Sarkobama, une image qui ne veut rien dire?
Par André Gunthert, lundi 1 décembre 2008 à 00:50 (5157 vues, permalink, rss co) :: En images - Comptes rendus - Politique
Depuis le 27 novembre, des centaines d'affiches ont été collées dans Paris, sans identification ni signature. Elles proposent une imitation servile de la célèbre affiche réalisée par le graphiste Shepard Fairey en février 2008 à l'occasion de la campagne présidentielle américaine, dont elle reprend à l'identique la composition et les couleurs, mais en remplaçant le visage de Barack Obama par celui de Nicolas Sarkozy. Le bandeau inférieur emprunte également le slogan "Yes we can!", avec quatre déclinaisons énigmatiques ("Faire économiser 1000 €/an à chaque ménage?", "Faire payer les entreprises qui polluent?", "Produire une énergie propre et durable en Europe?", "Créer trois millions d'emplois non délocalisables en Europe?")
Les premières réactions ont attribué cet affichage sauvage à l'UMP ou à une organisation satellite. On se souvient en effet que l'élection de Barack Obama avait été suivie par une tentative d'identification de Sarkozy au nouveau président des Etats-Unis. Mais l'UMP comme les services de l'Elysée ont démenti être à l'origine de l'opération. D'autres penchent pour une plaisanterie au second degré – hypothèse accréditée par les slogans, qui ne renvoient pas de façon évidente à des projets actuellement défendus par le gouvernement. On a également évoqué la possibilité d'une pré-campagne de publicité. En désespoir de cause, quelques médias en ligne ont fait appel aux internautes pour savoir "Qui se cache derrière Sarkobama?". Sans succès jusqu'à présent.
Le plus intéressant, en termes d'analyse iconographique, est de constater qu'il est à peu près impossible de trancher en faveur de l'une ou l'autre interprétation à partir de la seule lecture de l'affiche. Le portrait n'est pas manifestement désavantageux, et les slogans, même s'ils paraissent étranges, ne sont pas incompatibles avec une opération de propagande, fut-elle réalisée en dehors des circuits officiels. Quant à l'utilisation de ces mêmes signes au second degré, elle est par définition indécidable en l'absence d'éléments d'information complémentaires.
Trois arguments me paraissent néanmoins faire pencher la balance vers le soutien à l'hôte de l'Elysée. D'une part, l'ampleur de l'opération, peu compatible avec une blague potache. Si l'on compare cette campagne avec celle qui reprenait de façon ludique d'anciennes affiches électorales en 2007, ni le nombre ni la régularité de l'affichage ne paraissent comparables. Ensuite, les Français ont pu vérifier à maintes reprises, et encore récemment avec la poupée vaudou, que le chef de l'Etat ne plaisantait pas avec les utilisations non autorisées de son image. Dans ce contexte, le geste consistant à jouer avec un portrait du président paraîtrait un amusement bien trop dangereux, susceptible d'apporter de sérieux ennuis à ses auteurs. Enfin, dans l'hypothèse d'un usage parasite, il me semble que la réaction des partisans de Sarkozy aurait dû être plus vive, similaire aux autres cas d'outrage ou de détournement d'image. Or, nous n'avons ici qu'un discret démenti de l'Elysée, qui cadre mal avec le caractère massif et organisé de l'affichage.
Pour toutes ces raisons, et en attendant d'autres éléments d'information, je suis tenté d'interpréter cette campagne comme une opération en faveur du président de la République, dont le caractère pseudo-clandestin s'inspire de l'exemple américain, tout en permettant de résoudre un épineux problème de droit à l'image par rapport à la création de Shepard Fairey. Ses slogans obscurs s'éclairciront peut-être avec le plan de relance dont on nous a annoncé la divulgation prochaine (imitation, là aussi, d'une initiative d'Obama). Mais il ne s'agit que d'hypothèses, qui ne reposent que sur des arguments déductifs, et en aucune façon sur l'analyse de l'image elle-même.
Faute de signataire, l'affiche "Yes we can" ne peut pour l'instant transmettre aucun message interprétable. Quelle que soit son véritable objectif, tout se passe comme si sa lecture était contaminée par le second degré. Cette oscillation tient probablement à la nature de son message explicite – la peinture de Sarkozy en Obama – qui ne peut passer que pour sa propre caricature.
Illustration: photo Fanny Lautissier, 27/11/2008, compte Flickr.
Tags: illustration, portrait
Commentaires
1. Le lundi 1 décembre 2008 à 09:02, par dd2g
2. Le lundi 1 décembre 2008 à 09:21, par radical activism visual archive
3. Le lundi 1 décembre 2008 à 11:40, par PMB
4. Le lundi 1 décembre 2008 à 12:16, par cecil
5. Le lundi 1 décembre 2008 à 12:20, par ln
6. Le lundi 1 décembre 2008 à 14:16, par Geek
7. Le lundi 1 décembre 2008 à 14:28, par Dominique Hasselmann
8. Le lundi 1 décembre 2008 à 19:37, par Olivier
9. Le lundi 1 décembre 2008 à 20:43, par ZR
10. Le lundi 1 décembre 2008 à 22:46, par André Gunthert
11. Le lundi 1 décembre 2008 à 23:34, par olivier b
12. Le mardi 2 décembre 2008 à 09:06, par nv-versac
13. Le mardi 2 décembre 2008 à 09:18, par André Gunthert
14. Le mardi 2 décembre 2008 à 12:31, par Zgur
15. Le mardi 2 décembre 2008 à 16:37, par André Gunthert
16. Le mardi 2 décembre 2008 à 17:34, par André Gunthert
17. Le mardi 2 décembre 2008 à 21:42, par olivier b
18. Le mardi 2 décembre 2008 à 21:59, par Francois B
19. Le mardi 2 décembre 2008 à 22:40, par Francois B
20. Le mardi 2 décembre 2008 à 23:12, par André Gunthert
21. Le mercredi 3 décembre 2008 à 11:08, par André Gunthert
22. Le mercredi 3 décembre 2008 à 21:32, par Gardenstate
23. Le jeudi 4 décembre 2008 à 09:34, par Dominique Hasselmann
24. Le jeudi 4 décembre 2008 à 10:36, par Change we can believe in
25. Le vendredi 5 décembre 2008 à 17:54, par Luc N.
26. Le vendredi 5 décembre 2008 à 19:04, par yvanchteglov
27. Le mardi 16 décembre 2008 à 12:52, par Paul Teisseire
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