Dans le cadre propice de la Société française de photographie, le rôle assigné à la revue par son équipe fondatrice aura été d’alimenter le terrain culturel par l’amont. En l’irriguant de ressources et de problématiques inédites, les investigations de la recherche nous paraissaient le moyen le plus sûr pour renouveler les curiosités du public. Pour autant qu’on puisse en juger du côté de la muséographie ou de l’édition photographiques, de nombreuses traces attestent que cet objectif a bien été atteint.

Une telle méthode demande toutefois une grande patience. Il faut l’avouer, les effets que je guette ne sont pas encore visibles au-delà des frontières de la spécialité. Pourtant, vingt-deux volumes m’en ont convaincu: le territoire photographique est un formidable laboratoire pour préparer l’histoire culturelle de demain. Après s’être timidement frottée à quelques manifestations de la culture publique, dans la presse ou les loisirs, la recherche va devoir affronter le continent noir de la culture privée. Plusieurs articles du présent numéro en témoignent: alors que les pratiques privées deviennent un élément central du bouleversement des équilibres médiatiques, l’histoire de la photographie – encore trop mal connue, mais qui présente l’avantage de proposer quelques zones mieux éclairées – apparaît comme le théâtre de l’invention de maintes questions qui nous préoccupent aujourd’hui[1].

On ne sera pas étonné si je dis que l’apport d’Études photographiques à l’histoire culturelle comme à l’histoire de l’art me semble considérable. Peut-être le sera-t-on davantage si j’affirme que certaines des clés de la compréhension des mécanismes du monde actuel sont aujourd’hui aux mains des historiens de la photographie. Il est d’autant plus agaçant de constater qu’en raison de l’exotisme de ce domaine, la plupart des chercheurs des spécialités connexes continuent d’ignorer nos travaux – dont il existe maintenant une présentation synthétique[2].

L’horizon est encore loin. L’effort doit se poursuivre. Confier la revue à une équipe rajeunie participe des moyens pour le conforter. Parmi les autres outils nécessaires, j’ai le plaisir de signaler la réouverture du site web d’Études photographiques[3]. Pour ma part, c’est sous ma casquette de chercheur que je continuerai à servir cette aventure, de toutes les ressources de ma faim de savoir.

Notes

[1] Voir notamment Andrew Keen, Le Culte de l'amateur. Comment internet détruit notre culture (traduit de l'anglais par J.-G. Laberge), Paris, Scali, 2008.

[2] Cf. André Gunthert, Michel Poivert (dir.), L'Art de la photographie des origines à nos jours, Paris, éditions Citadelles-Mazenod, 2007 (pour des raisons bien compréhensibles, cet ouvrage qui réunit les contributions de la plupart des membres de la rédaction d’Études photographiques ne fera pas l’objet d’un compte rendu dans nos colonnes).

[3] Fermé en juin 2006, à l’occasion du vote de la loi DAVDSI limitant l’utilisation des sources multimédia, celui-ci peut désormais s’appuyer sur les recommandations du Max-Planck Institut pour publier les illustrations relevant du domaine public.