image C'est PhotoshopDisasters qui va être content. Toujours à l'affut de jambes coupées, de mains oubliées et autres erreurs grossières de picture editors trop pressés, le site va pouvoir ajouter à sa collection une de ses plus belles pièces: rien moins que le président de la République française pourvu d'un pied supplémentaire, lors de la réception du pape à l'Elysée.

Renseignement pris, il ne s'agit pas d'une multiplication miraculeuse, mais d'un garde du corps qui a perdu le sien, par l'effet d'une retouche un peu trop appuyée. Plutôt que de retrouver chez Morandini les blagues de comptoir qui nous tendent les bras, la Société des Journalistes (SDJ) de Paris Match a préféré informer directement l'AFP du procédé, en mouchardant son auteur: le photographe Pascal Rostain. L'auto-proclamé meilleur paparazzi de France, pourvoyeur de nombre des scoops de l'hebdomadaire, dont un livre récent dresse le tableau de chasse en compagnie de son compère Bruno Mouron, se voit ici dénoncé sous l'appellation infâmante de «collaborateur extérieur du journal», comme un vulgaire pigiste. Il s'agit là de la stricte application de l'axiome sartrien que j'énonçais ici même: "la retouche, c'est les autres". Pas de chance pour Match, la précédente manipulation présidentielle, connue sous le sobriquet du "bourrelet de Wolfeboro", avait déjà été commise dans ses colonnes.

Mis à part l'inclination du chef de l'Etat pour l'expérimentation anatomique au sein du magazine, on notera l'assurance répétée, de la part de la rédaction, que «l'altération des photos» doit être «strictement interdite». Ce qui est vertueux, à défaut d'être crédible. Ne serait-il pas plus simple que le rédacteur en chef photo regarde de temps en temps les images qu'il publie? Ingénu, Guillaume Clavières avoue au contraire: «On n'a pas fait attention à ce pied qui dépassait. Si on l'avait su, on aurait retiré cette photo du choix.» Selon un précédent directeur de l'hebdo, on en a viré pour moins que ça.