Peut-on juger de l'évolution d'une radio périphérique à partir de trois fois vingt secondes d'écoute réparties sur deux jours? Certainement pas d'une manière suffisante pour fonder une démonstration scientifique. Mais comme on est sur un blog, on peut se livrer à cette petite expérience sur la validité des micro-échantillons aléatoires.

Comme nous l'explique Hélène Eck, la culture radiophonique s'inscrit dans la tradition familiale. Europe 1 était la radio qu'écoutait mon père. Tous les matins, et dans la voiture. "Signé Furax" avec Francis Blanche ou les jeux radiophoniques de Pierre Bellemare et Jacques Rouland sont encore pour moi des traces vivantes de cette époque. Plus tard, ma propre pratique de la radio a connu diverses évolutions, avec notamment l'arrivée des radios libres et la disponibilité ou non d'un véhicule automobile (on ne chantera jamais assez le rôle des encombrements parisiens dans l'approfondissement de la culture radio). Mais j'ai toujours gardé au fond de l'oreille cette familiarité pour certaines voix, certains noms. Parmi les petites choses que l'on perçoit sans y penser, c'est cette familiarité qui m'avait permis de remarquer que la rédaction d'Europe 1 avait constitué – avec des personnages comme Etienne Mougeotte, Jean-Claude Dassier, Robert Namias et bien d'autres – une précieuse pépinière de cadres pour TF1 après sa privatisation (1987).

Morandini hier, la première fois au téléphone avec une auditrice de 69 ans, la seconde fois annonçant Jacques Pradel, puis Fogiel passant le micro à Drucker ce matin: trois échantillons de vingt secondes, comme autant de pièces d'un puzzle, suggèrent que ce schéma s'est désormais inversé. Europe est devenu le cimetière des éléphants des anciennes gloires de la télé. Ce qui semble parfaitement approprié pour accompagner le vieillissement de son auditorat, qui n'aime rien tant que papoter des émissions de TF1 qu'il a vu la veille.