image D'un coup, les images en ligne ont paru bien petites. Le 1er juin 2008, Alan Taylor, développeur web au Boston Globe, lançait The Big Picture, un site entièrement dédié au photoreportage. Avec une idée simple: les photos allaient être grandes, beaucoup plus grandes que de coutume. 990 pixels de large, un peu moins que le format d'un écran 15". Le succès fut immédiat. Aussi surprenant qu'il puisse paraître, The Big Picture aura été le premier – et reste jusqu'à présent le seul – organe en ligne à publier d'emblée ses images en aussi grand format.

L'expérience est révélatrice. Alors que l'essor de la photo numérique est intimement lié aux possibilités offertes par la transmission et la diffusion électronique, on constate que l'image, dans cet univers ubiquitaire, n'a jamais existé que de façon dégradée. Sur le plan technique, puisque c'est la définition du format de compression JPEG, en 1994, qui donnera le coup d'envoi d'une large circulation des images fixes dans les tuyaux informatiques. Mais aussi sur le plan des pratiques. Puisque rien ne peut empêcher la recopie d'une photo une fois mise en ligne, pour éviter le vol d'images, l'habitude a été prise de n'y faire circuler que des citations. Des vignettes de petit format, rendues au mieux cliquables pour donner accès à une image de plus grande taille. Un format moyen s'est rapidement imposé: 500 pixels de côté (le format de consultation standard sur Flickr) a paru un compromis acceptable par le plus grand nombre, qui permettait de rendre une photo visible sans en livrer les clés.

Ne pas risquer de gêner l'usager par des fichiers trop volumineux; limiter le risque du vol des photos: les deux impératifs conjugués qui ont jusqu'à présent guidé la mise en ligne des images ont construit une sorte de nouvelle caverne de Platon, où les vraies images sont les idées dont le web ne montre que les ombres. La situation est similaire en vidéo où le confort de transmission a imposé des formats très dégradés par la compression.

2008 restera l'année marquant une première évolution de ce schéma. Quoiqu'entravés par un débit encore insuffisant, la généralisation des fenêtres de visualisation plein écran, l'introduction de formats haute définition sur les plates-formes de partage de vidéo ou le succès de The Big Picture sont autant de signes suggérant la marge de progression du web visuel. On n'a encore rien vu.

(Billet initialement publié sur Le Bruit des images.)