Qu'est-ce que montre une photographie? Dans la presse, contrairement à l'idée reçue, la photo est rarement porteuse d'information. Sous la pression d'une dérive décorative, les journaux utilisent de plus en plus l'image pour ses facultés d'évocation et sa plus-value plastique. Comme l'explique Jean-François Leroy, directeur du festival Visa, une bonne photo doit «raconter une histoire». Recourir à l'image à la façon d'un simple photomaton est considéré comme ringard et vulgaire, tout juste digne des vidéos amateurs, un signe de l'absence du sens du récit et du bon goût journalistique.

Sauf dans un cas. La presse people est le dernier lieu où la photographie est regardée au premier degré: tiens, X s'est fait refaire les seins, Y sort avec Z et George Clooney a pris dix kilos. Dans le système qui est celui du people, où il n'y a ni dossiers ni conférences de presse, scruter les apparences est le principal moyen susceptible de produire de l'info.

Ainsi de deux photos qui buzzent ces derniers jours, l'une de Rachida Dati, l'autre du couple présidentiel, où, en l'absence de toute information officielle ou en dépit des démentis affichés, on fait jouer à l'image son rôle traditionnel de porteur d'une information objective. Un ventre qui s'arrondit, un geste évocateur et toutes les rédactions bruissent de rumeurs de maternité.

Pourtant, comme l'astronomie utilise l'image pour essayer de comprendre la composition des corps célestes parce qu'elle n'a pas d'autre choix, le recours à l'image pour produire de l'information est la preuve que celle-ci est refusée ou inaccessible par d'autres canaux. En l'absence de validation officielle, l'interprétation de l'image reste un appui fragile, qui ne constitue pas encore une information proprement dite et peut relever de la spéculation pure et simple. Il faut tout le courage d'un Jean-Michel Aphatie pour oser faire basculer une suggestion visuelle du côté de l'information journalistique.

Ce n'est pas l'entrée de la photographie dans l'univers numérique qui altère sa valeur informative. On le constate, malgré Photoshop, le crédit de la photo reste entier. Le problème est plus subtil, et repose sur la place relative de la source visuelle dans le système de l'information. Ce que peut montrer une image n'a-t-il pas forcément un caractère superficiel? Ou, pour le dire plus brutalement: l'image n'est-elle pas au fond qu'une affaire de bonnes femmes?