Je sais. C'est presque trop facile. Encore la presse, encore Libé, encore tirer sur le pianiste. Oui mais. Pendant que les soi-disants "états généraux" de la presse tentent de redessiner un horizon au journalisme malade, pendant que le gouvernement criminalise une fois de plus le web, comment passer sous silence ce nouveau désastre? Ce ne sont pas les blogueurs, mais les journalistes eux-mêmes qui s'acharnent à ruiner ce qui leur reste de crédibilité. A part Laurent Joffrin (qui s'interroge aujourd'hui: «Perturber la marche d’un TGV en sabotant une caténaire, est-ce du terrorisme?»), chacun se souvient du titre de une de ''Libération" du 12 novembre: «L'ultra-gauche déraille». Ce jour-là, c'était François Sergent, au service de la thèse ministérielle, qui nous expliquait qu'«il n'y a pas d'attentat propre

Et dès ce jour-là, ou la veille, on savait, comme deux et deux font quatre, que ce soufflé trop vite monté n'était qu'une gesticulation de plus. Comment dire? Les bras en tombent. Ce n'est pas comme si tout ça n'était jamais arrivé. N'y en-a-t'il pas eu assez, de ces emballements? N'ont-ils rien appris des risques de ce désolant suivisme, qui fait réagir la presse comme à la parade, demi-tour droite, au pas cadencé?

Eh bien non. Et le pire n'est pas, à chaque fois, de foncer les yeux fermés droit dans le mur. Le pire est de faire semblant d'avoir tout oublié. De penser n'avoir que des lecteurs atteints d'Alzheimer en phase terminale. Mais les lecteurs, qui n'ont pas perdu la mémoire, écarquillent les yeux en lisant aujourd'hui de fines analyses de l’Insurrection qui vient, dans les mêmes colonnes où l'on nous assurait il y a trois semaines qu'on tenait là le bréviaire du terrorisme du XXIe siècle.

Bien sûr, Libé n'est qu'un exemple. C'est toute la presse, unanime, qui a suivi la joueuse de flûte. Même les médias en ligne ont tenté de percer le mirage du benladisme ultra-gauchiste. A l'exception notable du site Arrêt sur images, seul à conserver suffisamment d'esprit critique pour ne pas sombrer dans le fantasme du terrorisme épicier.

Continuons à faire comme si tout ça n'avait aucune importance. Ne dérangeons pas les états généraux pour si peu. Prenons les lecteurs pour des imbéciles. C'est certainement ainsi qu'on sauvera la presse du naufrage.