Un message de ce même forum me renvoie à la réponse de Daniel Schneidermann à cette révolte des asinautes. Là, premier vrai blocage depuis mon désabonnement: je ne peux accéder au texte de cet article, rangé sous la rubrique "Chronique". Vais-je ouvrir mon porte-monnaie pour en prendre connaissance? Habitué à l'exercice complaisant d'auto-justification dans lequel excelle la corporation journalistique, je ne fais pas suffisamment confiance au maître des lieux pour attendre de ce billet un véritable aveu – du genre du "I screwed up" d'Obama. Je préfère m'en remettre à la sérendipité, et laisse à tout hasard un commentaire sur mon propre billet, au cas où une âme charitable aurait la bonne idée de m'envoyer une copie de l'article. Je sais, ce n'est pas bien, mais puisque tout le monde répète qu'internet est un repaire de pirates et de violeurs d'enfants, la culpabilité que je ressens à l'idée d'un péché si véniel s'en trouve très allégée.

Je me trompais. C'est sur l'excellent Article 11 que je découvre la citation, sinon de la totalité, du moins de la partie essentielle de la réponse de Schneidermann, où celui-ci présente bel et bien des excuses à ses abonnés. Sans l'écrire en toutes lettres, et restreintes à la fin manquée de l'émission, plutôt que pour avoir harcelé Péan – mais Rome ne s'est pas faite en un jour, et des excuses de journaliste, fut-ce du bout des lèvres, sont un évènement suffisamment rare pour être apprécié à sa juste valeur.

Mais en même temps, je ne me trompais pas. Démonstration est faite que, sans avoir pu accéder ni au visionnage de l'émission, ni au billet protégé de l'animateur, j'ai pu prendre connaissance de l'essentiel de l'épisode et de ses rebondissements. Sur internet, même un site fermé garde ses fenêtres grandes ouvertes. La conclusion de l'expérience est claire: soit un contenu est insignifiant et reste circonscrit au cercle des abonnés payants, soit il est digne d'intérêt et il a vocation à la reprise et au buzz. La blogosphère n'aime pas les barrières et la viralité vient fracturer les portes les mieux fermées. Avec tous mes remerciements à Daniel Schneidermann pour avoir apporté son aimable concours à mon expérience – et simultanément la réponse à ma question. Pour mon réabonnement à @si, c'est pas demain la veille.