"Je ne veux pas du grand soir. Je veux des petits matins"
Par André Gunthert, dimanche 8 février 2009 à 23:50 (3890 vues, permalink, rss co) :: Politique
Quitterie Delmas annonce qu'elle quitte le Modem. Pour l'expliquer, elle écrit un des textes les plus significatifs sur le rapport de sa génération au politique.
Quitterie Delmas sait de quoi elle parle. Son choix n'est pas une réaction naïve, mais un geste d'insider, longuement mûri, face aux impasses de la politique professionnelle. Son refus suscitera beaucoup d'incompréhension parmi ceux qui ont choisi l'appareil. Rien d'étonnant. Mais c'est elle qui a raison: on ne changera pas les partis de l'intérieur.
Alors quoi? Tarnac? Je trouve pour ma part parfaitement respectables les choix qui relèvent du retrait, construits par la réflexion et soucieux d'une vraie sociabilité. Il est temps de réfléchir au signe qu'ils nous envoient sur la catastrophe qu'a engendré un demi-siècle de professionnalisation de l'activité politique.
Mais ce n'est pas la seule option. Peut-on agir en-dehors d'un parti? Ce qui paraît encore incompréhensible au regard des schémas anciens est pourtant en train de se passer sous nos yeux. En l'absence de tout contre-pouvoir, de toute forme d'opposition crédible à la sidération sarkozyste, c'est la rue qui se remplit. Le mouvement vient d'en bas, avec une force qu'on n'avait pas encore connu. Après la Grèce, c'est en France qu'on voit le mouvement des universitaires refuser toute forme de délégation, choisir obstinément la démocratie directe, s'en remettre à l'assemblée – et à l'e-mail.
Et ça marche. Cahin-caha, sous les moqueries des syndicalistes aguerris. Ce qui se passe aujourd'hui dans les facs est un laboratoire de nouvelles formes politiques qui se cherchent. Sans préjuger des résultats immédiats, ce qui a lieu en dit long dès à présent sur un travail qui ne fait que commencer, et qui met cul par dessus tête notre rapport au politique.
Comment transformer des centaines, des milliers de voix en outil au service de l'action? Rien de plus simple. A la coordination nationale, les syndicats ont compris: pas la peine d'essayer de prendre la tête d'un mouvement si ample. Mais ils se glissent à sa suite, dociles, et mettent leurs instruments au service de la cause. L'appareil est là, qu'il suffit d'alimenter. L'assemblée n'a pas besoin de leaders, mais de suiveurs. Tiens, tiens – et si c'était ça la politique?
Qui nous sauvera en 2012 de dix ans d'un libéralisme de canard sans tête? Certains croient ferme à la femme providentielle. Mais si l'on écoute le murmure de la rue, on voit qu'un autre scénario a déjà commencé à s'écrire. Quitterie Delmas l'a compris avant d'autres, et a délaissé le mouroir aux alouettes pour l'endroit où les choses se préparent. Bien joué.
Tags: débats
Commentaires
1. Le lundi 9 février 2009 à 04:55, par Didier
2. Le lundi 9 février 2009 à 09:28, par h63
3. Le lundi 9 février 2009 à 09:37, par André Gunthert
4. Le lundi 9 février 2009 à 11:00, par cb
5. Le lundi 9 février 2009 à 12:43, par Fabien.
6. Le lundi 9 février 2009 à 16:50, par Hervé Torchet
7. Le lundi 9 février 2009 à 18:17, par Joel GREQ
8. Le lundi 9 février 2009 à 19:56, par Pierre Ménard
9. Le lundi 9 février 2009 à 20:05, par André Gunthert
10. Le lundi 9 février 2009 à 22:16, par Nick Carraway
11. Le lundi 9 février 2009 à 22:25, par André Gunthert
12. Le mardi 10 février 2009 à 00:58, par Nick Carraway
13. Le mardi 10 février 2009 à 06:51, par cb
14. Le mardi 10 février 2009 à 06:59, par André Gunthert
15. Le mardi 10 février 2009 à 17:57, par Fabien
16. Le mercredi 11 février 2009 à 09:44, par L. Nemeth
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18. Le mercredi 11 février 2009 à 19:53, par Dominique Hasselmann
19. Le jeudi 12 février 2009 à 14:49, par yvanchteglov
20. Le vendredi 13 février 2009 à 02:58, par André Gunthert
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