Plusieurs membres de notre assemblée m’ont fait l’amitié et la confiance de m’engager à présenter ma candidature à la présidence de l’École. Je suis sensible à l’une et à l’autre, tout en mesurant le poids des enjeux et aussi, de façon plus personnelle, celui de la charge. Mais il me semble que dans le moment où nous sommes, moment d’incertitude et, souvent, d’inquiétude pour l’avenir, ce dont l’École a d’abord besoin, c’est d’un débat de fond sur ce qu’elle est et sur ce qu’elle entend devenir, sur sa position nationale et internationale, sur ses missions et ses ambitions. Nous devons pouvoir nous dire les choses, en clarifier certaines, faire le point sur nos accords et sur nos désaccords. Face aux évolutions accélérées que connaissent les universités, le CNRS, d’autres grands établissements qui sont nos partenaires, face à celles qui touchent les institutions d’enseignement supérieur et de recherche en sciences sociales comparables ou concurrentes de la nôtre en Europe et hors d’Europe, il nous faut trouver les moyens de définir ce que nous voulons pour l’École. Ce débat peut en être l’occasion. Il est à mes yeux une condition essentielle pour que l’École, demain, puisse raisonnablement surmonter les épreuves difficiles auxquelles elle sera confrontée dans tous les cas de figure. Il doit se tenir d’abord au sein de l’assemblée des enseignants mais il ne saurait s’y limiter. Nos collègues ingénieurs, administratifs et techniciens, les chercheurs de nos centres de recherche qui appartiennent au CNRS, à d’autres organismes ou aux universités, et, naturellement, les étudiants, tous doivent pouvoir participer à ce débat, quand bien même nos statuts réservent à notre assemblée la responsabilité de choisir en son sein le président de l’École.

Comment renforcer et renouveler la pratique éprouvée d’alerte critique, d’expérimentation, et de remise en question des définitions disciplinaires qui doit être au principe de l’École? Comment rester présents sur les fronts de la recherche en sciences humaines et sociales, comment nous donner les moyens, y compris financiers, de nos ambitions scientifiques dans le contexte mouvant de la recherche publique de demain? Comment éviter que le double déménagement qui nous attend ne mette en cause les conditions de notre vie professionnelle, celles de la recherche et de l'enseignement comme les fonctionnements réguliers de notre institution? Comment améliorer nos manières de fonctionner et adapter nos méthodes de gestion aux exigences nouvelles, sans trop perdre de l’informalité et de la souplesse auxquelles nous tenons tous? Comment, enfin et d’abord, créer au sein de l’École la cohésion et la confiance dont nous aurons besoin demain?

Les réponses que nous serons capables d’apporter à ces questions, et à d’autres encore, dessineront les contours de l’Écoledes années 2010. Elles conditionnent en tout cas à mes yeux le rôle que je pourrais être amené à y jouer, tant je suis convaincu que l’on ne saurait piloter l’École contre elle-même et que l’élection d’un président ou d’une présidente doit être le résultat d’un contrat entre un candidat et ceux pour lesquels et avec lesquels il s’engage à travailler pendant cinq ans. À un moment de notre histoire que je crois décisif, nul ne peut envisager d'exercer une telle responsabilité sans pouvoir compter sur la confiance de ceux qui la composent. Sans cet appui, rien ne sera possible. Fragilisée, notre institution ne serait pas en mesure d’affronter les défis qui l’attendent. Rassemblée, l’École aura, j’en ai la conviction, les ressources intellectuelles et morales pour sortir redéfinie et donc renforcée, de cette période difficile.

Comme cela s'est déjà produit par le passé dans les mêmes circonstances, nous pouvons souhaiter que l’initiative soit prise d’organiser notre discussion collective pendant les mois de janvier et février prochains. Si tel est le cas, il va de soi que je m’engage à y prendre part et à soumettre au débat la manière dont je puis envisager notre avenir commun. Il serait également utile qu’une liste de diffusion dédiée, ouverte à tous ceux qui prennent part à la vie de l’institution, soit créée sur le serveur de l’École, afin de faciliter les échanges entre celles et ceux qui le désireront et sans l’imposer aux autres.

Je vous prie de croire, chères et chers collègues, en l’assurance de mes sentiments amicaux,

François Weil