:27, par Didier Rykner
17. Le mercredi 25 février 2009 à 23:57, par olivier b
18. Le jeudi 26 février 2009 à 09:38, par Fabien
19. Le vendredi 27 février 2009 à 17:12, par Dominique Hasselmann
20. Le samedi 28 février 2009 à 09:50, par espace-holbein
21. Le samedi 28 février 2009 à 09:55, par André Gunthert
22. Le samedi 28 février 2009 à 14:02, par Voleur de photos
23. Le samedi 28 février 2009 à 14:48, par André Gunthert
24. Le samedi 28 février 2009 à 15:39, par Didier Rykner
25. Le dimanche 1 mars 2009 à 13:11, par Désormière
26. Le mercredi 11 mars 2009 à 17:02, par Alain Depocas
27. Le samedi 14 mars 2009 à 19:53, par Médard
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