image Avec Nicolas Sarkozy, le 11 septembre ou le CNRS, la critique de blockbuster est l'un des sujets qui a le pouvoir de susciter les commentaires les plus violents et les plus négatifs sur le web. Une tentative d'analyse, un rapprochement suspect provoquent immédiatement les réactions les plus courroucées, accompagnées de dérapages verbaux qui soulignent le degré d'énervement du locuteur. Même sur un blog aussi policé qu'ARHV, l'évocation du dernier Batman amène immanquablement des manifestations d'une grossièreté disproportionnée (censurées par mes soins). Si l'on peut admettre que l'expression d'opinions politiques, complotistes ou anti-intellectuelles relèvent de convictions personnelles enracinées, comment l'énoncé d'un simple avis à propos d'un divertissement public peut-il provoquer une telle colère?

Plusieurs pistes s'offrent à l'analyse. La première est la croyance en l'univocité – soit l'ignorance qu'une oeuvre peut susciter une pluralité d'opinions, marque d'une expérience limitée de la culture bourgeoise. Contrairement au cinéphile endurci, qui n'aime rien tant que confronter des interprétations contradictoires jusqu'à pas d'heure devant un café froid, le spectateur de blockbuster pense qu'un film ne peut avoir qu'une lecture et une seule. Comme la note du charcutier ou la politique gouvernementale vue par le 20 heures de TF1, le sens affiché est clair et ne souffre pas de chicane. Chercher midi à quatorze heures relève d'une perversion mentale inutile et malsaine, témoignage de l'oisiveté qui est la mère de tous les vices et empêche de travailler plus pour gagner plus. («Batman est un malade mental qui se bat contre d’autres malades mentaux, le Joker étant le plus barge d’entre tous. Ne cherchons pas la complication là où elle n’est pas. Ce n’est pas un film à message ou une quelconque propagande post-11 septembre, c’est juste du divertissement», Flamberge sur Bakchich.) Le paradoxe de la croyance en l'univocité est qu'elle fait passer à côté de la moitié du plaisir de ces divertissements, dont la tradition depuis les années 1930 se nourrit de jeux citationnels et d'allusions à peine voilées à l'actualité.

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