Le Fujifilm MX-2700: l'appareil à ne pas faire des photos numériques
Par André Gunthert, jeudi 9 octobre 2008 à 13:46 (5662 vues, permalink, rss co) :: En images - Comptes rendus
Avant les vacances, suite à mon billet sur le Konica QM-80, Pascal Kober, rédacteur en chef de la revue L'Alpe, proposait de me faire parvenir «un vieux Fuji (...) hors d'état de nuire». Quelques jours plus tard, j'avais la surprise de découvrir dans ma boîte aux lettres un exemplaire du Fujifilm MX-2700 – mon premier appareil photo numérique, acheté en 1999 (revendu en 2003 pour un Sony).
Qu'il soit hors d'usage m'autorisait à recourir à ma plus vieille méthode scientifique, niveau maternelle: ouvrir la bête pour en observer les entrailles (ma longue expérience en la matière m'ayant prouvé qu'il est difficile de redonner vie à un équipement électronique après une autopsie poussée). Il y a dans ce geste une dimension magique: braver l'interdit, ouvrir la boîte noire, accéder au secret. Est-ce parce que j'aimais démantibuler les transistors étant petit que je me suis orienté vers l'histoire de la photo? Comme Walter Benjamin, je suis de ceux que fascine la dimension matérielle des outils culturels.
Mais au-delà du rituel, un tel exercice en apprend beaucoup. La disposition des organes, l'équilibre entre les choix et les contraintes a toujours été la clé de la morphologie des appareils photo de l'ère argentique. Qu'allait devenir cette organisation avec la transition numérique? Mis à part l'espace réservé à la batterie, le MX-2700 est composé de trois blocs nettement distincts: le bloc optique, comportant l'objectif, le photocapteur et l'électronique associée, le bloc-flash (dont le condensateur est l'élément le plus volumineux), enfin un bloc hybride, le plus important, qui occupe environ la moitié de l'espace disponible et qui explique la distribution des autres composantes. Celui-ci est composé de trois parties empilées en sandwich: la carte-mère, le lecteur de carte-mémoire et l'écran de visualisation. On comprend que c'est l'encombrement similaire de ces deux derniers organes qui a poussé à les associer, de même qu'il a paru logique de profiter du support ainsi créé pour situer l'équipement électronique principal. Mais le plus frappant est l'épaisseur de ces trois éléments, distribuée à peu près également par tiers sur toute la largeur de l'appareil. Face à un dispositif dont l'intégration – notamment électronique – est encore visiblement perfectible, on pressent aussitôt l'enjeu représenté par la miniaturisation. Pour devenir cet outil si pratique, il fallait que l'appareil photo numérique se fasse d'emblée petit et mince – d'une taille comparable à celle d'un paquet de cigarettes. Ce format idéalement adapté aux recoins du vêtement masculin ou féminin n'est pas si facile à atteindre. Avec ses quelques millimètres supplémentaires en hauteur et en épaisseur, le Fujifilm est encore loin de cette compacité.
Mon premier démontage d'un APN m'a aussi permis de manipuler pour la première fois le coeur du dispositif, que je n'avais fait jusque là qu'entrevoir derrière le miroir relevé de mon reflex: le photocapteur.
Je note pour la petite histoire qu'un universitaire spécialiste de photo, ni ingénieur, ni photographe, a attendu 2008 pour voir "en vrai" le moteur de la transition numérique. Ce qui n'est pas sans importance, car en apercevant l'objet, on perçoit très clairement qu'il s'agit d'une surface sensible, dont la matérialité n'est pas si éloignée de celle du film. Minuscule bijou électronique, le photocapteur renvoie la lumière et crée des reflets chatoyants à la manière d'un prisme ou d'un miroir. Loin de la virtualité des pixels complaisamment décrite par les premiers théoriciens de l'image numérique, le capteur est un véritable outil optique, dont la beauté n'a rien à envier aux dispositifs concurrents.
Dans le cas du Fujifilm, je peux appuyer mon observation sur une pratique réelle de l'instrument, que j'ai utilisé entre 1999 et 2003. Alors que la machine annonce des images de 2,3 Mpx, soit un des meilleurs formats disponibles en 1999 pour un appareil compact, je me souviens ne l'avoir employé la plupart du temps qu'à une résolution inférieure, en 640 x 480 px. Pour une bonne raison: la prise de vue, l'enregistrement et l'affichage étaient trop lents à la résolution optimale. Revenir au format inférieur était le seul moyen d'obtenir une prise de vue suffisamment réactive. De toutes manières, je n'ai presque jamais utilisé cet appareil comme un véritable appareil photo – plutôt comme un bloc-notes visuel. Il m'a beaucoup servi pour garder la trace de documents consultés (voir par exemple cet article, illustré avec des images réalisées à la bibliothèque de l'université de Mannheim en janvier 2001). Mais presque jamais pour la photo familiale, pour laquelle je préférais utiliser mon compact argentique. Le défaut principal en termes de qualité d'image était le taux élevé de compression, générateur d'artefacts nettement visibles à l'oeil nu (voir album).
Avec tous mes remerciements à Pascal pour cette tranche d'archéologie visuelle. Et toutes mes excuses aussi: maintenant, il va marcher beaucoup moins bien, forcément...
Tags: histoire photo, photo digitale, technique
Commentaires
1. Le samedi 11 octobre 2008 à 22:05, par colodio
2. Le dimanche 12 octobre 2008 à 12:07, par Jean-Louis Boissier
3. Le dimanche 12 octobre 2008 à 12:10, par André Gunthert
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