image Avant les vacances, suite à mon billet sur le Konica QM-80, Pascal Kober, rédacteur en chef de la revue L'Alpe, proposait de me faire parvenir «un vieux Fuji (...) hors d'état de nuire». Quelques jours plus tard, j'avais la surprise de découvrir dans ma boîte aux lettres un exemplaire du Fujifilm MX-2700 – mon premier appareil photo numérique, acheté en 1999 (revendu en 2003 pour un Sony).

Qu'il soit hors d'usage m'autorisait à recourir à ma plus vieille méthode scientifique, niveau maternelle: ouvrir la bête pour en observer les entrailles (ma longue expérience en la matière m'ayant prouvé qu'il est difficile de redonner vie à un équipement électronique après une autopsie poussée). Il y a dans ce geste une dimension magique: braver l'interdit, ouvrir la boîte noire, accéder au secret. Est-ce parce que j'aimais démantibuler les transistors étant petit que je me suis orienté vers l'histoire de la photo? Comme Walter Benjamin, je suis de ceux que fascine la dimension matérielle des outils culturels.

Mais au-delà du rituel, un tel exercice en apprend beaucoup. La disposition des organes, l'équilibre entre les choix et les contraintes a toujours été la clé de la morphologie des appareils photo de l'ère argentique. Qu'allait devenir cette organisation avec la transition numérique? Mis à part l'espace réservé à la batterie, le MX-2700 est composé de trois blocs nettement distincts: le bloc optique, comportant l'objectif, le photocapteur et l'électronique associée, le bloc-flash (dont le condensateur est l'élément le plus volumineux), enfin un bloc hybride, le plus important, qui occupe environ la moitié de l'espace disponible et qui explique la distribution des autres composantes. Celui-ci est composé de trois parties empilées en sandwich: la carte-mère, le lecteur de carte-mémoire et l'écran de visualisation. On comprend que c'est l'encombrement similaire de ces deux derniers organes qui a poussé à les associer, de même qu'il a paru logique de profiter du support ainsi créé pour situer l'équipement électronique principal. Mais le plus frappant est l'épaisseur de ces trois éléments, distribuée à peu près également par tiers sur toute la largeur de l'appareil. Face à un dispositif dont l'intégration – notamment électronique – est encore visiblement perfectible, on pressent aussitôt l'enjeu représenté par la miniaturisation. Pour devenir cet outil si pratique, il fallait que l'appareil photo numérique se fasse d'emblée petit et mince – d'une taille comparable à celle d'un paquet de cigarettes. Ce format idéalement adapté aux recoins du vêtement masculin ou féminin n'est pas si facile à atteindre. Avec ses quelques millimètres supplémentaires en hauteur et en épaisseur, le Fujifilm est encore loin de cette compacité.

Lire la suite...