image Dans un récent billet, le journaliste Pascal Riché me fait la leçon. N'aurais-je pas fait preuve de légèreté en mentionnant sans précaution sur ARHV "L'argent-dette", une vidéo complotiste et antisémite? Dans une première réponse, j'ai précisé ma position sur le volet du complot. Voyons ce qu'il en est du second point.

Complotisme et antisémitisme ne sont pas des reproches équivalents: le second tombe notamment sous le coup de la loi. Sans conteste, la mention d'un contenu à caractère antisémite sans précision expresse constituerait une faute. Je l'ai dit, la vidéo de Paul Grignon est clairement complotiste. Mais est-elle antisémite? Pour l'affirmer, Riché se base sur une séquence de 15 secondes, située à la fin du film, qui associe le nom des Rothschild à l'image de la pieuvre. Mentionner le nom de la plus grande famille de banquiers, universellement connue, dans un film consacré au mécanisme monétaire ne peut suffire à justifier à lui seul le reproche d'antisémitisme. C'est donc bien sa juxtaposition avec «la représentation de la pieuvre portant ses tentacules sur le monde» qui fonde le jugement de Riché. Résoudre le problème revient donc à répondre à la question: de quoi la pieuvre est-elle la figure?

Met apprécié des cuisines méditerranéennes depuis l'Antiquité, cet innocent mollusque n'a pas toujours représenté la figure d'un pouvoir occulte démesuré. Il semble bien que ce soit une confusion taxinomique avec un autre céphalopode, l'Architeuthis, ou calmar géant, qui lui confère dans le récit des marins son aspect monstrueux.

Très vivante dans le folklore scandinave, la figure mythologique du Kraken, pourvue de nombreux bras qui s’agrippe aux navires et les entraîne vers le fond, n’a pourtant jamais été représentée et garde tout son mystère jusqu’au XVIIIe siècle. L'article que lui consacre le Supplément de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert croit pouvoir identifier cet animal légendaire à une sorte de poulpe géant. Cette conjecture est entérinée par le naturaliste Pierre Denys de Montfort dans son Histoire naturelle des mollusques (1802), qui lui donne sa première concrétisation iconographique (fig. 2), inaugurant un genre qui, de Vingt mille lieues sous les mers (Jules Verne, 1869, fig. 3) à Pirates de Caraïbes II (Gore Verbinski, 2006, fig. 4), occupe une place marquée de l'imaginaire enfantin.

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