La mobilisation universitaire face aux TIC
Par André Gunthert, mercredi 4 février 2009 à 02:00 (3350 vues, permalink, rss co) :: Notes - Enseignement, recherche
Un article récent du Monde.fr propose un angle original pour traiter de la mobilisation universitaire: l'évoquer à partir des réactions de blogueurs ("Face à Valérie Pécresse, les universitaires-blogueurs fourbissent leurs arguments", 02/02/2009). Les informations n'ont pas été trop difficiles à réunir: la quasi-totalité du matériel cité provient de l'excellente synthèse aimablement fournie par Olivier Ertzscheid sur Affordance.info (ce qui n'empêche pas le journaliste d'écorcher le nom de sa principale source).
Quoique trendy, ce choix de traitement montre vite ses limites. Les références cliquables renvoient bien à des pages web. Mais si on fait le tri, entre une tribune rédigée à la demande de Rue89, un renvoi au site de l'association militante Sauvons la recherche ou l'article de Pierre-Philippe Combes et Laurent Linnemer publié par la plateforme Telos, en matière d'universitaires-blogueurs, l'article n'a véritablement qu'Olivier et moi à se mettre sous la dent...
Nul moins que moi ne trouverait à redire à se voir coiffer par le Monde des lauriers de la renommée. Mais la vérité oblige à relever qu'en ce début de mouvement, les traces de la mobilisation en ligne ne sont pas si nombreuses. D'une part, parce que les sites universitaires officiels, comme celui de l'EHESS, gardent évidemment un silence prudent sur les assemblées générales, grèves et autres bousculades qui malmènent en ce moment l'Alma Mater. Et que les blogs de chercheurs ne sont encore qu'un petit bouquet de pâquerettes dans la plaine verdoyante du web francophone. Il y a bien sûr les organes des associations militantes – SLR, SLU ou encore le récent site de la Coordination nationale, créé par Jérôme Valluy. Mais pour qui participe au mouvement, le constat reste le même qu'en 2006. Malgré l'effet d'intensification et d'urgence qu'entraîne une mobilisation citoyenne, les universitaires n'usent que très modérément des derniers outils interactifs à la mode.
Un groupe de travail publiait récemment ses observations à propos de la campagne d'Obama, qui avait fait de Facebook un véritable instrument de gestion en temps réel des équipes de militants. Loin de ce modèle – même s'il existe quelques groupes dédiés sur le réseau social –, l'outil essentiel mobilisé par la communauté savante pour faire circuler l'information reste la bonne vieille liste de diffusion. Celle de la Coordination nationale, ouverte le 19 janvier dernier, totalise aujourd'hui pas moins de 1333 messages, soit plus d'une centaine par jour ouvrable. Ajoutons que cet instrument, malgré son ancienneté, reste encore une énigme pour de nombreux collègues: ceux qui ignorent qu'on peut paramétrer sa messagerie pour classer ce flot ajoutent encore à l'avalanche en réitérant sur la liste leurs protestations désespérées.
Le caractère très disparate des pratiques interdit de faire du web le canal de communication exclusif. Un signe qui ne trompe pas est la forte résistance des usages du papier. La réalisation d'affiches ou la distribution de tracts reste un moyen apprécié de diffusion de l'information. Il n'est pas rare que ces documents ne mentionnent aucune référence en ligne.
Mais le progrès électronique s'insinue petit à petit dans les interstices de la tradition. Dans le vénérable amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne, où se réunissait lundi la Coordination, l'équipe de Paris 4 avait bien fait les choses, en permettant de visualiser sur écran le texte des motions votées par l'assemblée. Loin des réécritures ou des manipulations a posteriori des résolutions militantes, cette disposition nouvelle créait une étrange situation d'élaboration collective, où chacun, les yeux rivés sur l'écran, voyait s'inscrire en direct les effets des interventions ou des négociations des uns et des autres, apparaître une phrase, disparaître un mot, rectifier une formule, à la vitesse de prestidigitateur du traitement de texte (voir illustration ci-dessus).
Au fil de la mobilisation, de nouveaux outils sont créés. Mais les sites qui exploitent pleinement les ressources du web dynamique sont encore peu nombreux. Mentionnons parmi eux le POOLP (Personnels obstinément opposés à la loi Pecresse), réalisé sous Dotclear, ou Pour une autre université, sous WordPress, créés à l'occasion du mouvement anti-LRU. Encore ne suffit-il pas de publer un blog pour communiquer avec efficacité. Ouvert le 26 janvier dernier, le blog du collectif SLRU de l'EHESS, qui agrège un bouquet de ressources dynamiques, n'a pas encore le poids nécessaire pour apparaître en haut de page d'un moteur de recherche. Les informations qu'il diffuse, peu commentées, restent donc circonscrites au groupe des personnels mobilisés – qui ne s'étend qu'à travers le recours aux listes de diffusion.
Tags: blogosphère, internet, pratiques, SLRU
Commentaires
1. Le mercredi 4 février 2009 à 17:00, par Ouaille
2. Le vendredi 6 février 2009 à 09:33, par Franck Rebillard
3. Le vendredi 6 février 2009 à 09:38, par André Gunthert
4. Le vendredi 6 février 2009 à 10:50, par Laurence Allard
5. Le vendredi 6 février 2009 à 16:48, par Fati.m.a
6. Le vendredi 6 février 2009 à 22:19, par Avrel
7. Le vendredi 6 février 2009 à 22:36, par olivier b
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