Mais ce n'est pas la seule option. Peut-on agir en-dehors d'un parti? Ce qui paraît encore incompréhensible au regard des schémas anciens est pourtant en train de se passer sous nos yeux. En l'absence de tout contre-pouvoir, de toute forme d'opposition crédible à la sidération sarkozyste, c'est la rue qui se remplit. Le mouvement vient d'en bas, avec une force qu'on n'avait pas encore connu. Après la Grèce, c'est en France qu'on voit le mouvement des universitaires refuser toute forme de délégation, choisir obstinément la démocratie directe, s'en remettre à l'assemblée – et à l'e-mail.

Et ça marche. Cahin-caha, sous les moqueries des syndicalistes aguerris. Ce qui se passe aujourd'hui dans les facs est un laboratoire de nouvelles formes politiques qui se cherchent. Sans préjuger des résultats immédiats, ce qui a lieu en dit long dès à présent sur un travail qui ne fait que commencer, et qui met cul par dessus tête notre rapport au politique.

Comment transformer des centaines, des milliers de voix en outil au service de l'action? Rien de plus simple. A la coordination nationale, les syndicats ont compris: pas la peine d'essayer de prendre la tête d'un mouvement si ample. Mais ils se glissent à sa suite, dociles, et mettent leurs instruments au service de la cause. L'appareil est là, qu'il suffit d'alimenter. L'assemblée n'a pas besoin de leaders, mais de suiveurs. Tiens, tiens – et si c'était ça la politique?

Qui nous sauvera en 2012 de dix ans d'un libéralisme de canard sans tête? Certains croient ferme à la femme providentielle. Mais si l'on écoute le murmure de la rue, on voit qu'un autre scénario a déjà commencé à s'écrire. Quitterie Delmas l'a compris avant d'autres, et a délaissé le mouroir aux alouettes pour l'endroit où les choses se préparent. Bien joué.