J'ai dû transformer un tas de photos qui n'avaient aucun bon sens technique en une image digne de la marque Leibovitz. Il fallait distordre horriblement des morceaux à monter pour coller avec la maquette de préproduction réalisée en basse def. par un retoucheur de l'équipe. A plusieurs reprises, elle aurait du utiliser un pied et ne l'avait pas fait. J'ai aussi dû monter ensemble des clichés de différents appareils et de différents films. L'idée générale est: ce qui est remis au retoucheur est une grosse pile de caca manipulée par des douzaines de personnes, avec laquelle celui-ci doit produire des images qui paraissent impeccables.

Pour moi, ses premières photographies sont celles où l'on voit le mieux transparaître sa maîtrise. Elle a réalisé parmi les meilleurs portraits instantanés qui soient. Pour autant qu'on sache, ses prises de vues sont habituellement préparées, mais il y a une aisance avec les modèles qui transcende la mise en scène et le film lui-même. A présent, ce qu'elle produit sont des monstruosités prétentieuses tout justes bonnes pour un publireportage pour Elle ou Dolce & Gabanna.

J'ai entendu des histoires où l'on raconte que ce sont les assistants qui contrôlent et préparent tout, sans qu'elle soit même présente dans le studio. Puis elle apparaît, shoote et repart. Ce qui explique pourquoi on obtient une pile d'images en désordre avec très peu d'organisation technique, qui semblent très d'amateur dans leur exécution. Puis elle dirige la postproduction, mais à ce stade il est trop tard – les appareils photos sont rangés, les modèles sont rentrés chez eux et vous restez là comme un pauvre idiot avec des douzaines d'images que vous devez faire briller.