Ca se précise. Après trois semaines de débat, il paraît de plus en plus difficile de conclure au caractère antisémite de la phrase qui a provoqué le renvoi du dessinateur de Charlie-Hebdo. Les anti-Siné ne désarment pas pour si peu. A la recherche d'arguments toujours plus improbables, ils creusent le fond de la piscine – sans se rendre compte qu'il confirment par là l'outrance de l'accusation initiale. Après BHL dérapant sur Badiou, après Joffrin dérapant sur la race juive, après Adler dérapant sur les "pétitionnaires trotskistes", un nouveau venu, Daniel Franco, passe en tête avec un dérapage sur la pédophilie qui restera dans les annales du sophisme.

Reprenons. Au moment où les anti-Siné brandissent comme des talismans les noms de Drumont, Brasillach ou Maurras, il faut relire quelques pages de La France juive pour se rendre à l'évidence: des antisémites de la trempe de ces pamphlétaires ont depuis longtemps disparu de l'hexagone. Cette raréfaction de l'antisémitisme patenté est manifeste dans les libelles des anti-Siné, qui, pour prouver l'ampleur du danger, n'ont guère que le nom de Dieudonné à se mettre sous la dent. Le vieux père Le Pen, il est vrai, n'effraie plus grand monde. Reste que des sorties comme les chambres à gaz, "détail" de l'histoire de la seconde guerre mondiale, appartiennent clairement au registre de l'antisémitisme. Dans ce cas, nul besoin de recourir à des arguties spécieuses ni d'accumuler des exemples tirés par les cheveux. Le "détail" est antisémite, personne n'en doute – pas même les plus gauchistes des antisionistes...

En comparaison, «Il fera du chemin dans la vie, ce petit!», fait incontestablement pâle figure. Les plus ardents à le démontrer ont été les anti-Siné, qui n'ont eu de cesse de charger la barque, par des accusations de gâtisme, de mauvais goût, de stalinisme et autres élégances. Mais Siné a-t-il été viré de Charlie parce qu'il était stalinien, mauvais humoriste ou trop âgé? Pas que l'on sache, c'est pourquoi, après s'être rendu compte qu'il ne suffisait pas de répéter l'accusation pour convaincre, une deuxième vague a cherché à renforcer l'argumentaire. D'abord apparu en commentaire dans des forums, un extrait d'une interview radiophonique de 1982 semblait donner toutes assurances sur la méchanceté du dessinateur. Jusqu'à ce qu'on en éclaircisse le contexte, qu'on constate que Siné, condamné, s'était excusé, et que cet exemple se dégonfle à son tour. C'est alors qu'une autre preuve décisive est brandie: une accusation de Pierre Desproges, qui dénonce en Siné un «antisémitisme de garçon de bain poujadiste». Seul problème, cette phrase est issue de la série des réquisitoires burlesques prononcées par l'humoriste dans le cadre du "Tribunal des flagrants délires", sur France-Inter (émission du 13 décembre 1982). A ce point de l'argumentation, autant dire que la besace des anti-Siné est vide.

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