Exercice difficile: prendre congé. Ce vingt-deuxième numéro d’Études photographiques est le dernier publié sous ma direction. Après douze années consacrées à veiller sur celle qui est à mes yeux la plus belle des revues, à un moment où je sens pointer les premières marques de lassitude, j’ai choisi de passer la main. Car je sais trop que l’énergie et le zèle, qui sont le premier carburant de cette machine, ne peuvent connaître le moindre fléchissement. Clément Chéroux et Thierry Gervais, qui en connaissent les rouages mieux que personne, ont accepté d’en reprendre le pilotage. Je les remercie de tout coeur de s’être chargés de ce cher fardeau.

Douze ans sont une longue période – la plus longue durée de vie pour une revue française dédiée à ce champ. Études photographiques m’a fait autant que je l’ai construite. Et comme celui d’un enfant qu’on a vu grandir, c’est avec fierté que je regarde le chemin parcouru. En affichant sa désinvolture, L'Oeil naïf de Régis Debray, publié en 1994, résumait une posture alors répandue pour étudier le médium. En 2008, une attitude comparable suscitait un tollé lors de l’exposition “Les Parisiens sous l’occupation”, forçant la mairie de Paris à redresser le tir par une série de rencontres avec une quinzaine de spécialistes. Si Études photographiques n’a pas été le seul agent de cette évolution des sensibilités, nul doute qu’elle y a contribué au premier rang, en témoignant à chaque numéro des bénéfices d’une approche scientifique rigoureuse.

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