Décalé, marrant, léger. Marie-Claire en mieux, avec une tendance à ne pas se prendre au sérieux, un goût pour le second degré très web 2.0. Divertissant. Sympa. (Je sais, on va me dire que je caricature. Il y a aussi des papiers sérieux, comme celui de Jean-Claude Casanova, "Le protectionnisme est l'enfant naturel de la démocratie", qui nous alerte sur le "spectre du protectionnisme" – comme à peu près tous les éditoriaux économiques des grands journaux ces jours-ci. Ou encore un entretien avec Jérôme Jaffré, sondologue vu à la télé, qui trouve que "Sarkozy manque de pédagogie". Ah bon?)

Allez, juste pour voir, je retourne à mon bon vieux Rezo, le portail des copains, inventé bien avant qu'on ne parle de "journalisme de liens". Au hasard des premières lignes: "Une pétition demande la démission de Xavier Darcos", par {Sciences2}. La magnifique charge d'Olivier Beuvelet sur les dérapages du petit Nicolas: "L'homme qui sauva la princesse de Clèves" (Devant les images). Un papier qui montre l'échec de l'invasion de Gaza en analysant les résultats des élections israéliennes: "Gaza: l'effet boomerang", par René Naba. Ou encore: "Bêtise crasse et xénophobie rance: mais jusqu’où ira l’Italie?" par Article 11, ou "Nomination du président de France Télévisions: Nicolas Sarkozy pris en flagrant délit de mensonge" par Politique.net.

Comment dire? L'impression qu'on n'est pas tout à fait sur la même planète. Rezo ne donne pas envie de le feuilleter chez le coiffeur, après les soldes. Pas de Blandine Grosjean. Pas super sympa. A se demander si on pourrait en faire un journal papier qu'on achète, avec tant de nouvelles à pleurer, de constats rageants. Heureusement qu'il est gratuit.

On sourit aussi, par exemple avec Le blog de Philippe V., éditorialiste martyr, parodie de la langue de bois philippevalienne. Mais Rezo affronte notre monde. Arrive à produire quotidiennement, par la seule conjonction d'une veille scrupuleuse et d'une sélection sans concession, ce petit miracle de l'info juste. Pas une info de journaliste, une info qui distrait des périls. Mais l'info dont nous avons besoin, citoyens et internautes, veilleurs ou insomniaques, pour nous forger une opinion et comprendre le monde.

Une info que Rezo ne pique à personne, puisque le clic renvoie immédiatement sur la source. Rezo ne s'approprie rien, n'appose pas de label ni de barre d'abonnement, pas de ranking ni d'étoiles. Et si l'on veut commenter, on le fait en direct, chez le propriétaire. Slate, lui, veut «attirer les meilleurs blogueurs », nous explique Narvic – qui figure avec Versac au tableau d'honneur du nouveau magazine.

Le web est un laboratoire. Il n'y a pas de mal à essayer. Les directions peuvent s'affiner ou se modifier. On va suivre Slate comme on a suivi Rue89 ou Mediapart. Au contraire de ses devanciers, qui s'annonçaient à grands coups de trompe comme des "révolutions de l'info", Slate.fr ne donne pas de leçons. Cela fait déjà un bon point pour commencer.