Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Vendredi dérape sur Zemmour

image Pour son n° 7, Vendredi, l'hebdo papier fabriqué en coupant-collant les blogs, nous fait assister à son premier dérapage. Dans son édito, Jacques Rosselin, qui tient à nous démontrer qu'il n'est pas de gauche, s'enorgueillit d'être le seul journal à donner la parole à Eric Zemmour pour lui permettre de se défendre des «attaques qui ont fusé sur le net suite à ses propos sur les races.»

Etait-il nécessaire de repasser le plat à l'abonné des plateaux télé, dont les avis encombrent les ondes? Fait par des journalistes, Vendredi a du mal à laisser la parole aux blogueurs. Dans l'échange, ceux-là n'ont même pas droit à l'équilibre jadis moqué par Godard («Cinq minutes pour les Juifs; cinq minutes pour les nazis»). Sous le titre "Zemmour crucifié...", quatre brefs extraits de 7 à 10 lignes se battent à armes inégales avec un vrai texte de 2500 signes, où l'humoriste médiatique s'en donne à coeur joie, ravi d'exhiber sa collection de blagues à deux balles («Jean Baudrillard avait relevé qu'il existait SOS Baleines et SOS Racisme: les premiers voulaient sauver les baleines; et les seconds les racistes»).

Pas sûr que ce soit lui rendre service que de lui tendre ainsi le crachoir. Si la sortie de Zemmour sur Arte pouvait encore passer pour une maladresse, son article ne laisse plus aucun doute sur ses convictions. Loin de moi l'idée de polémiquer avec l'inoubliable auteur du Premier sexe (Denoël, 2006), provocateur au petit pied qui se proclame sexiste, réactionnaire, "anti-droit-de-l'hommiste" – et maintenant raciste, pour le seul plaisir de passer pour un penseur habile sinon profond aux yeux de ses camarades du petit écran, médusés par tant de témérité. La seule chose qu'a bien compris cet intellectuel qui dit tout haut ce que le Front national pense tout bas, c'est comment fonctionne la machine médiatique. Nul doute que dans six mois, il fera un livre de ses jérémiades anti-web, en posant une fois de plus à la victime de la bien-pensance. Il y a des lecteurs pour ce genre de littérature.

Sont-ce les mêmes qui lisent Vendredi? Une chose est sûre: si c'est ainsi que Rosselin voit son journal, il se passera de mes services (un de mes billets récents a été repris dans le n° 5 de l'hebdo. J'ai refusé d'être payé pour cette citation). S'il doit servir à caricaturer l'avis des blogueurs pour offrir des tribunes supplémentaires aux habitués des talks-shows, cet organe a mal compris le rôle de la blogosphère – qui malgré tous ses défauts représente aujourd'hui un espace de critique indispensable pour contrebalancer l'étouffant conformisme de la médiasphère.

Post-Scriptum. Sur la question du racisme, je conseille la lecture de l'excellent billet de Palindromes (pas cité par Vendredi), qui explique avec talent que le concept de "race" n'a rien à voir avec la science – mais tout avec l'histoire. Ceux qui veulent aller plus loin peuvent lire par exemple le très bienvenu Du Racisme français (Les Arènes, 2007), par Odile Tobner.

Aaaliens. Des blogueurs, pas des moteurs!

image "Ce que n’avaient pas prévu les auteurs de Science-Fiction c’est que les aaaliens arriveraient en bêta. Le web était passé par là…"

Aaaliens est constitué d’une fédération de blogueurs souhaitant mutualiser (partager et co-enrichir) leurs veilles et leurs recommandations. C’est un outil - voir un postmedia - de "blogger ranking" ou de "linkjournalism" (une "agence de presse de liens"?).

Aaaliens est maintenant disponible dans une version "zéro". Le site sera en permanence actualisé. En fonction de vos souhaits. Dès la semaine prochaine.

Pensé à partir d’une page blanche (ou presque) par des fous à lier, aaaliens répond cela dit à une vraie stratégie d’audience, pensée pour contrer Digg et Google (en se nourrissant de nos Delicious) et comme nous semblant être le bon bout de la chaine de valeur: le noeud par lequel passent et passeront de plus en plus les usages, la recommandation.

Ici le "fil humain" n’est jamais cassé. Aaaliens est composé de ceux que vous lisez déjà (et jamais assez) ou plus exactement du meilleur de leurs lectures et de leur veille - et en aucun cas de leur propres productions.

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EHESS: démission collective des élus SUD-étudiant

Depuis un an et demi nous sommes représentant-e-s des étudiant-e-s à l'EHESS au Conseil de l'école doctorale. Nous consacrons une partie de notre temps et de notre énergie à essayer de faire valoir les droits et les intérêts des étudiant-e-s (en master et en thèse) dans cette institution. Surtout nous tentons de faire respecter la possibilité d'une autre parole que celle des directeur-ice-s de recherche et de faire admettre que l'avenir de l'EHESS n'est pas dans les batailles internes entre laboratoires mais dans le développement des meilleures conditions de recherche possibles pour les étudiant-e-s.

Lors de la dernière réunion de l'école doctorale (juin 2008), qui devait aborder la modification de la charte des thèses, lorsque la question essentielle de l'encadrement des doctorant-e-s a été abordée, il ne restait plus que 4 responsables de formation au moment de la discussion (sur une quinzaine d’élus)... Les étudiant-e-s apprécieront donc le peu de cas que l'on fait de leurs préoccupations et de leur(s) condition(s) de travail (et de vie) dans les instances de l'EHESS. Cette réunion fut l'exemple paroxystique des obstacles qui nous sont opposés systématiquement depuis des années dès que nous essayons d'apporter une autre vision de ce que doit être l'EHESS. Sur des questions aussi déterminantes que la limitation du nombre de doctorant-e-s par directeur-ice, le soutien financier à la reproduction des thèses, l’intégration des doctorant-e-s dans les laboratoires, la médiation en cas de conflits entre doctorant-e et directeur-ice, nous avons été face à une opposition systématique pour faire avancer les choses. Bien que «scientifiques», nos directeur-ice-s ne prennent même pas le soin de motiver leurs réponses par des arguments autres que «ce n’est pas faisable», «nous refusons». On traite ainsi les représentant-e-s étudiant-e-s, et donc à travers eux l'ensemble des étudiant-e-s, avec trop de mépris, cherchant sans cesse à décrédibiliser leur parole. La violence symbolique, le rappel de la hiérarchie et les attaques personnelles sont les réponses qui nous sont le plus souvent infligées pour éviter les débats de fond et les véritables problèmes posés par l'absence de moyens et de suivi des étudiant-e-s. On nous répond trop souvent que les contraintes institutionnelles sont des obstacles insurmontables pour nos revendications mais à chaque réunion nous pouvons constater que ces mêmes contraintes institutionnelles sont facilement détournées et que les enseignant-e-s et l'administration s'en arrangent très bien quand ils le veulent.

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Oui, la télévision publique est digne de notre soutien

image Une révolution. Alors que le JT de France 2 traite habituellement les conflits sociaux avec dédain, de manière expéditive, l'édition d'hier soir a témoigné d'un étonnant retournement.

Au lieu de donner la parole aux «victimes», «prises en otage» par les grévistes, la caméra nous montrait de longues séquences d'un cortège joyeux et bigarré, s'attardant sur les visages souriants de manifestants pour une fois sympathiques. Plusieurs représentants de la CGT étaient interviewés respectueusement.

Plus surprenant: le téléspectateur découvrait, médusé, qu'un mouvement social pouvait être autre chose qu'une grogne instinctive, que celui-ci pouvait être motivé par de véritables problèmes, reposant sur une analyse des conditions économiques dont la rédaction nous restituait scrupuleusement le détail. Mieux encore: le représentant du gouvernement, invité sur le plateau pour s'expliquer, se faisait ni plus ni moins couper la parole par Pujadas, qui osait lui opposer de vrais arguments. Et si l'on n'échappait pas, in fine, au rituel micro-trottoir, celui-ci présentait des opinions contrastées, dont plusieurs visiblement en faveur de la protestation.

J'ignore ce qui explique cette soudaine considération pour les grévistes, mais choisir de consacrer pas moins de vingt minutes d'antenne à une manifestation qui n'a rassemblé qu'environ 3000 participants est incontestablement le signe d'une nouvelle attention à l'égard des mouvements sociaux et le témoignage d'une impartialité qui fait plaisir à voir.

MàJ, 10h50. Un commentateur me fait remarquer à juste titre que mon analyse est malheureusement faussée. Cette couverture si extensive, ce journalisme si attentif n'étaient motivés que par le corporatisme et la défense d'intérêts particuliers, puisque cette mobilisation était dédiée à la défense de la télévision de service public. Malgré ma déception, cette découverte confirme la justesse du traitement habituel des mouvements sociaux sur France 2, qui ne sont finalement que l'expression archaïque d'égoïsmes catégoriels.

Le croc du diable, ou le terrorisme illustré

J'appelle "journalisme visuel", non la traduction en images d'une information (qu'exprime plus justement le terme "illustration"), mais au contraire une construction ou une organisation du récit sur la base d'une iconographie. Le récent épisode des "saboteurs de la SNCF" nous en offre un cas exemplaire. Après un emballement médiatique digne des pires tragédies, chaque jour qui passe rapproche d'un nouvel Outreau l'incarcération sans la moindre preuve matérielle d'un groupe d'alters.

Entre le 10 et le 11 novembre 2008, un ensemble d'incidents initialement caractérisés par le directeur de la SNCF comme des «actes de malveillance», ayant eu pour conséquence essentielle de provoquer le retard de trains, vont être requalifiés par le ministère de l'Intérieur comme des actes de terrorisme.

Dans ce processus, une image a joué un rôle décisif. Le 10 novembre, la veille de l'arrestation, le Figaro.fr publie un groupe de quatre photographies intitulé "Le caténaire de la peur" (sic, ce titre sera rapidement corrigé pour devenir "Les images exclusives de la caténaire de la peur"). Au lieu de comporter le nom du photographe, ce reportage est curieusement légendé: "Photos Le Figaro Magazine". Le texte explique qu'il s'agit des «images du dispositif utilisé par les saboteurs en quatre points différents du réseau à grande vitesse dans la nuit de vendredi à samedi. Ces photos ont été prises sur la ligne du TGV Est après le passage du train ouvreur, alors que les services d’entretien de la SNCF arrivaient sur les lieux.» Cette description suggère qu'il s'agit de photographies réalisées par les services de la SNCF, communiquées à la rédaction du Figaro Magazine.

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Communication par l'image à l'EHESS

image Remarquable courrier diffusé hier sur la liste de discussion de l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Voici le texte de l'e-mail signé d'Annik le Pape, chargée d'édition, intitulé "Rue du Pré visite virtuelle":
«Le Comité Hygiène et Sécurité ayant été invité à parcourir une partie des locaux censés accueillir EHESS, EPHE et MSH rue du Pré, il me paraît indispensable - puisque l'accès n'en est pas autorisé à l'ensemble des personnels travaillant au "54" - de ne pas réserver aux élus les quelques images récoltées lors de cette visite restreinte mais de les mettre à la disposition de tout le monde.»

Suivent quatre hyperliens renvoyant à quatre fichiers Word sauvegardés en pdf, comprenant 33 photographies de l'extérieur et de l'intérieur du bâtiment prévu pour devenir la future localisation de l'administration de l'EHESS à partir de la rentrée 2009, réalisées le 20 novembre dernier par Véronique Conuau, lors de la visite du CHS.

Malgré une présentation sommaire et un dispositif inadapté (l'Ecole ne disposant d'aucun moyen approprié de diffusion d'images, les fichiers ont été placés d'abord sur un vieux serveur ftp, puis recopiés sur un serveur plus puissant pour faire face à l'afflux de connexions), cette "visite virtuelle" est l'information la plus complète dont les personnels de l'Ecole ont pu disposer à ce jour sur les locaux supposés les accueillir dans moins d'un an. Cette mise en circulation d'une information visuelle est un phénomène suffisamment rare pour être noté. La précédente opération comparable, en octobre 2007, avait été la diffusion d'un état des lieux photographique de la parcelle 521, localisation prévue pour la construction du nouvel immeuble de l'EHESS dans le cadre du plan Campus. Alors que cet emplacement était décrit comme le lieu d'accueil de l'administration de l'Ecole après le déménagement du 54, bd Raspail, la publication de ces images, montrant l'impréparation du site, avait pesé lourd dans la décision de l'assemblée générale des enseignants du 17 novembre 2007 de refuser cette implantation, au profit de la rue du Pré.

Manifestée par plusieurs échanges sur la liste de discussion, l'inquiétude des personnels reste vive sur les motivations et les conditions du futur déménagement de l'Ecole. La prochaine assemblée générale des enseignants est prévue le samedi 29 novembre.

Beyond the photograph: Science and the antique in the work of William Henry Fox Talbot

image After André Gunthert's lecture in the lhivic seminar on the early days of the digital photograph and its 'inventor', we returned to one of the inventors of analogue photography, to William Henry Fox Talbot (1800-1877). Talbot is now primarily remembered as one of the pioneers of photography, but his work ranged across the natural sciences, classical scholarship and Assyriology. The recent acquisition of Talbot's archive, including his hitherto neglected non-photographic notebooks, by the British Library now provides an opportunity to uncover Talbot's various interest and outstanding role as a Victorian universal scholar.

The aim of the project "Beyond the photograph: Science and the antique in the work of William Henry Fox Talbot", which began in October 2007, is to catalogue the approx. 330 notebooks and situate the work of the inventor of the positive-negative photographic method on paper in a wider historical and scientific context. Through an examination of archival material at the British Library and elsewhere, this project also aims to produce a doctoral thesis on new aspects of the work of Talbot in addition to the catalogue of his notebooks. The thesis explores Talbot's interest in photographic inventions in connection to his lifelong significant scholarship in Archaeology, Classics and Assyriology, allied to a broader academic programme of research in the history of Middle Eastern Archaeology. When Henry Austen Layard, after his Assyrian excavations in ancient Mesopotamia in the 1840s and 1850s, brought back numerous objects to the British Museum, Talbot became one of the four leading experts in the decipherment of cuneiform. At that time, Archaeology and Assyriology started to establish themselves as disciplines and photography quickly became one of the most important tools for archaeological research. Hence, Photography and Archaeology/Assyriology were directly linked to each other in the 19th century. Talbot as a leading expert in both fields offers an exceptional case study to show how the disciplines have been closely linked to each other in practical terms. For the French context it is crucial to mention, that the first scientific use of Talbot's technique in Mesopotamia was carried out by the French expedition team lead by the archaeologist Victor Place in the 1850s. The project is supported by a collaborative doctoral studentship awarded by the AHRC to the University of Cambridge (Professor Simon Schaffer, Department of the History and Philosophy of Science) with the British Library. Link: http://www.bl.uk...

Résumé de la présentation par Mirjam Brusius dans le cadre du séminaire "Recherches en histoire visuelle", EHESS/INHA, 13/11/2008.

Europeana: 3 petits tours, et puis...

La bibliothèque européenne, Europeana a donc été lancée le 20 novembre. Europeana se compose actuellement de "2 millions de documents, dont des livres, des cartes, des peintures et des photographies, provenant des bibliothèques nationales et de plus de 1000 institutions culturelles des 27 pays de l’Union européenne." (...) De tout cela je retiens qu'il faut prendre l'épisode du lancement raté de ce grand projet pour ce qu'il est: une fable moderne pleine d'enseignements sur la mesure et le périmètre d'un service public numérique à l'heure et à l'ère de l'accès comme clé de voûte bibliothéconomique renouvelée.

Par Olivier Ertzscheid, Affordance.info, 23/11/2008.
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Derrière la retouche, l'aveu de l'illustration

L'Express nous apprend que le Figaro, dans son édition du 19 novembre dernier, a délicatement ôté une bague en diamants d'un prix de 15.600 euros du doigt de la ministre de la justice (photographie de François Bouchon/Le Figaro). Un lecteur médisant pourrait prendre cette opération pour une manipulation à caractère politique: journal pro-gouvernemental, mais néanmoins conscient des difficultés de la France qui se lève tôt, Le Figaro est soucieux de corriger les maladresses superficielles des ministres les moins expérimentés. Le cas est en réalité beaucoup plus intéressant. Répondant aux questions d'Eric Mandonnet, la rédactrice en chef du service photo du quotidien, Debora Altman, précise: «On a bouclé dans l'urgence. On assume. On ne voulait pas que la bague soit l'objet de la polémique, alors que le vrai sujet était la pétition des magistrats. Rachida Dati n'a rien à voir avec ça.»

C'est à ma connaissance la première fois qu'un cas de retouche d'image dans un organe d'information national est pleinement admis. On se souvient des dénégations embarrassées de Paris-Match lors de ses manipulations anatomiques du chef de l'Etat, assurant que «l'altération des photos» doit être «strictement interdite». Témoignage des progrès de la culture de la retouche, ces pieux mensonges ne sont plus de mise. Mais l'aveu assumé de la correction dévoile un autre pan du travail de l'image, lui aussi habituellement passé sous silence. Admettre qu'il fallait ôter le bijou parce qu'il risquait de brouiller la lecture, c'est admettre qu'on a enfreint le dogme selon laquelle l'usage de la photographie dans la presse n'est déterminé que par le primat de l'information. En concédant la retouche, on reconnaît clairement que l'image n'intervient ici qu'à titre d'illustration, comme un matériau à caractère décoratif, sans aucune nécessité journalistique.

Colloque "L'histoire de l'art depuis Walter Benjamin"

image Colloque EHESS-INHA, sous la direction scientifique de Giovanni Careri et de Georges Didi-Huberman
En collaboration avec le Département des études et de la recherche de l’INHA, dans le cadre du programme Histoire de l’Histoire de l’Art, coordonné par Anne Lafont (INHA).

5-6 décembre 2008, Institut national d’histoire de l’art, salle Giorgio Vasari, 2 rue Vivenne, 75002, Paris (entrée libre).

Le monde de la recherche philosophique, historique et littéraire a depuis longtemps reconnu la valeur toujours plus décisive que représente l’œuvre de Walter Benjamin. Ce penseur hors normes a revisité un grand nombre de notions cardinales pour les sciences humaines, proposant de nouveaux modèles d’historicité comme de nouvelles façons de lire et de regarder les œuvres de la culture, depuis l’art baroque jusqu’à la photographie et le cinéma des années 1930 en passant par la poésie romantique, le roman moderne, l’architecture urbaine ou le théâtre expérimental. Il reste aux historiens de l’art la tâche de faire un point sur la valeur d’usage de notions telles que l’aura, l’image dialectique, l’anachronisme, le montage, la «lisibilité» ou la reproductibilité technique. Le colloque s’interrogera sur les conditions d’application à l’histoire de l’art d’une théorie de l’historicité qui se présente en faisant recours au terme d’«image» et à celui d’«image dialectique». Il s’interrogera aussi sur l’esthétisation du politique à l’époque moderne. Quelle est la portée des analyses de Benjamin dans les conditions «bio-politiques» actuelles, quelle place y jouent les nouvelles technologies, et comment peut-on penser le rapport entre esthétique et éthique dans ce contexte?

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Un nouveau Bretton Woods?

Il faut reconnaître, et les marchés financiers l’ont fait avec leur cynisme habituel, que ce G-20 est un échec. Il ne pouvait en être autrement car il a été convoqué de manière précipitée, avec une administration américaine moribonde et sans que les autres pays n’aient réussi à constituer un front commun qui aurait pu contraindre les Etats-Unis à modifier sur le fond leurs positions habituelles. Personne n’était présent pour porter les propositions alternatives qui, aujourd’hui, sont les seules à pouvoir apporter des solutions à la crise en s’attaquant à ses causes réelles.

Dans ces conditions, on est très loin de l’objectif initial d’un «nouveau Bretton Woods». Le processus d’une réforme du système monétaire international n’a même pas été engagé. De cet échec va naître dans les mois qui viennent un processus de fragmentation du système monétaire et financier international.

Le point de rupture entre partisans du désordre ancien et partisans d’une véritable reconstruction du système monétaire financier se concentrera sur deux questions: le contrôle des capitaux et des formes de protectionnisme permettant d’éviter l’importation des effets dépressifs des politiques de certains pays.

Seule la combinaison du contrôle des capitaux (le retour à la convertibilité en compte courant) et de mesures de protection peut permettre de créer des espaces de stabilité au sein du désordre actuel. À terme, seule cette combinaison peut garantir, comme Keynes le montrait dès 1941, l’articulation entre des règles négociées de comportement entre pays pour éviter les politiques prédatrices (commerciales, sociales ou écologiques) et la liberté d’action – la souveraineté des politiques économiques et sociales – qui est nécessaire pour que chaque pays puisse trouver sa propre trajectoire sociale et économique de développement. Pour ne pas refaire une fois de plus, une fois de trop, les mêmes erreurs il convient de bien se pénétrer des leçons des débats de 1941 à 1946 sur la reconstruction du système monétaire international, ainsi que de celles de la désintégration du système de Bretton Woods.

Extrait de "L’économie politique internationale de la crise et la question du «nouveau Bretton Woods». Leçons pour des temps de crise", texte inédit (32 p.), lire en ligne, télécharger le pdf (1,2 Mo).

Soutenance de thèse "Les Fresques de Michel-Ange à l'épreuve de la photographie"

image La thèse de doctorat d'histoire de l'art "Les Fresques de Michel-Ange à l'épreuve de la photographie. Production et diffusion de nouveaux clichés (1839-1944)", présentée par Philippe Jarjat à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), sera soutenue le mardi 25 novembre à partir de 9h00, en salle 11, 105, boulevard Raspail, 75006 Paris.

Jury: Sylvie Aubenas (Bibliothèque nationale de France), Stephen Bann (université de Bristol), Andreas Beyer (université de Bâle), Olivier Bonfait (université de Provence), Giovanni Careri (EHESS), Michel Frizot (CNRS/EHESS, directeur).

Peut-on parler politique sur un blog scientifique?

image Récemment pris à parti sur ce blog, Claude Askolovitch m'objectait avec raison que mon réquisitoire n'avait guère de rapports avec la recherche en histoire visuelle. La principale caractéristique du blog étant de ne rien interdire, on pourrait balayer cette remarque d'un revers de main. Toutefois, à un moment où Hypothèses.org, la plate forme de carnets scientifiques du CLEO, prend son essor, je voudrais saisir l'occasion de discuter de la cohésion thématique de ces organes. Si l'AERES est encore incapable de prendre en compte leur apport bien réel à la production savante, il est clair qu'ils s'imposent chaque année un peu plus comme un nouvel outil de la recherche. Sans se substituer aux livres ni aux revues, ils proposent une étape supplémentaire de la communication scientifique, que j'ai caractérisé ici par l'expression du "séminaire permanent". Il n'est pas difficile d'apercevoir que, dans un petit nombre d'années, un chercheur sans blog paraîtra aussi incongru qu'un cuisinier sans fourneaux. Il n'est donc pas inutile de s'interroger dès maintenant sur les frontières de l'exercice.

La pratique scientifique est par nature endogène. On y apprend à se défier de l'opinion et à haïr l'amateurisme. La spécialisation y apparaît comme l'arme de destruction massive des savoirs incertains. A cette aune, la question est vite tranchée: tout ce qui distrait de l'aire de la maîtrise doit être rejeté comme participant du vulgaire. Et quelle que soit ma propre pratique, lorsque je me trouve en position d'éditeur, j'ai tendance à suivre la pente. Ayant l'honneur de participer au conseil scientifique d'Hypothèses.org (avec René Audet, Paul Bertrand, Antoine Blanchard, François Briatte, Marin Dacos, Christian Jacob, Claire Lemercier, Pierre Mounier et Jean-Christophe Peyssard), je me montre aussi sourcilleux qu'un reviewer du Oxford Journal of Archaeology, prêt à fermer la porte à tout écart aventureux.

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"Je suis le roi du monde!"

Il y a dans chaque régime ce moment pathétique où le dirigeant perd pied avec le réel. Ce moment où tout lui échappe et où il préfère se réfugier dans la fiction de son règne. Ce moment vient d'arriver pour Nicolas Sarkozy. C'est l'historien officiel du régime, Claude Askolovitch, qui nous le révèle dans les colonnes de l'indispensable JDD. Dans un récit halluciné du G20, intitulé sans la moindre ironie: "Sarkozy en maître du monde", le conteur dépasse l'habituel journalisme de cour pour nous faire pénétrer directement dans le cerveau du président.

Dans le monde réel, depuis l'élection d'Obama, Sarkozy a perdu la main. L'ex-coqueluche des sommets internationaux a trouvé son maître. La version française du mythe Kennedy fait désormais pâle figure devant Barack et Michelle. Le déplacement est si violent que son entourage se voit contraint de nous le dépeindre en Obama bis. Plus encore que l'absurdité de cet éloge de la négritude sarkozienne, nous avons bien perçu l'inversion du schéma. Jadis incomparable, mesure de toute chose, voilà le modèle de la modernité politique chassé de la première marche du podium.

D'où l'importance du G20. Bientôt déshabillé de la présidence tournante de l'Europe, Sarkozy a vu là sa dernière fenêtre pour jouer les vedettes sur la scène internationale. Dans le monde réel, en l'absence d'Obama, ce raout inutile ne pouvait déboucher que sur du vent. Mais c'est un tout autre film qu'a vu Askolovitch. Un film d'aventure, à mi-chemin de Independance Day et du Louis II de Bavière de Visconti: «ce Français en chemise, débordant d'adrénaline, qui lui donne du "George", qui a couru ce matin à l'aube dans les rues de Washington, qui étale sa forme physique. (...) Sarkozy a gagné la bataille des mots. Une étape de plus dans le sprint marathon entamé depuis le début de la crise financière. (...) Ce vendredi, Sarkozy fait un cadeau au Russe. Il réclame en vain une réunion sur la sécurité globale en Europe. "Tu la veux vraiment? lui demande Sarkozy en tête à tête. On la fait !"»

Ce film, ce n'est pas Askolovitch qui l'invente. Branché en permanence sur les neurones élyséens, ce que le fin chroniqueur nous dévoile n'est autre que la perception du sommet par son principal acteur. Oui, nous dit-il, Sarkozy se voit en maître du monde. En athlète surentraîné qui va arrêter la crise comme Superman arrête un train. En stratège de génie, capable d'imposer à tous sa vision de l'univers. A ce point perdu dans sa fiction qu'il demande au futur ex-président: «Si tu permets, George, nous ne devons pas nous séparer sans fixer la date, le lieu, l'ordre du jour de notre prochaine rencontre.»

Un tel moment de vérité crue doit être mis au crédit du journalisme français. Laissons aux mauvais esprits l'indignation ou le sarcasme. Car il y a plus d'information dans cet article que dans tous les comptes rendus du sommet. Riches en bouleversements majeurs, les mois qui viennent seront décisifs pour le chef de l'Etat. Grâce au JDD, il y aura toujours une fenêtre ouverte pour voir à l'intérieur de sa tête.

Comment citer les publications en ligne

image Les étudiants mentionnent désormais couramment les sources ou les études accessibles en ligne dans leurs travaux, dissertations ou mémoires. Je suis cependant frappé par la grande disparité de ces citations – qui peuvent aller, dans leur version la plus sommaire, du simple copier-coller de l'url jusqu'à des accumulations d'informations redondantes qui traduisent plus l'angoisse qu'une véritable maîtrise de ces ressources. Doit-on y voir la lenteur de l'adaptation des cours de méthodologie au nouvel environnement numérique? Une chose est sûre: l'absence d'uniformité de ces mentions trahit une grande incertitude sur la nature des contenus en ligne. Pour tenter d'y remédier, on peut formuler deux principes simples.

Une ressource en ligne est une publication. Le droit assimile tout contenu diffusé sur le web à une publication et le soumet aux mêmes règles que celles qui régissent la presse et l'édition. Il n'y a donc aucune raison de le traiter différemment d'un texte sur papier. Dans le cas d'une publication classique, l'élaboration d'une référence passe par l'identification de son auteur, du titre et du caractère de la publication (livre ou article), de sa date de publication et le cas échéant des numéros de page concernés. On appliquera donc les mêmes principes à la citation d'une ressource en ligne, quitte à recourir aux solutions traditionnelles pour pallier l'absence de tel ou tel élément ("anon." = auteur non identifié, "s.d." = sans date spécifiée, etc.).

La webographie fait partie de la bibliographie. On a pu voir il y a quelques années des listes séparant la bibliographie sur papier des ressources web. La mixité des sources et l'existence de ressources scientifiques en ligne rend cette méthode caduque. Aujourd'hui, une bibliographie complète comprend nécessairement la mention d'articles ou d'outils documentaires sur internet, qui voisinent avec des éditions classiques. Il convient donc d'homogénéiser autant que possible les différents types de références, de façon à en permettre la cohabitation.

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