Comment citer les publications en ligne
Par André Gunthert, samedi 15 novembre 2008 à 18:18 (34080 vues, permalink, rss co) :: Fiches pratiques - Enseignement, recherche
Les étudiants mentionnent désormais couramment les sources ou les études accessibles en ligne dans leurs travaux, dissertations ou mémoires. Je suis cependant frappé par la grande disparité de ces citations – qui peuvent aller, dans leur version la plus sommaire, du simple copier-coller de l'url jusqu'à des accumulations d'informations redondantes qui traduisent plus l'angoisse qu'une véritable maîtrise de ces ressources. Doit-on y voir la lenteur de l'adaptation des cours de méthodologie au nouvel environnement numérique? Une chose est sûre: l'absence d'uniformité de ces mentions trahit une grande incertitude sur la nature des contenus en ligne. Pour tenter d'y remédier, on peut formuler deux principes simples.
Une ressource en ligne est une publication. Le droit assimile tout contenu diffusé sur le web à une publication et le soumet aux mêmes règles que celles qui régissent la presse et l'édition. Il n'y a donc aucune raison de le traiter différemment d'un texte sur papier. Dans le cas d'une publication classique, l'élaboration d'une référence passe par l'identification de son auteur, du titre et du caractère de la publication (livre ou article), de sa date de publication et le cas échéant des numéros de page concernés. On appliquera donc les mêmes principes à la citation d'une ressource en ligne, quitte à recourir aux solutions traditionnelles pour pallier l'absence de tel ou tel élément ("anon." = auteur non identifié, "s.d." = sans date spécifiée, etc.).
La webographie fait partie de la bibliographie. On a pu voir il y a quelques années des listes séparant la bibliographie sur papier des ressources web. La mixité des sources et l'existence de ressources scientifiques en ligne rend cette méthode caduque. Aujourd'hui, une bibliographie complète comprend nécessairement la mention d'articles ou d'outils documentaires sur internet, qui voisinent avec des éditions classiques. Il convient donc d'homogénéiser autant que possible les différents types de références, de façon à en permettre la cohabitation.
En application de ces principes, la citation du présent billet prendra par exemple la forme suivante:
- André Gunthert, "Comment citer les publications en ligne", Actualités de la recherche en histoire visuelle, 15 novembre 2008 (http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2008/11/15/863-comment-citer-les-publications-en-ligne).
On constate dans ce cas que la mention dudit billet comprend tous les éléments classiques permettant sa référentialisation (auteur, titre d'article, titre de publication, date de publication). Seule la pagination est remplacée par l'url, ou adresse en ligne, que je conseille d'isoler entre parenthèses, ce qui évite toute confusion avec la ponctuation adjacente.
Il est utile d'apprendre à différencier l'adresse générique d'un site (http://www.arhv.lhivic.org) de celle d'un contenu précis, qui est évidemment préférable. Dans le cas de revues en ligne fournissant la numérotation des paragraphes, comme c'est le cas sur Revues.org, on n'omettra pas d'ajouter cette précision (par exemple: "§12" pour "paragraphe n° 12"). On vérifiera systématiquement l'exactitude de l'url en reproduisant la recherche par copier-coller dans le navigateur. Etant donné que tout travail universitaire est désormais susceptible d'être diffusé en ligne à plus ou moins brève échéance, on présentera dès le manuscrit la mention de l'url sous la forme d'un lien cliquable.
La citation des contenus en ligne peut toutefois confronter à des difficultés spécifiques, qui relèvent pour l'essentiel de deux cas de figure: les publications non pérennes et les publications multiples.
Les publications non pérennes. Etant donné la diversité des usages et l'incertitude initiale sur la pérennité des contenus, il était autrefois conseillé de faire suivre la citation d'un article en ligne de la date de sa consultation (sous la forme: "consulté le..."). L'extension de pratiques respectueuses de la citabilité, assurant notamment la permanence de l'adresse, tout comme le transfert progressif des publications scientifiques de l'univers papier vers internet ont rendu cette précision superflue dans de nombreux cas. Celle-ci n'est utile que lorsqu'on mobilise des publications non pérennes: portails d'information, sites personnels, plates-formes de partage ou réseaux sociaux. En réalité, c'est une logique différente qui doit être appliquée ici. Dès lors qu'on quitte l'univers des publications durables, le traitement approprié est de considérer le contenu comme une archive – ce qui suppose par exemple d'en conserver systématiquement une copie, de façon à pouvoir justifier la référence ou reproduire le document en annexe en cas de dépublication.
Les publications multiples. Internet favorise la répétition. Face à un contenu quel qu'il soit, il convient de vérifier qu'il s'agit bien de la version originale et non d'une copie – qui renvoie habituellement vers sa source.
Le web donne également la possibilité aux chercheurs de rediffuser le contenu de leurs articles sur des sites d'archives ou encore sous la forme de prépublication, ou preprint. Ces deux formes particulières sont citables, sous certaines conditions. Un article papier rediffusé en pdf sur une archive telle JStor propose une copie exacte de l'édition originale. Dans ce cas, il est préférable de limiter la référence à la version papier. La mention de l'archive est superflue – ce serait comme si on citait la bibliothèque où l'on a consulté un ouvrage. En revanche, cette mention est utile dans le cas d'une thèse ou de tout autre document non publié, qui n'est accessible que sur un site de labo ou sur Hal-SHS. Pour les preprint (ou mise en ligne de la version non corrigée d'un article soumis pour publication), ceux-ci ne sont citables que si la consultation est antérieure à la parution de l'édition de référence. Dans ce cas, la mention doit obligatoirement préciser le caractère provisoire de l'édition, par exemple:
- André Gunthert, "L'empreinte digitale. Théorie et pratique de la photographie à l'ère numérique", Actualités de la recherche en histoire visuelle, 3 octobre 2007 (http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2007/10/03/506-l-empreinte-digitale), prépublication, à paraître in: Giovanni Careri, Bernhard Rüdiger (dir), Face au réel. Ethique de la forme dans l'art contemporain, Paris, Archibooks, 2008.
Reste le cas des articles ou des ouvrages publiés simultanément sur papier et sur internet. Quand une version en ligne existe, il est utile d'en ajouter la mention après la référence papier, sans toutefois redoubler les précisions d'édition. On peut présenter ces contributions de la façon suivante:
- Irène Jonas, "Portrait de famille au naturel. Les mutations de la photographie familiale", Etudes photographiques, n° 22, octobre 2008, p. 38-55 (en ligne: http://etudesphotographiques.revues.org/index1002.html).
Lire aussi sur ce blog:
- Do you speak logiciel de bibliographie?, 14/02/2007.
Commentaires
1. Le samedi 15 novembre 2008 à 19:40, par gaby d
2. Le samedi 15 novembre 2008 à 19:51, par R. Camus
3. Le samedi 15 novembre 2008 à 19:56, par André Gunthert
4. Le samedi 15 novembre 2008 à 20:30, par R. Camus
5. Le samedi 15 novembre 2008 à 20:35, par R. Camus
6. Le dimanche 16 novembre 2008 à 11:58, par Didier Rykner
7. Le dimanche 16 novembre 2008 à 16:17, par Josué Rauscher
8. Le lundi 17 novembre 2008 à 09:12, par Enro
9. Le mardi 18 novembre 2008 à 04:32, par Nadpaz
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