L'arrogance de ces gens les perdra. Effrayé par l'inexorable montée de la mobilisation universitaire, qu'il a lui-même contribué à alimenter, Nicolas Sarkozy s'est résolu hier à prendre la décision de retirer le projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs. Manque de chance – ou de pratique – il l'a fait si discrètement que personne ne s'en est aperçu. Il faut dire que la formule du chef de l'Etat était des plus sybillines, demandant «que soient rapidement explorées de nouvelles pistes pour l’évaluation des enseignants-chercheurs et l’organisation de leurs services.» Devant l'absence de réaction de la presse, les services de l'Elysée ont remis ce matin les points sur les i: oui, il fallait bien comprendre que le projet actuel était abandonné. Résultat, ce soir, un article du Monde.fr intitulé "l'Elysée annonce de nouvelles pistes" n'y voit qu'un «nouveau coup de canif» dans le projet de réforme. Seul France-Info a titré: "Nicolas Sarkozy retire le décret Pécresse" (merci à Libertaire pour son signalement).

Après la promesse d'une médiation éphémère, il est douteux que les universitaires accueillent avec reconnaissance ce nouveau cafouillage. Villepin avait été plus courageux – et plus efficace – en annonçant lui-même le retrait du CPE et en y mettant les formes nécessaires à une sortie de crise. Nicolas Sarkozy, qui ne semble pas avoir pris la mesure de la colère du monde de l'éducation, ne s'en tirera pas à si bon compte. «C’est pathétique ce manque de savoir faire!» aurait déclaré le président à propos de Valérie Pécresse, selon le Canard Enchaîné. Cet homme est décidément charmant. Et l'expression tout à fait appropriée. La ministre pourra bientôt lui retourner le compliment, quand on constatera dans les jours qui viennent l'insuffisance de ce retrait sur la pointe des pieds.