Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Vendredi dérape sur Zemmour

image Pour son n° 7, Vendredi, l'hebdo papier fabriqué en coupant-collant les blogs, nous fait assister à son premier dérapage. Dans son édito, Jacques Rosselin, qui tient à nous démontrer qu'il n'est pas de gauche, s'enorgueillit d'être le seul journal à donner la parole à Eric Zemmour pour lui permettre de se défendre des «attaques qui ont fusé sur le net suite à ses propos sur les races.»

Etait-il nécessaire de repasser le plat à l'abonné des plateaux télé, dont les avis encombrent les ondes? Fait par des journalistes, Vendredi a du mal à laisser la parole aux blogueurs. Dans l'échange, ceux-là n'ont même pas droit à l'équilibre jadis moqué par Godard («Cinq minutes pour les Juifs; cinq minutes pour les nazis»). Sous le titre "Zemmour crucifié...", quatre brefs extraits de 7 à 10 lignes se battent à armes inégales avec un vrai texte de 2500 signes, où l'humoriste médiatique s'en donne à coeur joie, ravi d'exhiber sa collection de blagues à deux balles («Jean Baudrillard avait relevé qu'il existait SOS Baleines et SOS Racisme: les premiers voulaient sauver les baleines; et les seconds les racistes»).

Pas sûr que ce soit lui rendre service que de lui tendre ainsi le crachoir. Si la sortie de Zemmour sur Arte pouvait encore passer pour une maladresse, son article ne laisse plus aucun doute sur ses convictions. Loin de moi l'idée de polémiquer avec l'inoubliable auteur du Premier sexe (Denoël, 2006), provocateur au petit pied qui se proclame sexiste, réactionnaire, "anti-droit-de-l'hommiste" – et maintenant raciste, pour le seul plaisir de passer pour un penseur habile sinon profond aux yeux de ses camarades du petit écran, médusés par tant de témérité. La seule chose qu'a bien compris cet intellectuel qui dit tout haut ce que le Front national pense tout bas, c'est comment fonctionne la machine médiatique. Nul doute que dans six mois, il fera un livre de ses jérémiades anti-web, en posant une fois de plus à la victime de la bien-pensance. Il y a des lecteurs pour ce genre de littérature.

Sont-ce les mêmes qui lisent Vendredi? Une chose est sûre: si c'est ainsi que Rosselin voit son journal, il se passera de mes services (un de mes billets récents a été repris dans le n° 5 de l'hebdo. J'ai refusé d'être payé pour cette citation). S'il doit servir à caricaturer l'avis des blogueurs pour offrir des tribunes supplémentaires aux habitués des talks-shows, cet organe a mal compris le rôle de la blogosphère – qui malgré tous ses défauts représente aujourd'hui un espace de critique indispensable pour contrebalancer l'étouffant conformisme de la médiasphère.

Post-Scriptum. Sur la question du racisme, je conseille la lecture de l'excellent billet de Palindromes (pas cité par Vendredi), qui explique avec talent que le concept de "race" n'a rien à voir avec la science – mais tout avec l'histoire. Ceux qui veulent aller plus loin peuvent lire par exemple le très bienvenu Du Racisme français (Les Arènes, 2007), par Odile Tobner.

Aaaliens. Des blogueurs, pas des moteurs!

image "Ce que n’avaient pas prévu les auteurs de Science-Fiction c’est que les aaaliens arriveraient en bêta. Le web était passé par là…"

Aaaliens est constitué d’une fédération de blogueurs souhaitant mutualiser (partager et co-enrichir) leurs veilles et leurs recommandations. C’est un outil - voir un postmedia - de "blogger ranking" ou de "linkjournalism" (une "agence de presse de liens"?).

Aaaliens est maintenant disponible dans une version "zéro". Le site sera en permanence actualisé. En fonction de vos souhaits. Dès la semaine prochaine.

Pensé à partir d’une page blanche (ou presque) par des fous à lier, aaaliens répond cela dit à une vraie stratégie d’audience, pensée pour contrer Digg et Google (en se nourrissant de nos Delicious) et comme nous semblant être le bon bout de la chaine de valeur: le noeud par lequel passent et passeront de plus en plus les usages, la recommandation.

Ici le "fil humain" n’est jamais cassé. Aaaliens est composé de ceux que vous lisez déjà (et jamais assez) ou plus exactement du meilleur de leurs lectures et de leur veille - et en aucun cas de leur propres productions.

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